DU SON AU MUSÉE D’ARTS DE NANTES

Le samedi 24 juin à l’aube, dans le cadre de l’ouverture du Musée d’arts de Nantes, Toma Gouband, Mathias Delplanque, Gabriel Lemaire, Matthieu Prual et d’Incise jouaient des parties musicales entourés d’oeuvres. Ouvert depuis bientôt une quinzaine de jours, le Musée d’arts de Nantes proposera ce jeudi 6 juillet un concert de The Stranded Horse dans l’écrin boisé qu’est l’auditorium.
Signes forts d’une nouvelle orientation ou de nouvelles combinaisons, ce deux évènements de spectacle vivant pointent la question des arts vivants au sein d’un lieu de patrimonialisation et d’exposition d’arts plastiques. La musique a-t-elle une place au musée ? Quelles formes sont les plus pertinentes ? Quels liens avec les arts plastiques ? Claire Dugast, chargée de la programmation culturelle, nous éclaire sur ces sujets.

Photo bandeau : La première aube du Musée (Gabriel Lemaire) – DR

 

La réouverture du Musée d’arts de Nantes est le temps fort de l’année culturelle de Nantes et sa métropole. Doublant sa surface d’exposition avec Le Cube qui a été construit et qui rajoute presque 2.000 m2 d’accrochage, ce haut-lieu culturel et patrimonial, au travers de trois bâtiments que sont le Palais, le Cube et la Chapelle de l’Oratoire qui sont reliés, présentent les collections visibles auparavant, certaines collections qui n’ont jamais été exposées, et pour la réouverture, des dépôts exceptionnels.
« La réouverture réaffirme le musée dans la ville, de présenter des collections anciennes, modernes et d’art contemporain au cœur même de la Ville, Nantes est l’une des rares métropoles à proposer cela au travers de son musée. Pour beaucoup, ce nouveau projet architectural permet la réelle sensation de découvrir un nouveau lieu » précise Claire.

 

Un public plus large

Le Musée dans sa définition a un rôle de transmission et d’éducation, et porte donc un intérêt plus que fort vis-à-vis des publics. La gratuité auparavant pour les primaires nantais devient une gratuité pour les primaires de la Métropole. De fait, le musée va toucher un public scolaire plus large. Claire poursuit cet objectif de développement et s’en explique. « Pour nous, ce public, qui va du primaire à l’université, est essentiel. Le musée est un formidable levier pour parler d’histoire, d’esthétisme, de questions de société, et l’art contemporain questionnera davantage encore. Nous allons développer des animations, des visites sensorielles pour les 2-4 ans le samedi matin. Le premier dimanche du mois, on proposera davantage d’ateliers ouverts aux familles, et puis des visites autour de l’histoire de l’art. Mais il nous faut prendre la mesure de ce nouveau bâtiment qui dispose de nouveaux outils que l’on ne maîtrise pas encore. »

 

 


La première aube du Musée (Mathieu Prual / Mathias Delplanque) – DR

 

Un poumon dans le Musée

Nouveauté du musée, un auditorium « plat », tout en chêne, véritable poumon de la vie culturelle du musée à plusieurs niveaux. Placé sous le patio, permettant la découverte des magnifiques pierres de fondation du musée quand on en prend la direction, ce nouvel espace ouvrira jeudi avec le concert de The Stranded Horse.
« Il manquait un lieu pour recevoir les conférences, colloques ou séminaires », affirme Claire, « une invitation à la parole, scientifique ou pas, en quelque sorte. C’est un lieu modulable, sans gradin, qui sera utilisable pour des projets divers. Cela n’empêche qu’il y aura toujours du dialogue entre art vivant et art plastique dans les salles, c’est fondamental. Ce lieu est dédié à la conférence, il n’est pas un lieu de spectacle à proprement parler. »

 

La bonne combinaison avec la musique

Sans être un lieu de diffusion de musique, l’auditorium doit avant tout répondre à la contrainte du lien avec ce qu’est le musée, avec les œuvres qu’il présente, avec sa fonction de lieu de création. « Stranded Horse est une exception, un concert de toute pièce » souligne Claire. « J’ai eu un coup de cœur pour ce projet, j’ai eu envie d’entrer dans l’été avec ces sonorités à corde et qui font écho à l’œuvre de Susana Fritscher, travail qui n’est fait que de fils de silicone. Il y a beaucoup de poésie dans les deux approches, Stranded Horse et Fritscher, de la sensibilité et des matières similaires. »
Pour le reste, les propositions musicales seront soit créées in situ, soit amenées par des partenaires faisant écho aux propositions plastiques. Cet écho prend tout son sens avec Stereolux qui mandate le musée pour une œuvre numérique présentée en ses murs. « Nous sommes par cet accueil d’une œuvre numérique au cœur de la création contemporaine et actuelle. Myriam Bleau présentera son œuvre et proposera une performance. Les performances improvisées ou pas, in situ, permettent la rencontre avec les œuvres. Que le musicien puisse créer son répertoire dans un contexte qui résonne pour lui, qu’il offre au public sa propre émotion à créer in situ, voilà la meilleure équation entre musique et art plastique » selon Claire.

 


Stranded Horse – Edouard Caupeil

 

Des partenariats autour de la musique

Stereolux, les Rendez-Vous de l’Erdre, le Centre Chorégraphique, Angers Nantes Opéra, Soy, autant de partenaires identifiés dans le champ des musiques qui permettent des passerelles, qui permettent aussi au musée de continuer à inscrire sa proposition dans la musique improvisée mais aussi contemporaine. Les propositions prennent place dans leur création avec les aspects contemporains du projet. Claire affirme : « On ne peut pas détacher la création musicale de l’histoire des arts plastiques, des choses sont intimement liées, et c’est notre rôle que de proposer de réveiller ces liens en proposant par exemple, en lien avec les Rendez-Vous de l’Erdre, un quatuor de saxophones jouant une musique très contemporaine s’appuyant pourtant sur un répertoire très ancien ».

 

Quid de toutes les musiques

A la question sur le fait que certaines musiques seraient « bannies » du musée, Claire rétorque par la négative. « Il n’y a pas de limite, sauf si le groupe a une légitimité plus importante à jouer ailleurs. Discuter de la pertinence pour un groupe de métal à jouer dans le musée, aucun souci. Il faut qu’il y ait du sens pour le public, il faut que le lien musée-musique-public fonctionne. S’il n’y a que la rencontre musique-public, il y a un souci. »

Et si l’on s’interroge sur les musiques dites chantées, la concentration visuelle et auditive est-elle encore plus difficile. En d’autres termes, le chant ne demande-t-il pas un effort supplémentaire à un public venu écouter de la musique dans un environnement très pictural fort.  Les musiques instrumentales, plus suggestives sont-elles les plus appropriées pour être présentées dans un musée ? « C’est une vraie question que l’on ne se pose pourtant pas dans un répertoire classique ou contemporain. Je défends le texte et l’écriture, mais la parole posée sur des partitions, c’est quelque chose que j’ai encore du mal à apporter dans les salles. Et en même temps, cela opère sur la rencontre. Ce n’est que du cas par cas, en lien avec la proposition plastique de l’endroit, avec la poésie qu’elle véhicule. Pour moi, la question de l’électronique se pose, on va amener le DJ sur certaines soirées pour étudiants ou jeunes actif, et on va transformer le musée en lieu de vie. C’est à nous de baliser le lieu de vie pour qu’il résonne avec des nouvelles vibrations, c’est une bonne chose. Les musiciens du champ de l’électronique sont fortement liés au graphisme, au pictural, cela a donc du sens ».

 


La première aube du Musée (Toma Gouband) – DR

 

La délectation

La mission du musée est patrimoniale, elle a aussi à voir avec la délectation. Claire s’explique : « La délectation se trouve à différent niveaux, certains la trouvent dans le fait de connaître , d’apprendre, d’autres dans le sensoriel qu’amène l’évènementiel du Musée, pour parvenir à l’éveil des sens au-delà des yeux. En ce sens, nous avons aussi établi un partenariat avec le TU pour inviter de jeunes chorégraphe qui seront de fait amenés à créer différemment et à rencontrer le public de manière différente. Les créations chorégraphiques seront pour la plupart non pas jouées mais « performées » au musée. C’est bien l’intérêt et le questionnement autour de la forme à donner dans un musée qu’il nous faut mener, c’est une vraie question

 

 

Site Musée d’Art de Nantes

 

 

 

A few My Nephew au Musée des Beaux-Art (Nantes) – 2011 – projet City Series (production Kidam/Trempolino)

A FEW MY NEPHEW from KIDAM on Vimeo.

 

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d’info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d’autres choses.

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