PACO TYSON, EMBRASEMENT ÉLECTRO À NANTES

Une chose semblait déjà admise en amont du festival, les organisateurs n’ont pas lésiné sur la communication, ni sur la mise en oeuvre de leur premier gros bébé. Le nom de Paco Tyson sonnait bien avant que les festivaliers ne posent leurs pieds sur le site de la Chantrerie au nord-est de Nantes.

 

Photo bandeau : Animal Tribe – Morgane Lesné
Toutes les photos – Morgane Lesné

 

 

Nico (aka Discord/Raar aka Redux/Sweatlodge – Dj et producteur de son) se remémore les étapes de ce projet monté avec Chichi (Illmatic – Dj et producteur de son), ça fait un an et demi qu’ils y travaillent. « On voulait lier les forces vives de l’électro nantaise pour créer un évènement de toute beauté, et notamment de tous sons – comme on fait monter la sauce, en mélangeant vivement les différents ingrédients ».

 

 

« Lier les collectifs pour créer un festival de grande ampleur »

Car, la techno et la house sont une base sûre et sans risque – les clubs comme les médias spécialisés n’ont presque d’yeux et de mots que pour ces deux styles d’électro (avec les tendances DeepTechno, ou encore DiscoHouse). Mais d’autres mouvances rythmiques jalonnent les terres ligériennes et la team de Paco Tyson n’a laissé personne sur le carreau. D’autant que le projet – pour une première édition – est d’une ampleur impressionnante… Hardtech, trance, ambiant, drum&bass et différentes déclinaisons de ces sonorités moins représentées ont eu leur place sur l’une des trois scènes du festival.

 

Discord et Maëlstrom

 

« Les deux mots d’ordre, c’est la musique et la fête ».

 

La programmation éclectique et la com’ décalée de Paco Tyson a si bien annoncé les festivités que les deux nuits furent pratiquement sold out la semaine précédent le festival. 5000 personnes par soir, 10.000 sur le week-end, sans compter les furieux fêtards présents à l’after prévu à l’Altercafé (Hangar à Bananes) et les nombreux befores organisés en centre-ville de Nantes. Nico et Chichi n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère, et le menu avait de quoi allécher tout un chacun.
Le deuxième point important, c’est l’humour – pas de prise de tête ni de chevilles qui enflent dans le crew. « L’idée c’était de caler un moment avec beaucoup de DJs, du coin et d’ailleurs, tout en continuant à prendre plaisir. Les deux mots d’ordre, c’est la musique et la fête. » Paco Tyson porte bien son nom, le week-end pascal s’annonce chaud-bouillant.

 

Techno stage

 

Le nombre de collectifs dévoués aux musiques électroniques dans la cité nantaise est hallucinant. On ne pourrait pas tous les citer sans créer des lignes aussi illisibles que des pages de codes. Certains crews cheminent depuis une quinzaine d’année, d’autres sont plus récents – et la plupart des DJs rencontrés sont unanimes : il y a une ferveur techno à Nantes que tu ne retrouves pas ailleurs en France.

On assiste à une croissance des soirées électro depuis 2008, avec une multiplication des collectifs (Input Selector, Abstrack, Illmatic, Trickart, Fragil, Sweatlodge…) et de nombreuses nuits aux couleurs et aux sonorités diverses se mettent en place. Les citadins, avides de grosses basses et d’heures de sons, mettent le feu à la poudre… d’où l’explosion des évènements – symbolisée par le lancement des Goûtez Électronique ! (House2Couette) dont la pérennité ne se dément point. Les réseaux se créent tandis que chacun y trouve son compte… Plutôt techno dure qui tabasse ? Hop, une Sweatlodge Party ou une teuf de Rêves Éphémères. Ou davantage house qui pétille ? Mini-BPM, Chronic ou Paradise.

 


Unforeseen Alliance

 

« On ne marche pas sur les mêmes plate-bandes, il y a beaucoup de réseaux qui s’entrecroisent mais les soirées sont toujours blindées »

 

Selon Sophie (Bloody L/Sheraff Sound System-Abstrack), le foisonnement des soirées électro est d’autant plus impressionnant que les différents collectifs ne sont pas en concurrence. « On ne marche pas sur les mêmes plate-bandes, il y a beaucoup de réseaux qui s’entrecroisent mais les soirées sont toujours blindées ». Nico qui organise Paco Tyson est également de cet avis « ça ne se télescope pas, il y a beaucoup de goûts différents et les collectifs ont leurs propres réseaux ». Il existe un agenda professionnel que les DJs de Nantes ont créé pour caler les soirées sans se faire d’ombre. En toute intelligence et bonne entente, en somme.

Combe d’Input Selector s’accorde avec ces pairs – « l’intérêt des collectifs est de jouer, ce n’est pas d’empiéter sur les autres. Nous, on souhaite partager le son, que les gens découvrent de nouveaux artistes ». Plusieurs plateformes numériques tendent vers cet intention de mettre en commun les musiques, artistes, créateurs de sons, à l’image de RadioDY10 ou du blog webzine d’Input Selector. Ça semble idyllique, mais l’idée est largement assumée par les organisateurs de soirées. Le fait qu’il y ait plus d’une quinzaine de DJs Nantais dans la programmation de Paco Tyson – hors after/befores – montre bien une chose : les forces vives nantaises de la musique électro savent s’allier pour que la fête atteigne son point de fusion.

 


Diazzo

 

« On croirait que le festival est rodé de plusieurs années déjà ! »

 

Vendredi 14 avril, aux alentours de 21h – la nuit se lève et les feux des projecteurs de Diazzo s’allument sur le site du festival. Le sol est littéralement recouvert de couleurs chamarrées et tripantes, un petit goût des années 60 se fait sentir. Trois chapiteaux sont dressés, majestueux. Seule la Techno Stage est ouverte pour le moment, on y retrouve les Fantastiks (Sweatlodge) qui ouvrent le bal avec trois heures de set mélangeant électrobeat et sonorités tropicales. Au fur et à mesure, les autres scènes se mettent en branle et vers 23h, Paco Tyson est clairement lancé pour une session qui s’annonce animée.

Aux détours des backstages, on rencontre davantage de techniciens que de têtes d’affiches – et force est de constater que la majorité des personnes qui travaillent sur le site sont des visages connus, intermittent(e)s du spectacle de la région ligérienne – lighteux, ingés son, barmaids, sécumen, runeuses, etc. L’orga semble affinée au poil – ce qui fera dire à certains DJs à la fin du week-end : « on croirait que le festival est rodé de plusieurs années déjà ! ». Et les équipes ont le sourire. Bon, il y eût quelque soucis de quads et de bracelets semble-t-il, mais l’ensemble du spectacle sonore s’est déroulé comme sur des roulettes de flycases.

 


Les Fantastiks

 

House Stage : Atemi (Sheraff SoundSystem) Môme (Fragil) et Chichi chauffe le dance-floor tandis que la scène Hard commence de facto à envoyer du lourd pour un public aguerri de basses lourdes et rapides – le DSP crew est attendu avec impatience par ces aficionados de la teuf. Du côté du grand chapiteau qui recouvre la scène techno, Paul Ritch et Derrick May ameute une foule qui ne désemplira pas. Le dance-floor s’étend jusqu’au dehors. Et à quatre heures du matin, comme pour annoncer que la nuit et le week-end viennent seulement de commencer, Discord et Maëlstrom (Raar) envoient de la deep techno bien dure pour une fosse solide et vibrante. Toute la nuit passera au crible les sonorités multiples des musiques électroniques.

Samedi 15 – Second round, la fête continue. Les ambiances sonores sont différentes de la veille – notamment sous le chapiteau rouge à quatre mâts où la hardtech a laissé sa place à la trance et à ses beats galopants. Gambass entame, il chauffe l’espace et gonfle le dance-floor sur des influences hip-hop, ambiant et techtrance. Du côté de la scène house, Alëx (Voiceless) régale l’assistance avec un set positif d’une house à la joie contagieuse. Retour sur la Trance Stage, où Alga Wakké (Wild Spirit, duo constitué de Guchi et Jabs) s’éclatent sur scène et s’amusent à entrecouper leur set de morceaux de reggae – histoire de faire siffler la fosse et de ré-enchainer de plus belle avec des basses qui tabassent.

 


Gambass

 

« Vu l’ampleur du projet, et son déroulement nickel, on s’attend direct à voir ce que ça va donner l’année prochaine »

 

Les festivaliers s’affairent entre les trois chapiteaux, font une pause méritée sur l’herbe sillonnée de jolis ronds de couleurs vives, se posent aux niveau des foodtrucks, ou vont se déhancher nonchalamment sur les ondes techouse transmises par la Station Rose à l’entrée du site. Aux comptoirs des différents bars du site, on entend – à grand-peine – les sensations des uns et des autres. Pour la plupart des paroles audibles et cohérentes, la surprise tient dans la fine organisation du festival, dans le côté pro de la mise en scène, des plateaux et de la rigueur acoustique. Le son est bon, bien calibré. Il y en a pour tous les goûts, ou presque – tant qu’il s’agit de musiques électroniques. « Vu l’ampleur du projet, et son déroulement nickel, on s’attend direct à voir ce que ça va donner l’année prochaine ». Les artistes semblent être aux petits oignons, et les techniciens ont l’air fatigué mais souriant – ça roule…

On s’approche alors de l’apothéose du festival, que constituent les deux têtes d’affiches Ben Klock et The Driver (que d’autres connaissent sous le pseudo Manu-Le-Malin). Leurs plateaux se déroulent sur la Main Stage où le dance-floor est massif, malgré les nombreuses heures de danse et de son que les festivaliers ont déjà parcourues. Il est pratiquement cinq heures du matin et ce qui restera de cette première édition de Paco Tyson, c’est la mixité des sons électro – qui a vraisemblablement attiré une foule disparate, milieux sociaux divers qui se mélangent – et la qualité des équipes organisatrices, techniques et artistiques.

 

Ben Klock

 

Site PACO TYSON

Rédactrice, amatrice de musiques électroniques et d'arts interactifs, je me passionne pour les pratiques culturelles émergentes de la société contemporaine.

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