PROG #2 – DE LA CAVE À LA SMAC : quels lieux pour jouer ?

Suite de notre série sur la programmation musicale, avec une équation compliquée à résoudre : il y a de plus en plus de (bons) groupes émergents et de moins en moins de petites scènes pour jouer. Et donc embouteillage.

Christophe Davy, dit Doudou, est tourneur. Ou plutôt « producteur de spectacles », comme rectifie d’entrée celui qui est à la tête de Radical Production. Son métier, depuis 25 ans : « trouver des dates à des groupes pour les faire tourner. »

Les artistes dont il s’occupe vont de la (très) grosse pointure au groupe en voie de professionnalisation. Et il a sa petite idée sur les difficultés que rencontrent les jeunes formations.

« Ce qui manque pour les groupes émergents, ce sont des bars à concerts ou des clubs en centre-ville, avec un prix d’entrée très faible. Des lieux dans lesquels le public peut venir dans le cadre d’une simple sortie. »

Le problème, c’est que les lieux en question n’ont pas le vent en poupe, loin de là. En cause, notamment, le bruit, à propos duquel certains riverains ont tendance à devenir de plus en plus tatillons. Il suffit de quelques plaintes pour que la diffusion de concerts – et donc la survie de l’endroit – soit menacée. Un problème que ne connaît certes pas le Ferrailleur, excentré au Hangar à Bananes sur l’Île de Nantes, loin des habitations. Mais le lieu (184 concerts en 2014, 441 groupes accueillis, dont 30% de locaux) doit faire face à d’autre contraintes.

« On doit être raisonnable lorsqu’on travaille dans le milieu culturel sans aucune subvention, analyse Maxime Pasquer, en charge de la programmation de la structure privée qui fêtera ses huit ans au mois de mai prochain. L’équilibre est, de fait, fragile et il faut être très vigilant sur les choix que l’on fait. J’aimerais accueillir encore plus de groupes émergents, mais notre trésorerie ne nous le permet pas. C’est dommage car on passe à côté de super groupes. Mais c’est aussi le rôle des SMAC, justement, de proposer des soirées émergentes.»

ferrailleur Loge©DRdefbandeau
Les SMAC (Scènes de Musiques Actuelles), à qui il est précisément parfois reproché de ne pas permettre un accès suffisamment facile pour les petits groupes locaux. À tort, selon Jean-Michel Dupas, de Stereolux.
« On tourne à environ 235 groupes ou artistes par an. En 2014, 52 artistes régionaux ont joué chez nous. Alors, quand j’entends que Stereolux ne fait pas passer de groupes locaux… Je pense que c’est notre grosse activité qui fait que c’est dilué dans la masse. Il y a peut-être un manque de visibilité. »

Avant d’insister également sur la notion d’accompagnement, en dehors des concerts.

« Il faut aussi mentionner les accompagnements première partie, les groupes suivis à l’année et les résidences pour des créations de spectacles. Pour 2014, cela représente 20 jours de mise à disposition de la salle et concerne une quinzaine de groupes. »

Pour son collègue Benoît Benazet, du Fuzz’Yon à La Roche, qui consacre un tiers de sa programmation aux groupes des Pays de Loire, les SMAC ne sont toutefois pas amenées à accueillir tous les groupes émergents.
« Je dois souvent expliquer que mon rôle n’est pas de programmer l’intégralité des groupes vendéens. C’est parfois difficile de faire comprendre à un groupe qu’il ne rentre pas dans ma ligne artistique, que le projet n’est pas assez mûr ou qu’il a déjà été programmé il y a un an… »

Résultat : « il manque des lieux où c’est facile d’organiser des choses », confirme Will Guthrie, musicien et pilier de l’asso d’organisation de concerts Cable#. « À Nantes, l’offre institutionnelle prend beaucoup de place. Ce qui ne veut pas dire qu’ils font du mauvais boulot, d’ailleurs. Mais du point de vue des musiciens, les petits lieux sont très importants. C’est plus facile d’y jouer et on n’y fait pas exactement la même chose. On ressent moins de pression, on peut y tenter des choses plus folles. »

ferrailleur RedFang © Clément Thiéry

Une grosse demande de concerts qu’observe tous les jours Maxime Pasquer, qui ne peut absorber toute la demande au Ferrailleur. « À Nantes, on a la chance d’avoir un réseau associatif très développé dans le milieu culturel Je n’en reviens toujours pas de voir le nombre d’assos qui nous sollicitent pour organiser des concerts dans l’année. »

Dernière solution : traverser la Manche ? Peut-être, à en croire Doudou, de Radical.

« Je ne dis pas que les Anglais ont le modèle idéal. Mais il est sûr que leur manière de faire favorise l’apprentissage. Un jeune groupe anglais qui a 4 ou 6 titres avec un peu de presse fait 50 ou 60 dates dans les pubs. Les conditions sont certes précaires mais tu peux partir plus facilement 3 mois sur la route. »

 

Crédits Photos: Bandeau Philippe Bertheau/Photo loge Ferrailleur : DR / Photo Concert RedFang: Clément Thierry

 

S'intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin à la musique en général. Pop, folk, rock en particulier.

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