MONTAIGU, TERRE DE PUNK(S)

Samedi 1er juillet se tiendra une journée de recherche sur le punk à Montaigu. Portés par le projet de recherche PIND Une histoire de la scène punk en France, débats, conférences et concert rythmeront la journée et s’accorderont à donner une importance qui n’est plus à prouver à l’impact d’un courant musical sur un territoire et ses habitants. Le sociologue Gérôme Guibert nous définit les grands items qui caractérisent le projet.

Photo bandeau : The Spewmen (groupe montacutain) – DR

 

 

Etude

C’est l’idée de prendre de la distance sur quelque chose que tu vis pour en tirer éventuellement des éléments. Par exemple, avec le projet Alternarchives, on veut montrer à quel point les pratiques rock ont été décisives pour pas mal de gens autour de Montaigu, le collectif associatif Icroacoa et le lieu Le Zinor. Le rock, la musique ont été important bien au-delà du loisir, pour façonner même des projets de vie. Alors, c’est bien de le dire. Mais si tu peux le montrer, démonstration à l’appui, c’est encore mieux.

 

Vendée

La Vendée est une terre de contrastes et pleine de paradoxe, notamment dans l’environnement régional, mais aussi dans un contexte national. On peut montrer, comme je l’ai fait dans ma thèse (la production de la culture, chp 5) que les indicateurs socio démographiques y sont pour quelque chose (part des ouvriers et agriculteurs par rapport aux autres professions et catégories sociales le plus élevé de France, âge au mariage très bas et nombre de mariage très élevé, âge au premier enfant très bas, niveau de diplôme moyen très bas, part des croyants pratiquants plus fort qu’ailleurs). Mais en même temps, il y a très peu de chômage, une solidarité très forte, une culture de l’association et un sens de la communauté locale qui peut parfois adopter une dimension cosmopolite et d’ouverture au monde très forte via une résistance aux dogmes quels qu’ils soient. Beaucoup de petites scènes locales ont vu le jour et ont été connectées à des dynamiques internationales underground (Fontenay-le-Comte, les Herbiers, La Roche sur Yon, Montaigu…).

 


Colloque sur le programme de recherche PIND Une histoire de la scène punk en France (Gérôme Guibert à gauche) – Sue Rynski

 

Montaigu

La première fois que j’y suis venu, je me suis pris une claque. L’association Artsonic (crée en 1991) avait un bureau dans le Parc des Rochettes, et il y avait plein de gens qui passaient, souvent. Il y avait déjà un collectif informel, Icroacoa qui réunissait toutes ces assos avec des buts très différents mais complémentaires. Outre Artsonic, asso à l’origine du festival Les Lunanthropes ou plus récemment des Pestaculaires (pour les enfants), certaines sont devenues connues comme Monic la Mouche et son 38 tonnes WC que les festivals s’arrachaient.. Il y avaient aussi par exemple Ond’ de Choc qui organisait des Punks Pic Nic dont Olivier, l’un des activistes de l’époque (qui faisait aussi le fanzine Immodium) viendra parler à la journée d’étude samedi. Sandrine Emin, une gestionnaire qui travaille avec nous sur la scène de Montaigu parle « d’entrepreneuriat collectif persistant », j’ai essayé de montrer pour ma part que cette dynamique provenait d’une collaboration fructueuse entre acteurs de « l’éducation populaire » et acteurs « punk DIY ».

 

Mémoire

Quand tu organises des évènements comme des concerts, ou des festivals, tu ne penses pas à conserver des traces matérielles (affiches, flyers, etc…) ou « immatérielles » (sons, témoignages). L’idée de Folk archives était de travailler là-dessus, de mettre en place des dispositifs pour garder des traces, des souvenirs, et ce pour plein de raisons (dont on parlera lors de l’atelier). Folk Archives était une dynamique mise en place au Pôle Régional des Musiques Actuelles des Pays de la Loire au début de la décennie sous l’impulsion d’adhérents plutôt « musiques trad » comme Ethnodoc, puis l’OPCI (office du patrimoine culturel immatériel) qui oeuvraient dans le collectage et la conservation du patrimoine oral mais qui était intéressés par les musiques amplifiées. Emmanuel Parent qui était à l’époque au Pôle régional prit la coordination du projet appliqué au collectif associatif de Montaigu, étant donné qu’il y avait déjà plus de 20 ans d’activité pour les plus anciennes associations. Et je passe les étapes, mais disons qu’aujourd’hui il y a une coordination acteurs/chercheurs/collectage plutôt dynamique. Là ça fait sens d’en discuter sur le punk, car ce genre a une histoire à Montaigu et le groupe de chercheurs PIND (Punk is not dead)  réfléchit à ces questions au niveau national.

 


affiche concert de OI! (18/08/1984) – Gonzo

 

Fanzine

Les fanzines, c’est l’organe de circulation de l’information dans les cultures alternatives avant qu’internet ne commence à s’affirmer via les blogs et les réseaux sociaux (à commencer par Myspace) vers le début des années 2000. Entre l’apparition des magasins de photocopies (fin années 70) et internet, le fanzine était l’un des symboles des cultures Diy et notamment du punk. Il y a eu pas mal de zines à Montaigu, le plus connu restant Kerosène (une des assos à la base du collectif associatif aussi) dont Dan (son fondateur, qui habite aujourd’hui dans l’Est) viendra parler samedi (le matin). Et il y aura aussi Marie Bourguoin, de la Fanzinothèque de Poitiers qui ramènera un florilège de fanzines historiques du punk. Parce que d’une certaine manière, les fanzines, c’est comme le vinyle, il n’a pas disparu avec le développement du numérique, mais son rôle s’est transformé. Avec le fanzine, il peut être aussi bien question de rapport à l’objet que de média alternatif et de résistance au contrôle des données.

 

Activisme

« The revolution will not be televised” disait Gill Scott Heron en 1970. L’activisme c’est un peu ça. Il y a du partage et du vivre ensemble qui vient du fait que les gens ne restent pas tout le temps reclus chez eux le soir dans leur espace privé. Il y a du partage, de la sociabilité, de l’entraide, de la solidarité. Il y a des actions qui font sens, par exemple le fait que le collectif accueille l’AMAP (Association pour le Maintien de la Culture Paysanne) tous les mardi soir au Zinor. Donc l’activisme ça pourrait être des actions mais avec un idéal dans le fond, le partage d’une vision du monde qu’on retrouve notamment dans la critique des industries culturelles opéré par le punk dès sa naissance.

 

Flyer concert des Flamingos à Montaigu en 1983

Génération

Lorsque Solveig Serre (CNRS) et Luc Robène (Université de Bordeaux) ont lancé le programme PIND (Punk is not Dead), en faisant appel à des chercheurs un peu partout en France (c’est comme ça que j’ai intégré PIND), ils tenaient à l’idée de faire des débats entre diverses générations de punk. Je pense que c’est une des clés de la compréhension du punk dans le temps de confronter des visions générationnelles du punk. À Montaigu, cette histoire des nouvelles générations et de leur intégration pour le renouveau de la dynamique a toujours été là. Je me rappelle qu’en 2001 quand j’enquêtais là-bas, il y avait tous ces débats pour se rapprocher des plus jeunes qui étaient dans le mouvement free party (par exemple l’asso Couril’s Troop) mais qui avait une démarche assez proche du punk diy. Maintenant ce dialogue fonctionne mieux notamment grâce au Zinor. De Soap à Crumble Fight, on voit comment le renouvellement générationnel ouvre de nouvelles perspectives sur les rapports de genre ou la diversité musicale.

 

Punk

On voit un peu partout cette célébration des « 40 ans du punk », avec pas mal d’évènements notamment journalistique. Et ça résonne bien en France, car à l’origine, la France a joué un rôle. Quand tu penses qu’en 1976, Pacadis disait dans Libération à propos des Sex Pistols que c’était « une espèce de réplique anglaise au Stinky Toys, en moins radical et moins branché » ! L’idée avec le programme de recherche PIND (bientôt un site internet) était de sortir des discours généraux en se focalisant sur la France et en tentant de comprendre les contextes locaux. C’est ce qu’on va faire samedi à Montaigu ou se mêleront débats, interventions universitaires et concerts au Zinor.

 

Site ALTERNARCHIVES

Facebook PIND

PLAYLIST PUNK CONCOCTÉE PAR TITOUAN BODIN (Chargé de mission sur le projet Alternarchives)

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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