MIZOTTE ET CABÉCOU, UNE AFFAIRE DE FROMAGES…

La Mizotte est un fromage à pâte vendéen de St-Michel en l’Herm, village de 2337 âmes où Gérald a grandit, le Cabécou un fromage du Sud-Ouest fabriqué dans le Lot, région de Timo. Clin d’œil de deux gourmands à leur spécialité salée, et hop l’affaire est dans le sac… Gérald et Timo, deux amis qui partagent les mêmes crayons mais arpentent deux casquettes distinctes et complémentaires : l’un est « sérigraphe » et illustrateur, l’autre est vidéaste, ils aiment la musique, l’animation, et bosser ensemble. Neufs films (en ligne sur leur site) vous le montreront si vous en doutez. Gérald nous en dit plus sur l’association de ces deux fromages…

Photo bandeau : Mizotte et Cabécou dessinent

 

 

Comment est née la structure Mizotte et Cabécou ?
J’ai monté l’association avec Timo, un ami du Lot plasticien et vidéaste qui fait du mapping, du vjing et cela depuis plus de 15 ans. Je lui ai proposé en 2012 de faire un clip d’animation pour Papier Tigre, c’est le premier clip qu’on a fait, sans structure, sans rien. A partir du 3è clip, celui de la Terre Tremble, on s’est monté en asso, ce qui nous permet, au-delà de la gestion financière, de faire des demandes de subvention. On propose aussi des ateliers autour du film d’animation avec des enfants, ça nous permet de faire bien les choses. Désormais, nous sommes trois, Vincent Lahens, a.k.a. Roquefort, nous a rejoint. On fait entre un et deux clips par an.

 


Croquis

 

Vous avez des affinités ou des complémentarités ?
Timo se positionne vraiment sur la vidéo, de mon côté, je développe l’illustration. Je dirais que Mizotte et Cabécou, c’est vraiment notre petite cour de récréation, du loisir, on n’en tire pas énormément d’argent, pas suffisamment en tous cas pour en vivre un peu.

 

Ce n’est pas un problème ?
Non, en fait, nos activités annexes sont rémunératrices, et Mizotte et Cabécou nous permet d’investir dans du matériel afin d’être autonome. Maintenant, les labels ou les producteurs des groupes, même si ce sont des petites structures, montent des dossiers SCPP ou SPPF qui permettent de dégager un peu de budget. Mais en fait, on n’a assez peu d’apport, les groupes n’ont pas de moyens énormes, hormis sur le dernier, le label Head Records, label de Pneu, a apporté un budget, budget qui nous a permis d’avoir un chef opérateur, un studio, du matériel lumières, un étalonnage. Ce projet là sort du lot de par les conditions assez cool dans lesquelles on l’a réalisé. La grande majorité de nos films s’apparentent à du bricolage dans leur conception.

 


Croquis

 

Comment opérez-vous le choix des musiques, des groupes ?
Les musiques doivent nous brancher. Et, je dois l’avouer, ce sont tous des copains. Passion Coco sort un peu du lot, car ce n’est pas du rock indé. On l’a fait avec beaucoup de plaisir, aussi car çà nous a permis de sortir d’un champ musical. Mais on peut vraiment faire un truc sur une musique qui nous plaît pas trop, à partir du moment où on a carte blanche pour le film. C’est d’ailleurs la condition sine qua non pour nous, on souhaite avoir de la liberté pour imaginer le synopsis, créer le décor, les personnages et pour réaliser le tournage.

 

Cette notion de carte blanche et la variété des musiques vous permet-elle de tenter des trucs tant artistiques que techniques ?
Carrément. On a fait bouger des objets, on a fait du papier découpé, on fait de la pixilation, de la maquette. On essaie de varier les techniques, mais je crois qu’on va beaucoup travailler le papier découpé, parce que c’est notre truc, on commence à avoir une vraie technique dans cette esthétique, ça coûte pas cher, c’est assez simple et rapide. On a généralement pas beaucoup de temps, car pas beaucoup de budget, et on ne veut pas plomber les groupes.

 


Mizotte en action

 

Qu’est-ce que vous avez envie de raconter quand vous imaginez un synopsis ?
On écoute beaucoup la musique, et on décrypte un peu les paroles, en se disant qu’on va coller au truc, à l’ambiance. Et à chaque fois, on passe complètement à côté de ça, on réinvente une histoire. Le but n’est pas d’illustrer bêtement ce qui est dit, ça ne sert à rien, et souvent les paroles sont très énigmatiques, donc on prendrait un faux chemin je pense. On prend le contre-pied du morceau, on part plutôt dans un imaginaire, l’imaginaire que la musique fait naître chez nous. Parfois, ce sont les contraintes matérielles ou temporelles qui nous amène à faire des choix et aller dans une direction précise.

 

Il vous arrive de sécher complètement sur un truc ?
Oui c’est arrivé une fois, on a abandonné un truc entamé, et on est partis sur quelque chose de radicalement différent qu’on a fait en moins de trois jours. C’est une super expérience, on fonctionne comme un laboratoire, on tente des trucs, ça marche ou pas, ça nous stimule en tous cas, c’est grisant. Et souvent, les groupes sont surpris du résultat mais agréablement surpris. C’est bien le principe de la carte blanche. Jamais on nous a refusé un projet.

 


Storyboard

 

Vous avez fait pas mal de clips, et le dernier projet « Laisse pas traîner ton Charles » s’apparente à un film, un court-métrage. Comment situez-vous votre travail ?
Sur le dernier projet, c’est clairement un film. On avait déjà réalisé un clip pour Pneu, et comme on les connaît bien et qu’on les aime, on avait très envie de faire un film et leur proposer de faire la musique. C’est ce qui s’est passé. Ils ont en plus fait tous les bruitages avec leurs instruments et ils sont aussi acteurs, il faut avouer qu’ils ont vraiment des figures « cartoonesques ».

 

Musicalement, ce n’est pas vraiment proche de ce qu’ils font d’habitude, sais-tu comment ils ont abordé l’exercice ?
Je ne sais pas trop. Ce que je sais c’est qu’ils ont travaillé des mois, qu’ils ont pris beaucoup de plaisir, que ça leur a fait du bien de travailler sur autre chose qu’un morceau d’un album. Ce sont des gens qui écoutent beaucoup de musique autre que celle qu’ils jouent, qui ont une approche très sonores, ils ont utilisé des claviers, des samples de violon, et tous les bruitages sont réalisés avec des instruments.

 

 

Y-a-t-il un artiste à l’univers qui vous inspirerait vraiment beaucoup pour en faire un clip ou un court-métrage ?
Difficile à dire. On rêvait de faire un truc pour Deerhof et on l’a fait. Leur musique est particulièrement joyeuse, rythmée, c’est du cartoon. Pour autant, je pense qu’on peut faire un clip pour n’importe quel style, c’est vraiment le morceau, l’ambiance du morceau qui inspire plus que le style. J’avais super envie de travailler pour Shannon Wright, il se trouve qu’on va le faire fin août.

 

C’est elle qui est venue vous solliciter ?
En fait, on s’est croisé plein de fois, on s’entend bien, elle aime bien ce qu’on fait et puis voilà. Je lui ai proposé comme on a fait avec Papier Tigre, je leur ai proposé. Si je connais la personne, si j’aime bien la musique et si je sais qu’elle a besoin d’un clip, je propose. Je n’ai aucun problème avec ça.

 

Tournage pour le clip de Deerhoof

 

Et pour illustrer musicalement un court-métrage, vous avez des envies ?
En fait, on aimerait bien développer cet axe. On fait un film et on passe commande auprès d’un groupe pour le son. Se poser pendant une résidence d’écriture du film, avoir un vrai soutien qu’on pourrait demander au CNC, et travailler dans des bonnes conditions sur un film que l’on présenterait ensuite sur des festivals de courts-métrages. C’est pas gagné 😉 on découvre la production d’un film, le travail dans le temps, chercher de l’argent etc. Si on devait faire payer le temps passé, on ne pourrait pas faire de clips, aucun groupe n’aurait les moyens de payer. Notre activité n’est pas rentable pour un sous.

 

 

Site MIZOTTE ET CABÉCOU avec les 8 autres films

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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