PROG #3 – LE GOÛT DES AUTRES

Programmation pointue pour happy few ou plus consensuelle afin de toucher un public plus large ? Comme souvent, tout est affaire de dosage. Voici un nouvel épisode de notre focus sur la programmation musicale, à retrouver toute la semaine.

Quand les salles Maxi (1300 places) et Micro (400) de Stereolux abritent des concerts le même soir, il arrive d’assister, dans le fumoir commun, à une cohabitation de publics peu habitués à se croiser.

« Ça ne me pose aucun problème de faire à la fois du Charlie Winston et de l’expérimental », lance d’entrée Jean-Michel Dupas, le programmateur du lieu.

De fait, l’éventail de notoriété des artistes à l’affiche est effectivement assez large. Si les mastodontes des ventes se retrouvent logiquement du côté du Zénith, il y a tout de même un sacré écart entre les pointures de la Maxi parfois sold out plusieurs semaines en amont et certaines soirées en Micro à l’audience plus confidentielle.

« Je pense que des choses un peu plus mainstream permettent de toucher une population plus large, que l’on peut ensuite amener à découvrir des choses plus pointues. »

L’intention est louable, pas de doute là-dessus. Mais ne tient-elle pas du vœu pieux ?

« C’est peut-être utopique car il y a effectivement des cloisons. Mais on peut au moins essayer de les rendre poreuses. Et pour cela, il faut d’abord que les gens découvrent le lieu. Qu’ils se rendent compte qu’on y a un rapport frontal avec la scène, différent du Zénith. De toute façon, il n’y a rien de pire que de s’enfermer dans un seul type de public.»

nouveau pavillon 3 DR

À quelques kilomètres, à Bouguenais, Sylvain Girault assure la direction et la programmation du Nouveau Pavillon. Cette salle, qu’il a lui-même créée en 2004, fait la part belle aux « musiques traditionnelles, du monde et populaires ».

Et si les styles représentés sont donc différents, le discours contient, lui, des similitudes.

« Dans une prog, il faut certes mettre quelques points d’ancrage, quelques têtes d’affiche, pour entraîner des abonnements et une meilleure notoriété de l’endroit», explique celui qui, chose atypique dans le milieu, est également musicien professionnel sous le nom de Sylvain GirO.

« Mais pour moi, l’argent public en matière de programmation culturelle doit servir essentiellement à la découverte. On parle souvent de public frileux. Mais le public s’éduque. Et cela peut marcher ! À part deux ou trois programmations très pointues où l’on tourne à 60 ou 70 % de remplissage, on est quasiment tout le temps complet. »

lieuunique©MartinArgyroglodef

Pour Cyril Jollard, responsable du secteur musiques au Lieu Unique depuis cinq ans, une programmation à la fois accessible – dans tous les sens du terme – et audacieuse est possible.

« Le mélange des genres et un de nos outils pour faire se côtoyer des publics différents et provoquer des frottements. Une grande partie de notre programmation est en entrée libre ou à des tarifs très accessibles. Notre rôle est de faciliter le chemin entre le public et la création, qu’elle soit radicale, innovante ou populaire . Ou les 3 en même temps… »

Crédits photos: bandeau Chloé Nataf avec les choux de son frigo/ Le Nouveau Pavillon – DR/Le Lieu Unique – Martin Argyroglodef

 

S’intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin à la musique en général. Pop, folk, rock en particulier.

1 commentaire

  • Répondre mai 22, 2015

    Polo Ruesz

    Merci pour cette série d’article très intéressante sur la programmation musicale !

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