Nursery pour Bar Bars, service au tympan

Ce soir-là chez Madame rêve, en plein Bar Bars, les auspices sont défavorables : un duo féminin de virtuoses du babyfoot vient de me mettre une raclée humiliante en 4 minutes, mon verre a décidé de s’armer de culot en étant décidément toujours trop vide, et la seule table disponible se trouve au milieu du passage de clients désireux d’aller communier avec les sanitaires… Bref, croisant le bassiste de Nursery une cigarette à la main devant le bar, celui-ci croit bon de me rassurer en me glissant dans un sourire : « On est à la bourre, on s’est tapés les bouchons. Même pas eu le temps d’envoyer les balances, ça va être deux minutes vite fait. » Rock & roll.
« Et le pavé, il est à point ? » Affirmatif. C’est un chaleureux et réconfortant set de 16 titres exécuté comme seuls les groupes qui répètent savent en servir, qui va faire son apparition dès le deuxième morceau, « We are fine ». Le torse du batteur-chanteur est nu et porte la mention « Je lègue mon short à la science ».
Le trio joue fort, les spectateurs se tassent, et le plaisir est visible tandis que les têtes dodelinent en cadence sur « The race ». Les musiciens sont raccord, prennent du bon temps ; la guitare écrase un peu trop la voix et la basse, mais des réajustements sont entrepris rapidement.
Nursery, c’est un joyeux mix de punk, rock alternatif, pop (il me semble même avoir vu l’étiquette Toxic pop), et ça fonctionne. Je leur reconnais cette faculté déconcertante qu’avaient les Pixies à pondre des titres entêtants et tarés à leurs débuts (et il y a du Black Francis dans la voix du maîtrisé « Banzaï »). Plusieurs nouveaux morceaux très prometteurs semblent avoir été joués (« Bite your bell », « Heavy », « Killer face ») et non, se retenir de danser sur « So special » n’a pas été possible.
Nursery pour Bar Bars chez Madame rêve, c’est aussi un grand nombre d’imprévus cocasses propres à un concert de rock : citons la groupie blonde en robe rouge décolletée qui occupe (trop) l’espace en balançant ses cheveux au ralenti devant tout le monde, le cadre en costume totalement ivre qui se jette au sol pour coller son oreille à la caisse claire, et même un loupé du frontman à la batterie, qui jette l’éponge tout sourire quelques secondes en plein morceau avant de se reprendre à l’aide de ses compères. Dans un final encore plus violent.
Le bonus : ultime titre 100% électrique, « Venus » des Shocking Blue, les Jefferson Airplane néerlandais. Beaucoup n’ont dû y voir qu’un clin d’œil à cette pub pour les rasoirs féminins Gillette dont la reprise servait de fond sonore. Dans un cas comme dans l’autre, c’était inattendu et vraiment bienvenu.
Nursery, je soigne l’acouphène que vous m’avez collé à l’oreille droite et on y retourne avec des bouchons dès que possible. Promis.

 

Photo bandeau : Nursery © DR

 

Bandcamp NURSERY

 

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Sans arrêt à l'affut d'une pépite à dénicher sur le web, d'une perle à découvrir en concert, d'un peu d'étonnement bienvenu. On me retrouve fréquemment sur les festivals.

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