PROG #5 – BEST OF / WORST OF

Des concerts et des groupes, ils en ont vu défiler à la pelle. Des centaines de bons, de moins bons… et quelques-uns inoubliables. Pour le dernier épisode de notre série sur la programmation musicale, on a donc demandé à six programmateurs de nous raconter leurs meilleurs souvenirs de concerts. Et aussi les pires, évidemment.

Cyril Jollard, le lieu unique.

Rencontrer Steve Reich et le voir sur scène interpréter Clapping Music fut un moment émouvant. J’ai aussi un très joli souvenir du concert exceptionnel de Panda Bear l’année dernière au festival « Assis ! Debout ! Couché ! ». Il avait réécrit son répertoire pour le jouer devant un public allongé, accompagné par Sonic Boom. C’était un moment en suspension…

Les mauvais souvenirs sont plutôt des accrocs qui émaillent le quotidien, pour réussir à faire exister ces moments. J’essaie de les oublier rapidement. 

Benoît Benazet, le Fuzz’Yon.

Difficile de dégager le meilleur, il y en a plein… Peut-être quand j’ai programmé Bashung à la Scène Nationale, alors que je n’ai pourtant jamais été un grand fan. Le concert était fabuleux.

Un autre souvenir très fort et plus récent, c’est Anna Calvi . Un concert magnifique.

Dans un autre style, ceux de Ty Segall et Thee Oh Sees étaient énormes.

Les petites déceptions peuvent venir de gens dont tu es fan depuis longtemps. Humainement comme artistiquement, il y a alors un plus grand risque d’être déçu.

Mais le pire, c’est un groupe de punk-rock suédois qui s’appelait Randy. Ils ont été détestables et juste… très cons. Je pense aussi à un groupe français, mais là je ne peux pas en parler (rires).

Sylvain Girault, le Nouveau Pavillon.

J’avais invité un duo de musiciens écossais. Il y avait eu une tempête de neige chez eux. L’un des deux était resté bloqué et l’autre était arrivé à l’aéroport de Nantes une demi-heure avant le concert… Et il lui manquait la moitié de ses instruments. Un ami dans l’équipe, musicien professionnel, avait assuré une première partie en solo, le temps d’aller chercher l’Écossais et de récupérer des instruments à droite à gauche dans l’agglo nantaise.

On avait tellement expliqué aux gens qu’on était désolés qu’il y avait finalement une ambiance géniale pour ce concert. On a proposé le remboursement mais personne n’a voulu. On peut donc dire que c’est à la fois un très mauvais et un très bon souvenir !

Cyrille Gohaud, salle Paul Fort / Pannonica.

Un concert mythique à Paul Fort a été celui d’Abbey Lincoln. Une chanteuse très importante dans l’histoire du jazz noir américain, associée dans les années 60 au mouvement des droits civiques aux USA. Une sorte de Nina Simone.

Au Pannonica, je dirais le duo Riccardo Del Fra, un contrebassiste italien, et Michel Grallier, un pianiste français ayant participé à Magma, et aujourd’hui décédé. C’était l’un de ses derniers concerts. Des musiciens qui resteront dans l’histoire du jazz européen et qui étaient très proches de Chet Baker dans les années 80. C’était un moment magnifique.

Je dirais aussi Marc Ducret, qui est venu plusieurs fois. Un guitariste exceptionnel, très important dans son rapport à la transgression des genres. Il est à la fois dans le rock, la musique contemporaine et l’improvisation.

Pour le pire, je pense à un concert assez houleux, même si je n’étais pas encore programmateur. C’était avec un musicien japonais qui était sur une planète parallèle en termes de décibels. Entre le sonorisateur et le musicien, il y avait quelqu’un qui faisait l’interprète, ce qui ne simplifiait pas les choses. On a bien cru qu’on allait devoir annuler le concert du soir. Mais c’est vraiment l’une des rares fois où cela s’est vraiment mal passé.

Maxime Pasquer, le Ferrailleur.

Les bons souvenirs sont (heureusement) nombreux , il n’est donc pas facile d’en choisir un. Pour les bonnes claques en concert, je me souviens du passage de Red Fang, de No One Is Innocent, d’And So I Watch You From Afar, de Snot, pour les plus récents…

Dans un autre registre, lors des anniversaires de la salle, de très grosse soirées plusieurs jours d’affilée et de très nombreux groupes accueillis.
Pour le pire, là je ne vois pas… Il y a évidemment des moments plus pénibles que d’autres, mais rien de très marquant.
Jean-Michel Dupas, Stereolux.

J’étais un fan inconditionnel de Fugazi. Les avoir faits à l’Olympic en 97 ou 98 (le 13/10/1999, NDR) reste un souvenir très fort.

Je me souviens aussi du premier concert de Jon Spencer à l’Olympic. J’ai du mal à revoir ce groupe aujourd’hui parce qu’il n’y a plus la flamme des débuts. Mais lors de ce concert-là, c’est la seule fois où j’ai eu les poils hérissés du début à la fin. Il était vraiment rentré en transe. Quand la lumière s’est rallumée, personne ne parlait. Tout le monde avait l’impression d’avoir vécu un truc exceptionnel.

Le pire ? Peut-être le groupe norvégien Röyksopp, à l’Olympic. Ils avaient refusé que la première partie joue parce qu’ils n’avaient pas envie de bouger leur matos. On a dû les menacer d’annuler leur concert. Ils ont passé la journée à insulter les techniciens. C’est ce qu’on appelle un vrai groupe de cons (rires).

Dans le genre, The Coral n’était pas mal non plus. Peut-être fâchés d’avoir fait un mauvais concert, ils avaient insulté le public et bien détruit la loge.

S’intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin à la musique en général. Pop, folk, rock en particulier.

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