OLIVIER BENOÎT : CONDUCTEUR D’ORCHESTRE

Décidément ce mois de janvier est très jazz. La semaine dernière, l’Orchestre National de Jazz a posé ses valises à Nantes et ses instruments à L’Olympic pour une résidence d’une semaine, résidence durant laquelle un début de création fut présenté dans le cadre des BIS le 22 janvier dernier. Set époustouflant dans une salle qui n’avait pas l’habitude d’accueillir ces sonorités dominées par le jazz et la musique contemporaine. Onze musiciens sur scène menés par la baguette ou plutôt la guitare d’Olivier Benoît, le directeur artistique fraîchement nommé à la tête de l’ONJ. L’occasion de rencontrer cet homme à la réflexion déjà bien avancée à peine un mois après avoir pris ses fonctions.

L’ONJ, c’est quoi pour toi ?
C’est un outil extraordinaire que j’ai le privilège de mener avec des moyens rares, même si comme partout ailleurs, les temps sont durs.
Cet outil va me permettre de mener à bien des projets dont je rêve, en symbiose avec des musiciens/artistes que j’aurai choisis.

Tu as un “mandat” de 4 ans dixit la présentation du projet. Est-ce un acte politique que d’être directeur artistique de l’ONJ ?
Oui c’est un acte politique, dans la mesure où l’orchestre dont j’ai la charge bénéficie d’un financement public. L’ONJ est un symbole très fort de l’engagement de l’Etat français envers la culture et je me dois d’honorer ce symbole. Par ailleurs, les responsabilités sont multiples, vis à vis des musiciens, vis à vis de l’art, de l’engagement de l’exigence artistique. Mais pour autant et c’est une chance pour moi, je n’ai pas à faire de compromis artistique, bien au contraire.
Par contre ma musique en tant que tel n’a rien de revendicatif. Elle ne dénonce ou ne défend rien, si ce n’est d’être un regard sur le monde et d’être le reflet de ma curiosité insatiable envers le foisonnement artistique.

Quelles orientations musicales veux-tu donner à l’ONJ dans ce projet “Europa” ?
Je suis inspiré par la vie musicale actuelle dans toute sa diversité, donc les projets sont orientés vers la création.
Il est vital qu’un orchestre comme l’ONJ, reflète cette dynamique de l’art d’aujourd’hui, des compositeurs qui se battent pour que leur musique existe, soit jouée (quelque soit le style : du rock à la musique contemporaine ou improvisée). De plus, un champ d’action dépassera je l’espère la musique pour explorer différents médium artistiques.

Dans quelle(s) mesure(s) une ville, qui plus est une capitale, peut influer ou orienter une création dans sa dimension architecturale ?
La musique est un art abstrait. Mais comme l’architecture, c’est un art de courbes, de lignes de points de couleurs de formes, de dégradés…
Et puis la poésie qui se dégage d’un bâtiment ou un ensemble architectural m’inspire.

Quelles seront les autres capitales après Paris (hormis Berlin qui est annoncé) ? Y-a-t-il une immersion prévue dans ces villes pour la création ?
Je suis nommé depuis un mois, j’ai fait le choix du « coup de foudre » vis à vis des villes que nous allons investir. Les villes choisies seront donc celles qui me toucheront au fil de mes voyages, de mes immersions, d’où les noms pas encore arrêtés, même si des envies se font sentir !

Tiens-tu compte de la musique de cette ville, je pense aux musiques et cultures électroniques pour Berlin par exemple ?
Bien sûr mais aussi de l’Art en général !
A Berlin il n y a d’ailleurs pas que les musiques électroniques. il y a un mouvement d’improvisation minimale très fort.

Imagines-tu possible d’associer des musiciens de ces villes ?
Oui bien sûr il s’agira d’échanger, de partager avec les artistes des différentes villes. C’est pour cette raison que nous nous efforcerons de travailler sur place.

Que comptes-tu apporter de nouveau à l’ONJ ?
Dans le fonctionnement : j’ai tenu à ce que le recrutement des musiciens soit fait par un appel à candidature.
Dans le rapport entre les musiciens et moi même : je compose, je joue, je suis partie intégrante du groupe. Et j’ai fait appel à Bruno Chevillon comme musicien et conseiller artistique. Les échanges avec lui et avec les autres membres de l’orchestre sont d’ailleurs très enrichissants.
Par ailleurs nous allons créer un label, mettre en avant certains projets personnels des musiciens et susciter des velléités de créations à l’intérieur de l’orchestre.

Tu joues de la guitare, revendiques le rock dans l’énergie, le jazz dans l’interaction, participe au collectif lillois Muzzix qu oeuvre dans l’improvisation et l’expérimental. Ta “casquette” chef d’orchestre sous-entend la partition, une musique écrite. Comment appréhendes-tu cela ?
J’ai quitté Muzzix en mai car je ne pouvais pas mener de front deux structures. La notion de « chef d’orchestre » au sens propre est peut-être plus limitée à savoir un chef qui dirige à l’aide d’une partition. Pour ma part (c’est pour cette raison que j’utilise peu le terme « chef d’orchestre » même si littéralement il n’est pas faux), je suis un « conducteur » (francisation du mot anglais « chef d’orchestre »). Je conduis un orchestre, je suis moi même à la fois la partition (grâce à un langage de signes que j’ai créés) et le « conducteur » de l’ensemble, celui qui donne un cohérence à ce « tout », à ces libertés individuelles données par la pratique de l’improvisation en grand orchestre. La clé est là : les musiciens sont libres et très cadrés suivant les moments. Ils ont une marge de manoeuvre qui peut être très grande ou nulle suivant mes gestes.

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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