PHNTM POUR BALLROOM, NOUVEL ALBUM DE TAHITI 80

Le nouvel album de Tahiti 80 du nom de « Ballroom » est sorti en octobre dernier. Son artwork, très « série B », a été réalisé par un duo de graphistes rouennais : PHNTM. En discutant avec eux, on découvre leurs références, leur façon de travailler, et leur amour pour les confettis.

Tahiti 80

Comment avez-vous imaginé l’identité visuelle de ce nouveau disque, à quel moment du processus créatif ?
On a commencé une nouvelle collaboration artistique avec Maxime (JLS et collectif PHNTM) sur le EP « Bang ». Par exemple, j’aimais bien le concept des home-made sleeves (quand les gens refont leur propre pochette après avoir perdu l’original), c’est très bricolo et très poétique à la fois. C’était le point de départ, je crois. On cherchait de la matière, à s’extraire du travail uniquement fait sur un ordinateur, même si forcément on s’en est servi. Maxime est très bon pour ça, il a un côté autodidacte, musicien aussi, c’est dans son esthétique. Sur le premier essai (« Bang », EP, ci-dessous) , le côté brut du visuel, l’aspect DIY (dans le découpage, le coloriage) a tout de suite fonctionné. On avait trouvé un angle intéressant qu’on a développé sur « Ballrooom » : la présence humaine, sensuelle (la main, la bouche), des couleurs, des textures…

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Pouvez-vous décrypter l’artwork de « Ballroom » ?
La nouveauté avec Ballroom, je crois, c’est aussi la noirceur de la pochette. C’est un disque plus sombre que nos précédents, notamment au niveau des textes. On parle de rupture, du fait de vieillir… La musique est plus nocturne. C’est pourquoi le titre « Ballroom » s’est rapidement imposé à nous. Il y avait quelque chose à développer autour de la fête : l’avant, l’après, l’excitation, la descente… Que s’est il passé ?, etc. L’artwork, qu’on avait d’ailleurs déjà avant que le disque ne soit fini, représente tout ça. Le black out, la déchirure, l’explosion de couleur. Mais il y a une ambiguité, on ne sait pas si c’est joyeux ou triste. On garde le mystère.

Est-ce que le fait d’avoir une notoriété à l’étranger (notamment le Japon dans votre cas) a un impact sur le choix de cette identité ?
Le Japon est un pays très porté sur le graphisme, on peut s’en rendre compte dans le métro, en regardant les emballages dans les mini-marts (NDLR – l’équivalent de nos supérettes). Forcément, on sait aussi très bien que nos visuels – soignés – ont joué un rôle important dans notre succès là-bas. Après on ne se pose pas la question de savoir, si la main manucurée est un fétiche en Allemagne ou ailleurs ! On voulait un visuel beau et impactant.

Est-ce que le travail final correspond à ce que vous recherchiez ?
Oui, le visuel est vraiment une bonne introduction à l’écoute de l’album, d’ailleurs c’est presque une affiche de film. On a aussi porté une grande attention au livret, les photos de Fred Margueron représentent vraiment un complément à l’illustration de couverture. Et puis on a développé d’autres gimmicks, les confettis, la forme rond/carré. La pochette est très forte, et il y a aussi tous ces détails que les sens remarqueront en lisant le livret.

Comment déclinez-vous cette identité (sortie digitales, physiques, merch) ?
On s’est tout d’abord amusés avec les formats, le vinyle est un vrai 33T avec disque rose, une sous-pochette avec une belle photo. De la même manière, le CD a été pensé comme un compact disc vintage, une manière de se réapproprier ce format. De nos jours, les CD ressemblent à des vinyles. Là, on a un boitier plastique old school, un livret adapté, on s’est inspiré des CD nice price de CBS. On s’est aussi amusé à cacher un montage photo sous le plateau. On s’amuse comme on peut !

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Comment travaillez-vous l’image du groupe sur les réseaux sociaux (sur Instagram par exemple sur lequel vous êtes pas mal présents ?)
Instagram, c’est un peu l’équivalent d’un 4-pistes à cassette, ça a décomplexé voire démocratisé la photo. Pour Tahiti 80, c’est une fenêtre sur l’intimité du groupe, qui reste quand même très pudique. Nous nous en servons surtout pour mettre en avant des disques (#recordoftheday), et dès que nous sommes en studio ou en tournée. C’est une façon artistique de rester en contact avec nos fans.

PHNTM

Pouvez-vous présenter votre studio, vos champs d’action et votre « style » ?
Nous sommes deux graphistes indépendants installés à Rouen depuis 2008 sous le nom de PHNTM. Nous travaillons surtout dans le milieu de la musique, que ce soit pour des groupes, des labels, des festivals ou des salles de concerts. Il nous arrive de travailler également dans le milieu de l’édition de « beaux-livres », surtout mon collègue Marco. Contrairement à lui qui a un parcours Beaux-Arts, je n’ai pas fait d’école. J’ai longtemps évolué dans la scène musicale punk-hardcore où le « fais-le-toi-même » est de mise. J’ai donc eu matière à créer flyers, affiches de concert, pochettes de K7 puis de CD et de vinyle, pour mes propres groupes et ensuite ceux des autres. J’ai également énormément appris au contact de Marco, surtout l’utilisation de certains logiciels dont j’avais jusqu’à alors ignoré l’utilité. C’est assez difficile de décrire son propre style. Je pense être parfois trop « indé » et pas assez suisse, mais je me soigne.

Comment avez-vous rencontré le groupe ?
Ça remonte a pas mal d’années déjà. Xavier et Pedro ont produit le second album du groupe dans lequel je chantais à l’époque, the Elektrocution. Dans un premier temps, j’ai commencé à faire des affiches, des T-shirts pour eux, jusqu’au jour où ils m’ont laissé les commandes.

Comment avez-vous travaillé pour lui faire des propositions d’artwork ?
Il y a les gens qui vous font confiance et vous demandent de livrer votre lecture de leur musique. Tahiti fait partie de ces gens là. C’est précieux de pouvoir travailler dans ces conditions. Bien entendu il y a eu des échanges, des hésitations et quelques retours en arrière, mais de manière générale, nous avions envie d’aller dans le même sens pour cet album. Eux comme moi voulions opérer une certaine rupture avec les précédents disques. L’idée était d’essayer de créer quelque chose d’immédiat en évitant de tomber dans le consensus et la demie-mesure. Pour cette pochette, tout a été découpé dans des magazines, déchiré et scanné. J’ai d’ailleurs encore des confettis coincés dans mes scanners.

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Est-ce facile, difficile de donner à voir de la musique ?
C’est comme faire un dessin à côté de la poésie quand on est en primaire. C’est un exercice particulier et pas toujours évident. Il y a des idées qui viennent immédiatement, plus ou moins farfelues et pas toujours réalisables, et parfois il faut discuter avec le groupe pour trouver la solution au bout d’un certain nombres d’échanges. Je sais que je préfère avoir un nom de disque ou de chanson pour me donner le ton avant de me lancer, histoire de savoir si je ne suis pas à côté de la plaque.

Les artworks dans la musique qui vous branchent, ou vous ont influencé ?
La première K7 que j’ai achetée quand j’avais 11 ans est « Live After Death » d’Iron Maiden. C’était clairement pour la pochette. Il n’y avait pas tromperie sur la marchandise. Sinon, j’aime tout aussi bien les pochettes douteuses et extravagantes des groupes de funk des années 70 que les choses très sobres comme avec une simple photo et une typo classique comme sur le visuel de « The Queen is Dead » des Smiths par exemple. Mon dernier émoi visuel en date c’est quand je suis tombé sur la pochette de « Scratch » de Peter Gabriel (1978), tellement simple mais incroyablement efficace. Il n’y a pas que la musique qui m’inspire mais également le travail typographique de Herb Lubalin ou bien encore les affiches de cinéma de Bill Gold, pour ne citer qu’eux. D’ailleurs, j’ai voulu donner un côté affiche de film à la pochette de « Ballroom ».

Vos actus, les trucs à venir ?
J’ai récemment travaillé sur le nouveau 45T des Superets « Le sang, l’argent » (Entreprise). Il y a aussi le livre « Les plus beaux génériques de films » aux Éditions de la Martinière qui vient de sortir et sur lequel nous avons passé beaucoup de nuits blanches Marco et moi. Dans les projets à venir, des disques encore des disques, de la com’ pour des festivals et des concerts… et peut-être trouver le temps de mettre nos boulots sur notre site internet un jour.


Le site de TAHITI 80 Le site de collectif PHNTM

Aux confins des générations X et Y, j'ai orienté ma formation très tôt vers le journalisme. Pour exercer aujourd'hui le métier de chargé de communication dans le spectacle vivant & les musiques actuelles. En veille permanente, je travaille évidemment avec les outils numériques mais aussi, toujours, avec le bon vieux papier. Avec un intérêt grandissant pour le design et les nouvelles formes de communication sociale & intuitive.

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