MATHIAS DELPLANQUE : UNE MUSIQUE PICTURALE, AVEC DES EQUILIBRES ET DES CONTRASTES

Mathias Delplanque sortira ce vendredi 11 décembre « Drachen » sur le label nancéen Ici d’ailleurs, un grand disque de musique sombre, romantique et intrigante. Pour patienter encore un peu, il nous livre quelques éléments sur la manière dont il construit ses morceaux, dont sa musique se fait.

Photo bandeau Mathias Delplanque © John Sellekaers

Pourrais-tu nous expliquer un peu la manière dont tu as travaillé pour « Drachen », ton prochain disque qui sortira le 11 décembre, ce que tu as souhaité faire ?

J’ai poursuivi avec « Drachen », quelque chose que j’avais entamé plus tôt, notamment avec l’album « Chutes » (Baskaru, 2013). Depuis quelque temps, je voulais inverser, modifier le passage du disque studio au live. J’ai souhaité, revenir à quelque chose de plus traditionnel, de plus direct, presque en renversant le propos puisque le disque est fait dans des conditions qui sont assez proches de celles d’un concert. Il ne s’agit plus de travailler dans son coin, et ensuite d’aller jouer ce travail en concert, mais que les deux soient beaucoup plus liés.

Concrètement tu es parti de quoi ?
J’avais quelques idées de départ mais j’ai surtout laissé une très grande place à l’improvisation. Bien sûr, il y a un travail de sélection ensuite, mais l’essentiel a été pratiquement improvisé, en donnant une grande part au hasard. J’ai également souhaité et fait ce disque avec un sentiment d’urgence, une tension que l’on peut sentir d’ailleurs dans le son. C’était très important pour moi. « Drachen » se situe dans cette ligne, même si j’ai essayé d’aller plus loin ou peut-être d’aller un peu autrement.

C’est-à-dire ?
Et bien, j’ai essayé notamment de resserrer un peu le propos, d’être plus direct dans ce que je cherchais à dire, à faire passer comme émotion, tout en évitant bien sûr de piéger l’auditeur dans une histoire trop précise.

Resserrer le propos, ça ne veut pas dire une musique minimaliste ?
Effectivement, pour moi, le travail sur le son n’est pas minimaliste, c’est un travail très orchestral, avec beaucoup de matière, de choses qui se superposent et finissent pas constituer une texture, une épaisseur.

On sent bien que tu continues tes explorations du son.
La seule chose qui m’intéresse c’est le son, et l’agencement de divers sons entre eux.

Mathias-Delplanque-IgorJuget
Mathias Delplanque © Igor Juget

 

Tu ne reprendrais pas à ton compte cette phrase de John Cage qui dit qu’il aime tous les bruits du monde ?
J’ai beaucoup travaillé à partir de field recordings par le passé. Mais pour ce projet, je n’ai travaillé qu’à partir d’instruments acoustiques, en veillant à ce que tout devienne toujours de plus en plus étrange, qu’une guitare ne sonne plus comme une guitare, mais comme quelque chose d’autre, difficilement identifiable. En général j’aime quand le bruit d’un appareil électroménager, amplifié, transformé, ne ronronne plus comme le bruit d’un appareil électroménager, mais sonne comme un véritable instrument !

Tu évoques « Ma chambre quand je n’y suis pas » ?
Oui, c’est ça, ce disque pour lequel le point de départ a été d’enregistrer les bruits de mon espace d’habitation, lorsque je n’y étais pas… Sons que j’ai ensuite travaillés. Au fond, la réussite c’est de fabriquer ou produire un son qui m’appartienne au sens où en quelque sorte, j’en suis l’auteur : le son a son originalité, sa couleur, sa texture. Même s’il y a une grande différence entre mes projets musicaux (Lena, Lena and the floating roots orchestra, Bidlo), je suis toujours profondément attaché au son : comment exploiter la force du son, comment créer un espace sonore. Et pour en revenir à « Drachen », je suis allé chercher du côté de ce que Tim Hecker appelle des « cathédrale sonores ».

Tu dis espace sonore, cathédrale et c’est bien l’impression que l’on a à l’écoute de « Drachen » d’une musique très riche, dont les sons sont parfois assez mystérieux mais dont les contours permettent de trouver rapidement des repères.
Je conçois la musique de manière assez picturale, avec des équilibres, des contrastes. Pour « Drachen », c’est vrai que j’ai voulu raconter quelque chose de plus précis et assumer une couleur assez romantique. Le titre est tiré d’une phrase de Rilke, et la photo que j’ai choisie pour la couverture renvoie à l’univers de la ruine, thème romantique s’il en est.

Tu as évoqué tes différents projets musicaux, n’y a-t-il pas un risque pour toi d’avoir une image difficile à cerner pour les classificateurs ? Dub, musique électro-acoustique, musique contemporaine je trouve aussi ?
Je ne me pose pas tellement cette question parce qu’au fond, j’ai l’impression que ces différents projets me ressemblent. Sans vouloir revenir toujours à cela, le son est au cœur de ces projets et c’est ce qui les relie. J’ai un appétit d’exploration assez illimité et je n’ai pas l’intention de me restreindre à un registre précis !

Est-ce facile pour toi de jouer ta musique en concert ?
Ma musique est de plus en plus liée au live et j’ai trouvé des manières de faire, de jouer qui m’apportent énormément de plaisir. J’aime, en particulier jouer au milieu des gens, être très proche d’eux et qu’ils soient proches de moi. Pour le son (encore !) c’est quelque chose de très enrichissant. Et puis, il n’y a jamais deux concerts qui se ressemblent et cela rejoint une idée qui traverse un peu tout ce que je fais : comment une même forme réagit quand on la change de contexte.

 

Site de MATHIAS DELPLANQUE

Mathias Delplanque : DRACHEN – Live excerpts @ Détail, Paris from Igor Juget on Vimeo.

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