MODERN FESTIVAL – À L’HUILE DE COUDE

Du 17 au 20 novembre, quatre jours de musiques électroniques à Angers. Une première ! Un festival est né : le Modern Festival. Rencontre avec le pylône Arno Gonzales, à ses heures gagnées DJ, et force motrice d’une musique sous ses versants les plus underground et alternatifs, qu’il aime faire découvrir.

Photo bandeau : Octave One © Marie Staggat

 

Peux-tu revenir sur la genèse de l’asso et le fait d’en arriver à cette 1ère édition de festival ?
J’ai commencé les soirées estampillées Modern au Jungle Jane, un petit club angevin, j’y jouais une fois par mois pour proposer des mix techno et house. Au fur et à mesure, un public s’est constitué, la soirée s’est développée et j’ai pu inviter des gens avec lesquels j’avais partagé des scènes, du Grand Ouest au début à des DJ’s internationaux sur la fin. Le club a fermé, le Chabada m’a ouvert ses portes, la soirée Modern des débuts est devenue la Modern Factory en 2007. Le pari était un peu relevé, le concept de la soirée a continué de grandir, et puis j’ai rencontré Florian de Dirty Frenchy avec qui je porte tout le projet du festival. Mais avant cela, on a multiplié les soirées, les Domingos notamment, un rendez-vous dominical mensuel électro au Bar du Quai ou en extérieur, et des soirées Modern en club, les Modern Club. On s’est vite dit qu’il était temps de proposer un festival.

Il manquait un festival électro à Angers ?
Oui. À Angers, il y a un super public, il y a une scène locale incroyable, il manquait un projet de festival avec des artistes de renom, des artistes internationaux. C’est donc la 1ère édition, elle se fait à l’huile de coude avec une grande première, investir le Parc Expo d’Angers. Il y a pas mal de nouveaux collectifs, de newcomers, de nouveaux DJ’s sur Angers qui organisent des soirées dans les bars ou au Chabada. Mais il manquait pour moi un truc de plus grande envergure.

Toi qui es DJ, penses-tu que cette posture d’artiste soit « idéale » pour faire de la programmation ?
C’est à double tranchant. D’un côté, tu fais des rencontres qui te permettent d’avoir des artistes assez facilement. De l’autre côté, j’ai souvent joué à mes propres soirées et on me l’a reproché, il faut faire attention à ça. Sur cette 1ère édition, certes je joue, mais je joues le jeudi soir dans un bar. Je joue souvent en warm up de soirée pour dérouler le tapis rouge aux artistes. Je fais ça depuis 15 ans, j’aime ça, faire découvrir des artistes et je pense que ça donne une couleur différente, car tous les festivals, et notamment les festivals électro, proposent sensiblement la même programmation.

 

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Josh Wink © DR

 


A propos de courants, qu’est-ce qui t’intéresse dans la grande famille électro ?

Je peux dire que je me méfie beaucoup dans l’électro des effets de mode, des suiveurs de tendance que pourrait dicter la presse. C’est bien pour cela que le festival met en avant des artistes à l’identité et à l’éthique forte, qui ne déroge pas à leur ligne initiale. Que ce soit Josh Wrink ou Octave One, voilà des piliers, des gens qui ont monté des labels, qui sont là depuis plus de 20 ans, qui travaillent beaucoup avec l’analogique, qui pratique une techno comportant ce truc indéfinissable qu’est le groove. On revendique clairement le côté dansant et pointu, le côté exigeant, plus que la techno violente et rapide.

Ca veut dire que les artistes que vous programmez sont tous au moins quadragénaires ?
Il y a un mélange entre les pionniers que j’ai cités, et puis les plus jeunes qui ont découvert la musique électronique avec Daft Punk ou bien Justice, avec l’EDM (Electronic Dance Music) et son lot d’horreurs comme David Guetta, des musiques assez inaudibles pour tout amateur de techno. Ces gens-là ont creusé l’électro, usé d’un matériel plus pointu que celui que nous avions il y a 15 ans, et redécouvre les vinyles sortis il y a 15 ans. On parle alors le même langage.

Il y a environ 25 artistes et il n’y a qu’une seule femme ?
Oui, c’est vrai. Il y a malheureusement assez peu de femmes dans les musiques électroniques. Hormis Jennifer Cardini, Chloé, Margaret Dygas que j’adore d’ailleurs, il y a assez peu de femmes. On ne tombe pas non plus dans le truc de programmer des femmes pour programmer des femmes. Je ne fais pas de distinguo entre hommes et femmes. Mais j’espère que la 2è édition, s’il y en a une, verra plus de femmes à l’affiche.

D’un point de vue de la provenance, beaucoup d’artistes viennent des Etats-Unis, de l’Allemagne et de la région, est-ce un hasard ou plutôt une envie ?
C’est à l’image de ce qu’on aime, je suis fan de tout ce qui se fait à Detroit, Chicago, New-York, Berlin, ces scènes précurseurs en termes de musique électronique. La programmation est très orientée Allemagne et Etats-Unis, les artistes que nous souhaitions inviter viennent de ces villes. Il y aurait pu y avoir des artistes des Pays-Bas, il y a une scène électronique très underground qui me passionne beaucoup.

 

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Pour parler financement, comment êtes-vous soutenus ?

On va parler plutôt de mises à dispo que de financement direct. Clairement, la soirée au Parc des Expos représente une prise de risque, cette soirée sera déterminante pour une éventuelle 2è édition. On s’est fixée une jauge à 3.000 personnes. La Ville nous aide d’un point de vue logistique avec du prêt de matériel. On a dû toquer à la porte de quelques partenaires privés pour prendre en charge une partie de la communication. Les partenaires publics nous sont clairement laissé entendre qu’il attendaient de voir le bilan de cette 1ère édition. Autant dire qu’on prend des risques, n’étant que deux personnes derrière tout cela.

Quel serait l’artiste que tu rêvais de faire venir sur le festival ?
J’en ai deux sur le même pied d’égalité. Octave One pour le côté live, dansant et visuel, ça va être fou, c’est un projet mythique qui joue rarement par ici. Et puis Josh Wrink qui est une légende, c’est aussi un rêve de gamin.

Qu’est ce que veut dire « moderne » pour toi, sans parler du nom pour le festival, plutôt dans le sens général du mot ?
Pour moi, c’est tout ce qu’on commence à utiliser maintenant et qui sera acquis plus tard. Et ce sont souvent des choses considérées comme dangereuses car pas encore acceptées. L’idée du festival est très axée sur la programmation artistique, mais si le projet doit continuer, cette notion de moderne prendrait tout son sens au travers de choses qui dépassent la musique, comme des ateliers, des expos, des conférences sur la technologie comme le circuit bending par exemple. C’est un peu les perspectives que l’on donnera à une future édition « Modern ».

 

Site MODERN FESTIVAL

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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