MANON TANGUY – PARMI LES CROCODILES

Attention sens cachés et cache-cache poétique sont à l’œuvre dans le nouvel album de Manon Tanguy !
Il ne faut pas se laisser piéger par une écoute superficielle pour recevoir les propositions de cette artiste qui n’a pas attendu le nombre des années pour commencer et continuer à faire entendre une voix forte et originale dans la chanson contemporaine. Cela peut sembler paradoxal d’écrire « voix forte » quand on entend ce timbre soufflé qui évoque le cliché éculé de la femme-enfant. Mais c’est l’un des pièges dans lesquels il ne faut pas tomber pour découvrir la force de l’expression et la profondeur des propos tenus crânement ici.
Dès le premier titre, What else, Manon Tanguy parle du café italien, ce breuvage amer qu’elle compare à son doucereux café au lait sucré, pour dire l’écœurement que ce dernier provoque quand il est la métaphore d’une vie qui évite de regarder en face les couleuvres à avaler. C’est l’expérience de ses rencontres avec les collectifs d’artistes italiens, collectifs confrontés à une situation sociale, artistique et politique dure, qui inspire cette ouverture aux accents légers, comme antinomiques avec le propos.
Et cette façon de dire totalement dénuée de pathos va se retrouver tout au long d’un album où pourtant des choses fortes se disent sur l’amour (Marmelade sanguine), le désir ( Le trouble), le corps (Ta bouche), le délaissement (Kérosène, écrite pour elle par Nicolas Jules) la normalité (La rive, Autistik) ou le harcèlement de rue (La taille de sa jupeLiz Cherhal, Delphine Coutant, Coline Ryo de Inüit, et Elina Trimboli se joignent à elle). Cette dernière chanson faisant aussi référence à la BD de Thomas Mathieu Les crocodiles (tiens !) qui illustre le harcèlement de rue.
Manon Tanguy pratique une écriture elliptique qui colle bien avec les couleurs musicales enjouées ou tendues qu’elle choisi avec ses comparses, les crocodiles Yannis et Laurent. Et oui, ce sont (peut-être) eux les crocodiles, tous deux membres de la formation nazairienne électro-pop L.O. Crocodiles.
La musique est une réussite pour ce subtil accord avec les mots qu’impose le format chanson. Non seulement Manon Tanguy et ses crocos savent alterner le parlé et le chanté, allant jusqu’à mêler la voix à elle-même en la superposant (Ailleurs), mais les timbres et les rythmes des chansons sont réjouissants de fraîcheur créative. Les compositions mêlent samples et instruments acoustiques, boite à rythme et batterie (Nicolas Courret), violoncelle (Erwan Martinerie est passé par là) et ukulélé et les talents des trois multi-instrumentistes donnent leur pleine mesure dans un objet musical qui dépasse l’ordinaire de la chanson. Il faut souligner la qualité de la réalisation de Nicolas Bonnière, guitariste de Eiffel et producteur de Manu (ex-Dolly), Calvin Russel ou Manu Lanvin… Elle est remarquable !
Ce deuxième album est une belle étape dans une carrière qui ne fait que commencer pour la jeune Manon Tanguy. A suivre…

Photo bandeau : Manon Tanguy – Anna Del

 

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musicien, passeur et acteur associatif.

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