PROG#1 – METIER : PROGRAMMATEUR

Premier volet de notre focus sur la programmation musicale, à la rencontre de ceux qui la font. Au risque de décourager quelques vocations, on y apprend qu’un programmateur passe plus de temps à envoyer des mails qu’à boire des bières avec les groupes.

« Les gens pensent qu’on ne fait qu’écouter de la musique. Alors, certes, on en écoute beaucoup. Mais les 3/4 du boulot, c’est de l’administratif. Des budgets, de la production, du suivi de production… » On ne pourra pas reprocher à Jean-Michel Dupas de vendre une image racoleuse de son métier.

Aujourd’hui en charge de la programmation musicale de Stereolux, il commence par le Champ du Rock à Saffré, en 1990. En parallèle, sur Nantes, il fait à l’époque partie de l’organisation Pyromane, à l’origine des concerts de Yo La Tengo, Stereolab ou des Breeders. Il rejoint l’Olympic dès l’ouverture, en 1995, et suit donc la migration de la salle à Stereolux, il y a quatre ans.

« Il y a encore quelques programmateurs qui ne font qu’écouter de la musique, mais c’est vraiment une espèce en voie de disparition. »

D’autant plus que dans les salles plus petites, comme le Fuzz’Yon (300 places et 13 000 spectateurs annuels) à La Roche-sur-Yon, le programmateur a souvent une autre casquette.

«  Je m’occupe aussi de la partie administrative et de la direction. Je n’ai pas une journée entière dédiée à la programmation », explique Benoît Benazet, 42 ans, titulaire d’un master culturel. Et chez lui aussi, la boîte mail chauffe.

« Je reçois environ 80 mails par jour relatifs à la prog. Je lis tout, même si je ne peux pas répondre à tout. »

Ok pour la lecture. Mais trouve-t-il le temps de tout écouter ?

« Si on me propose des polyphonies corses, ou une date mi-août (alors qu’on est fermés), je n’écoute pas. Les gens qui ne ciblent pas leurs demandes représentent en gros la moitié des mails. »

Peu de chances donc d’être programmé au Fuzz’Yon pour un disciple d’I Muvrini qui cherche une date au milieu de l’été. Mais les autres, ils sont choisis comment ?

« Ma façon de travailler sur la programmation a changé. Je me connecte de plus en plus sur les réseaux sociaux et quelques blogs ou sites spécialisés, comme Pitchfork ou DumDum, poursuit-il. Il n’y a plus de  »journalistes-repères » à Rock Sound ou aux Inrocks, comme c’était le cas il y a 15 ans. »

Un glissement vers le numérique pour s’informer somme toute logique, qu’ont également vécu bon nombre de fans de musique. Dur en effet de continuer à lire de la presse papier quand on est à l’affût de nouveaux sons, alors que le web propose un bandcamp ou un soundcloud permettant de se faire une idée précise en un clic… De la même manière, les envois de disques physiques aux programmateurs ont été divisés par 10 depuis une douzaine d’années.

Si le métier a changé, qu’en est-il des qualités d’un bon programmateur en 2015 ?

« Je dirais d’abord : la mémoire. Parce que quand tu es dans une petite salle comme la mienne, avec une centaine de concerts par an, tu ne peux pas tout caser. Il faut donc se rappeler d’un groupe qui t’a plu mais que tu n’as pas pu faire. Parce qu’il passait déjà à Nantes ou à La Rochelle, ou parce que ta prog était déjà trop représentée dans ce style…

Je pense qu’il faut aussi avoir une bonne intuition, un bon réseau, une bonne culture musicale, forcément. La qualité de l’équipe d’écoute est également importante. Les autres membres de l’équipe me conseillent. »

Une dernière chose : n’hésitez pas à aller glisser votre dernière découverte au programmateur.

« Oui, oui, il m’arrive d’écouter les conseils de certains spectateurs. »

S'intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin à la musique en général. Pop, folk, rock en particulier.

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