PROG #4 – COMBIEN ÇA COÛTE ?

Notre zoom sur la programmation musicale se poursuit. Aujourd’hui, on parle un peu de sous. Agrégation d’économie toutefois non nécessaire à la compréhension de l’article.

« A la fin des années 80, il y avait peu de lieux institutionnels pour jouer. Depuis, ce réseau s’est développé et professionnalisé. Beaucoup d’argent est arrivé dans le secteur du live. »

Voilà ce que répond Christophe Davy, tourneur chez Radical Production, quand on lui demande ce qui a changé dans les musiques live depuis qu’il a fait ses premiers pas dans le métier. Étape clé de cette mutation : la création du label SMAC (pour Scènes de Musiques ACtuelles), en 1996. Près de 150 salles françaises disposent aujourd’hui de l’appellation et du financement public (État ou collectivités locales) qui va avec.

Car, contrairement aux structures privées, ces salles n’ont pas d’impératifs de rentabilité. « Ce qui ne signifie pas qu’on a un chèque en blanc. Le budget doit bien évidemment être tenu et nous sommes évalués tous les ans sur le respect de nos différentes missions : diffusion, action culturelle et accompagnement artistique », précise Cyrille Gohaud, le directeur-programmateur de Nantes Jazz Action. L’asso   à la fois la salle Paul Fort (chanson, musiques du monde, 500 places) et le Pannonica (jazz, musiques improvisées, 200 places), en haut de Talensac à Nantes.

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« À Paul Fort, on cherche le plus possible l’équilibre financier. Cela permet de libérer des moyens pour prendre des risques pour le Panno. C’est inhérent à la découverte et cela fait partie de notre mission. »

Une prise de risques rendue possible par ce qu’on appelle le déficit artistique. C’est à dire la somme que la salle peut se permettre de perdre par rapport à ses recettes, tout en restant dans les clous au niveau budgétaire.

« Je sais que je peux perdre en moyenne 2500 € par date. Au-delà, je creuse mon déficit», explique Benoît Bénazet du Fuzz’Yon.

Mais de toute façon, je ne rentre jamais dans mes billes. On a 300 places avec des frais de production qui sont incompressibles. On perd de l’argent sur toutes nos dates, même quand on fait archi-complet avec Christine and the Queens. Ou alors je vends des billets à 40 €, mais ce n’est pas mon rôle. »

Et oui, les SMAC coûtent cher… Elles emploient du personnel, déclarent tous les musiciens qui jouent en première partie (ce qui n’est pas le cas partout) et doivent faire face à une inflation des cachets des groupes étrangers.

Selon Jean-Michel Dupas, qui place la limite à 15000 € pour une tête d’affiche capable de remplir la salle Maxi, la pratique est encouragée par les agents anglo-saxons. Une profession qu’il ne porte pas spécialement dans son cœur.

« Il faut faire la différence entre les agents français, qui bossent globalement bien, et les Anglais et les Américains, qui pour certains s’en contrefoutent, s’emporte le programmateur de Stereolux.

Ils vendent des artistes comme ils vendraient de l’immobilier, en gérant les groupes pour 20, 30 ou 40 pays différents. Dans les mails, ils mettent juste un chiffre, et c’est  »tu prends ou tu prends pas ». Il y a un respect et une discussion qui se sont perdus depuis quelques années. »

Crédit photo: Chloé Nataf

S'intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin à la musique en général. Pop, folk, rock en particulier.

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