PLANETARIUM : UN ALBUM AUDIOPHILE

Ce qu’il y a d’amusant (ou regrettable, c’est selon) avec le free jazz ou les musiques improvisées, c’est qu’elles attisent des réactions extrêmes fort divergentes. Certains vont vous en commenter la moindre croche et s’extasier au moindre frottement de corde dissonant. D’’autres, au contraire, ressentiront un effet profondément laxatif en moins de 20 secondes d’écoute et ne s’y feront plus reprendre de si tôt. Ce dommageable état de fait a pour conséquence de me faire régulièrement passer à côté d’albums pourtant dignes d’un vif intérêt. C’est le cas de « The Visible Ones » du duo Planétarium (entendez Matthieu Donarier, le régional de l’étape et Albert Van Veenendaal) que j’aurais probablement manqué si Jazz magazine ne m’avait pas mis sur sa trace.

L’écoute de duo est comme la prononciation du nom du pianiste qui le compose : pas si difficile qu’elle en a l’air (après moi : VAN VIE NAINE DALL). Si l’on s’y penche réellement, que l’on écoute cette musique assez fort et qu’ l’on cesse toute activité parallèle à l’écoute de la musique, alors on prend conscience que « The Visible Ones » regorge de pépites. L’écoute de certaines pistes fera peut-être se demander aux néophytes quelles substances illicites ont pu consommer les musiciens ; il existe néanmoins dans ce disques de superbes morceaux et de grands moment d’improvisation en tête à tête. Le son de saxophones (entendez soprano et ténor) de notre ami Matthieu Donarier s’affine et se bonifie avec l’âge. Je vous épargne la métaphore viticole mais force est d’écouter avec plaisir le son de ténor se faire tendre et incisif à la fois, enveloppant et murmurant, le son de soprano user avec virtuosité de tout le spectre qu’offre l’instrument. L’enregistrement permet d’entendre les clefs de saxophone, le souffle emplir le pavillon, la langue frapper l’hanche.

De son côté le pianiste hollandais Albert Van Veenendall est pour moi (et pour beaucoup je pense) une réelle découverte. Voilà un musicien qui sait faire « sonner » le piano, il en utilise la richesse avec une grande précision et beaucoup d’intelligence musicale. Il peut rappeler ça et là l’art d’un Paul Bley. Son utilisation du piano préparée est elle aussi assez impressionnante.

La musique du duo, si elle est parfois exigeante pour l’auditeur reste néanmoins très accessible par endroit. La réelle complicité des deux instrumentistes fait merveille sur Univers élastique ou Vernell Ho (où Donarier y est d’une précision redoutable au soprano). Le tout devient onirique à souhait sur Radio silence ou très tendre et quasi sensuel sur The Visible Ones.

Voilà donc un beau disque qu’il vaut mieux éviter d’offrir à son grand oncle nostalgique de Glenn Miller (il risque de ne plus jamais vous réinviter à sa table) mais qu’il faut s’offrir sans hésiter si l’on aime ouvrir ses œillères et se laisser bercer par l’univers singulier d’une formation atypique. Je précise au passage que le tout a été produit par le label Clean Feed, qui réalise un travail superlatif en matière de production acoustique. Un album audiophile que les heureux détenteurs d’un bon casque audio ou d’une chaine hi-fi haut de gamme pourront apprécier d’autant plus.

Matthieu Donarier – Albert Van Veenendaal’s Planetarium

The Visible Ones, CleanFeed Records 2014

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Aller sur le site de MATHIEU DONARIER

Aller sur le site de ALBERT VANVEENENDAAL

 

Président de l'association La 52ème et passioné de jazz, j'assure la programmation de La 52ème depuis sa création, j'anime des rencontres jazz-litterature, je donne des conférences sur certains artistes ou courant de l'histoire du jazz, et écris pour Tohu Bohu depuis 2011. Je suis par ailleurs contributeur actif du blog de La 52ème et rédige des articles pour mettre en lumière des artistes parfois injustement méconnus.

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