NURSERY : Délire, Indépendance, Yaourt

On a beaucoup parlé de Nursery cette année. Groupe venu de nul part, surtout d’ailleurs, installé à Nantes et formé voilà deux ans, leur premier disque a fait couler de l’encre de plumes plutôt enjouées. Bien souvent comparés au Pixies, les trois musiciens de Nursery cultivent pourtant un truc à part, plus hérité des Butthole Surfers et autres Cows que de la bande de Franck Black. Question d’appréciation ou de goût. En tous cas, le groupe en a, du goût, et s’évertue à surtout prendre du plaisir et cultiver l’ambiguïté. 

Tous visuels : Nursery – DR

 

 

Le groupe Nursery est très récent, vous aviez un projet auparavant ?
Paul : On a joué ensemble déjà avec Jean (bassiste) lorsque nous sommes arrivés sur Nantes voilà 6 ans. On jouait dans ce groupe un peu pour le fun, moi à la guitare, Jean à la basse, mais on tournait pas mal en rond. Au fur et à mesure de nos rencontres, on a essayé d’autres groupes, sans jamais arriver à quelque chose d’abouti. Et puis, un jour, par annonce, on a rencontré Julien qui n’avait jamais joué dans un groupe. On a ensuite cherché un batteur pendant environ 18 mois, on n’en a jamais trouvé. Alors, je m’y suis mis, sachant que j’étais chanteur et guitariste, et qu’on avait duré ces 18 mois composé une trentaine de morceaux. On a tout jeté, on est reparti à zéro, quittant un peu la pop des débuts pour quelque chose de plus rock. C’est aussi le matériel qu’on s’est acheté qui a déterminé notre son et notre musique, notamment au niveau de la guitare et du chant pour lequel on a trouvé un effet de pédale assez marrant qui est resté et qui singularise notre groupe je pense.

C’est un peu comme ça que le groupe a trouvé sa singularité ?
Jean : Oui tout a fait, on a trouvé notre identité en répétition, et je dirais même dès le premier morceau. On a trouvé le truc ambigu qui nous caractérise je pense, à savoir le truc glauque et pop, flamboyant. On a basé tout le reste dans cette même direction.
P : On a pris le parti de ne pas se définir dans un style dès le début mais plutôt de partir d’un accident, de la spontanéité et naïveté de ce premier morceau pour en faire notre marque de fabrique. On compose tous les trois ensemble.
Julien : On a somme toute un noyau restreint de référence ce qui fait qu’on est sur la même longueur d’ondes, à savoir .
P : Tout le monde nous dit que ça s’inspire des Pixies, or Jean ne connaissait pas les Pixies quand on a commencé à composer. Je crois qu’on a notre truc, notre son et mon jeu de batterie est vraiment réduit, sans fioriture, car je chante en même temps.

 

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En ayant cette idée très précise du son, comment avez-vous travaillé avec Doumé ?
P : On a rencontré Doumé lors d’un concert de Chocolat Billy pour qui on faisait la 1ère partie à l’Atelier du Dahu. Il est le 1er ingé son à nous dire que notre volume et notre son étaient cool. On s’est très bien entendu, on s’est revu, il nous a proposé de faire notre son de temps en temps pour les concerts. On s’est donc naturellement dit qu’on allait faire notre album avec lui.
Jean : On a enregistré comme on voulait, c’est à dire live. On était partis pour enregistrer quatre titres, à la fin de la journée on a enregistré tout le disque.
P : Avec lui, les choses vont vite, les choses se font de manière naturelle et puis on s’aime.

Il vous a fait prendre des directions que vous n’auriez pas imaginé ?
P : Non, pas vraiment, il nous a simplement permis d’accentuer le côté brut qu’on voulait donner à notre musique. Et puis, pour ce qui est des concerts, la méthode Doumé c’est pas de balance, line-check. Pour nous, faire des balances nous fait perdre le côté instinctif, et quoiqu’il en soit, faire une balance dans une salle vide est bien loin de la réalité du concert qui suivra. Je crois qu’on a une vision technique particulière, pas très conventionnelle. On est davantage dans l’intention, dans l’énergie que dans un mix parfait.
Jean : On joue surtout dans des lieux alternatifs, on s’adapte aussi aux contraintes. On adore ce genre de lieux, ce qu’ils représentent, le public qui va avec.

 Vous avez depuis peu un tourneur Kshantu, ça va changer des choses ?
P : Le tourneur va travailler sur le réseau des SMACS, on brodera les tournées en gardant les lieux alternatifs pour le plaisir.

 

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Vous avez enregistré un disque très vite après les débuts du groupe, c’était un objectif en soi ?
Jean : En fait, on a enregistré aussi vite parce qu’on a mis beaucoup de temps à monter le groupe. Le groupe n’a que deux ans, mais on a commencé véritablement à jouer ensemble il y a quatre ans.
Julien : Et puis, on a mis quelques morceaux composés sur le bandcamp très tôt, on avait très envie de les proposer de manière un peu plus propre et aboutie.
P : Et puis, on était sûrs qu’avec Doumé, on n’allait pas se planter. Mais bon, on a fêté la sortie de l’album qu’en novembre alors que le disque était fait en juillet.

Le choix du studio du Cornerbox s’est fait comment ?
Jean : On voulait vraiment un studio, on a enregistré beaucoup de choses chez nous, on voulait passer la vitesse supérieure. Quant au studio, Olivier de Cornerbox est un bon ami de Doumé. On lui a attribué toute notre confiance, et puis on cherchait une formule cool et pas chère.

Cette comparaison un peu abusive à mon sens avec les Pixies vous flatte ?
P : On s’en cogne franchement. Mais en termes de référence, y a pire. Ils avaient ce côté instinctif sur quatre albums, ils savaient brouiller les pistes, et dans ces deux éléments on se reconnaît. Mais pas plus que sur ces deux aspects.
Jean : On ne cherche pas à leur ressembler en tous cas. Et puis encore une fois, je ne connaissais pas bien quand on a commencé à composer. Quand on a commencé à créer des morceaux, on avait tous les trois des références très distinctes. J’aime bien les trucs un peu nerveux.
Julien : Moi j’ai beaucoup écouté les Smiths, des choses très pop. Puis j’ai découvert Wire, la new-wave, et la musique lo-fi.
P : et pour ma part, j’écoute beaucoup de musique des années 70 et 80 que m’ont transmis mes aînés, à savoir Devo, de la musique africaine, du swing italien, de la musique hawaïenne.

 

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Vous donnez l’impression de faire ça pour le fun, avez-vous l’ambition d’en vivre ?
Julien : On fait déjà 30 à 40 dates par an, mais on est très décidé sur notre musique qui doit rester sans concession. On préfère avoir des boulots pourris à côté et jouer la musique qu’on aime, garder notre indépendance.
P : Il s’agit de défendre le même état d’esprit, la musique sans la fourvoyer. On vient par exemple de faire une série de photos de presse, on a su dire ce qu’on voulait, et surtout ne pas ressembler à tous ces groupes qui posent sur fond blanc.

Vous parlez de salles alternatives, de sans concession, comment incarnez-vous une forme de militance ?
P : ce n’est pas dans les textes ou dans nos propos, c’est davantage dans la démarche, le choix des lieux où on joue et ce qu’on y prend comme sensation, le plaisir des gens qu’on rencontre dans ces endroits. Pour ce qui est des textes, je n’aime pas les choses trop définies, trop sérieuses, trop militantes, j’aime l’abstrait et l’idée d’en faire ce que l’on veut.

Et le nom Nursery ?
P : On était d’accord sur l’idée d’avoir un nom qui évoque le clinique, l’enfantin, que ça sonne, en un seul mot. Un morceau de Wire, groupe qu’on écoute beaucoup, s’appelle « From the nursery », on s’est décidé sur ce mot. Et on joue d’ailleurs ce morceau-là qui est quand même un peu réarrangé en intro de chaque concert.

La pochette est-elle en lien avec tout ça ?
Jean : C’est Boris Jakobek qui l’a créé. On lui a demandé de retranscrire ce côté enfant mais avec une ambigüité qui ne soit pas glauque genre abus sexuel. Il y a cette ambigüité, dans le délire paradoxal de l’enfantin ou pop et du glauque et dissonant. Ca explique le choix de la pochette, un truc joli cassé par quelque chose de sombre.

 

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Pour revenir au trio, c’était assez évident pour vous de chanter tous les trois ?
P : C’est une façon d’arranger la musique je pense. Il y a peu de chansons où on chante vraiment tous les trois, ce sont plutôt souvent des chœurs. C’est très plaisant, très agréable humainement. Nous ne sommes que trois, donc un peu limités dans nos outils, autant utiliser le potentiel de la voix.

La batterie-chant, physiquement, tu tiens ?
P : Je ne pensais pas y arriver. Au final, ça va, mais je dois avouer que c’est dur au niveau du souffle. Pendant plus de 18 mois, j’avais trois ou quatre vertiges par répé ou par concert au même moment. C’est une habitude, un véritable entraînement, mais à moi de gérer mon hygiène de vie.
Jean : On a aussi travaillé sa position frontale, on joue en triangle, ça créé un truc visuellement.
P : Le visuel est aussi travaillé de par mes paillettes sur le torse qui est nu (pour ne pas étouffer), et pour ne pas faire trop viril, je me maquille pour chaque concert. J’incarne une sorte de bestiole chelou. Et ça aussi participe à notre identité qu’on ne veut pas modifier. Il est inconcevable qu’on suive une résidence où on nous dirait, tu dois te placer là ou là, regarder par là ou autre. On est comme ça et bien décidés à le rester.

Qu’est ce qui fait qu’un concert est réussi ?
Jean : Voir les gens contents, le ressenti du son et l’échange entre nous pendant le concert.
P : il faut qu’on sente quelque chose sublimé et cool. J’aime bien aussi les accidents qui peuvent donner des idées pour la suite.

 

 

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Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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