MARC MORVAN – THE OFFSHORE PIRATE

Lorsqu’il m’est donné d’écouter telle nouveauté, telle sensation, telle coqueluche du moment, j’en viens systématiquement à me demander quelle contemporanéité vient sourdre de ce que j’entends. Dans une époque post-baroque, embarrassée de signes, difficile de trouver un voyant authentique. Bien souvent, rien ne se lève ni ne se dresse, passé le vernis du désir de se démarquer ou d’épater.
Avec Marc Morvan, on est d’emblée sur un autre paradigme tant sa production, depuis l’inaugural Udolpho, en 2009, avec le violoncelliste Ben Jarry (Minisym, Mermonte), s’oppose au vertige d’être dans l’ici et le maintenant. Bien moins encore dans le futur.
Le dessein qu’il poursuit est finalement bien plus ardu ou fol puisqu’il vise à ne concourir à nulle autre course que la sienne… Façon « vent du globe » en solitaire.
Notre pirate extra-côtier poste aujourd’hui dix nouveaux titres comme autant de cartes postales en provenance de son Neverland qui, cette fois-ci, s’est arrimé dans la Creuse, grâce à la contribution éclairée de Nicolas Brusq (ingénieur du son et réalisateur, notamment pour Granville).
Si les disques de Marc Morvan n’ont jamais souffert d’abus d’artifices, celui qui nous est offert aujourd’hui semble s’être incarné aussi idéalement nu qu’un vers. Un nouveau-né. Pas d’effets, hormis quelques poussées électrisées parcimonieuses, sinon ce socle de guitare acoustique, le chant qui caresse l’oreille et quelques incartades percussives économes ainsi que ces cordes comme une mer qui avance (Rest home), avec le grain qui menace.
Sa croisière s’amuse à dériver sur les différents courants du sentiment amoureux : de Summer flowers où de vieux amours déracinés flamboient encore comme une forge (« From what I know a summer dress affects men ’till the end »), à une Broken girl qui tutoie la valse aride du  Four hearts in a can  de Smog, où l’amour malade qui lui fait dire « Everyone lives like a troubled girl/Losing it’s temper by judjing her » s’entourant d’une guitare aquatique, façon Richard Hawley.
La ronde de femmes ne s’arrête pas là puisque, tout au long de The Offshore Pirate, notre Ulysse folk aura connu la femme prison (« Whatever you dream of/You never let me go » sur le bien nommé Heart of stone) ou l’amour insurmontable (At the heart of the mountain) pour aboutir au final, à l’amour réconcilié de Venerable trees :« Now or never, with you by my side/Watching winter with your father’s eyes ». Est-ce que Marc Morvan, jeune papa poulpe (belle photo intérieure de la pochette), ne nous a pas ici servi un beau plat de fruits de mère ?

Photo bandeau : Marc Morvan – Julien Bourgeois

 

 

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