PSYCHOTIC BOA : SANS FILET !

Dimanche 25 janvier, le Café du Cinéma invite Psychotic Boa, un groupe nantais sans prétention, d’aucune étiquette, porté par la puissance du live, porté par l’énergie du rock et une intention que l’on retrouve dans la musique bien entendu, mais dans des textes qui évoquent des choses vécues et singulières. Musicalement, Sonic Youth des débuts, PJ Harvey, Patti Smith et bien d’autres… Rencontre avec les protagonistes de l’histoire : Suzanna et Denis.

Crédit-photo bandeau : Frank Patin

Le projet a commencé quand et comment ?
Denis : Le duo existe depuis janvier 2013. Le groupe avant était un trio, il s’appelait Summer Glove avec Babeth à la batterie. Pour Suzanna, c’est sa 1ère expérience musicale. Moi, je jouais dans des groupes d’ados, début des années 80 à Nantes. Mon dernier concert a eu lieu lors de la fermeture de Nestor et Glouglou, un bar autogéré dans les bas de Chantenay. A l’époque, je jouais beaucoup dans des réseaux de lieux autogérés, permis par la Mairie avant qu’arrive le Lieu Unique, des lieux comme la Baleine Blanche, Nestor et Glouglou etc., des lieux un peu comme actuellement l’Atelier de Bitche.

C’est à quelle époque tout çà ?
D : Précisément en 1996, car c’est cette année là que je suis parti en Angleterre. Mais j’étais vraiment dans une pratique dans l’instant, sans trop de vision à terme, moyen ou long. Et je suis parti en Angleterre avec l’objectif de devenir musicien professionnel. Et je suis rentré un an plus tard en me disant que je ne serai pas musicien professionnel.

Et pourquoi ?
D : Parce que j’ai pris un doute. Je travaillais dans un bar où il y avait des concerts tous les soirs, et je me suis rendu compte du niveau bien supérieur au mien. Les Anglais ont un niveau énorme. Dès 17 ans, je bougeais pas mal pour les concerts, je faisais de la route. Mais quand je suis rentré en France, j’ai eu aussi besoin de me poser un peu. Mais par contre, çà m’a permis de voir des choses incroyables. En Angleterre, la musique est si vivante, le son est superbe.

Est-ce-qu’avec le temps, ce groupe peut être un projet pro ?
D : Oui, carrément.

Et pourquoi c’est devenu possible ?
D : C’est une affaire de confiance en soi. Déjà, je viens d’une famille d’ouvrier et musicien n’était pas un travail en soi. Dans les années 80, j’ai été éduqué en classique. En classique, soit tu es le meilleur, soit tu n’es pas. J’étais plutôt bon guitariste classique, mais il faut être plus que bon pour devenir concertiste. Je me suis vraiment pris une claque. J’ai découvert le rock vers 15 ans, j’ai découvert quelque chose de plus débridé, plus accessible. Mais à l’époque, j’avais une haute idée de moi. Je voulais devenir le plus grand guitariste du monde, j’étais dans une ambiance punk, tout ou rien, sans concession, fuck la société. Au bout d’un moment, la réalisté te rattrape, la gamelle est vide, j’ai raccroché les guitares, et suis devenu menuisier. Mais c’est resté un rêve, et à 45 ans, j’ai eu envie de m’épanouir dans la musique. Je suis aujourd’hui plus réaliste. On a décidé d’être artistes, après on en vit ou pas, çà ne change rien à l’affaire. Le projet, on le vit, on le défend en dehors de toutes les évaluations publiques.

Comment vous vivez la musique en étant en couple ?
S : On a fini par comprendre qu’il valait mieux en faire abstraction. Quand on vient bosser, on est un peu moins le couple, çà fait perdre du temps. Peut-être plus pour moi.
D : On a eu aussi l’aide précieuse d’un pote qui a travaillé notre son. Il est assez satellitaire.
S : Il a su dégonfler la baudruche quand il le fallait. Il nous a beaucoup aidé, et ce pendant un an.
D : Le couple fait partie de la composition. Je suis sûr qu’il y a des textes qui s’adressent à moi (rires).
S : Moi, j’ai trouve de la force.

 

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Comment vous vous « répartissez le travail d’écriture et de compo » ?
S : J’écris tous les textes. Parfois sur le moment, parfois dans mon lit. Je peux aussi partir des compositions musicales. J’aime la naissance d’un morceau, c’est émouvant à chaque fois.

Et sur scène cette complicité de couple, vous la vivez ?
S : On fonctionne beaucoup à l’instinct. Nos codes ne fonctionnent pas sur scène, nous sommes tous deux instinctifs. On ne joue pas la carte de la complicité, quand on la cherche cette complicité, elle ne fonctionne pas. Chaque concert nous apprend des choses, chaque concert est assez improvisé. C’est ce que l’on aime. Le set est bien travaillé, anticipé dans l’ordre des morceaux par exemple.
D : Le projet est né dans l’idée d’être un groupe de live, avec ses défauts et ses qualités. Quelque soit l’endroit, on espère qu’il va se passer quelque chose. Avec le temps, on est un peu moins brut, on complexifie un peu les choses et l’écriture. Il y a un cheminement je pense au fil du concert. Et puis, on teste des choses, on s’interroge, on peut jouer un titre qu’on a à peine répété, on aime faire les choses sans filet.

L’idée de se mettre en danger ?
D : Oui, c’est bien l’objectif du concert. Je me sens rapidement nu avec juste une basse ou une guitare et une boîte à rythme. Je ne peux pas me cacher ou faire appel à un autre musicien. Y a pas d’envolée derrière, pas de batterie. C’est une mise en danger, mais ce qui nous fait tripper tous les deux.
S : Je suis plus du genre à ne pas trop vouloir modifier les choses, mais c’est toujours pour le mieux que les choses doivent bouger et changer. C’est plus enrichissant, plus vibrant.
D : Il faut qu’on garde un peu cette spontanéité même si on bosse beaucoup. On fait du rock, on a rien inventé, on ne révolutionne pas l’écriture musicale. On le sait depuis le début çà. On sait très bien, avec la période durant laquelle on a grandi, les années 70 ou 80, qu’aujourd’hui, il n’est plus question de savoir si on révolutionne le genre ou pas. C’est plutôt une intention de jeu qui nous intéresse. C’est bien là où çà devient intéressant.

Pour vous, c’est plus intéressant de faire un concert plutôt qu’un disque ?
D : Oui, c’est plus vibrant. On aimerait bien avoir un disque aussi, dans l’idée d’avoir une trace.

Tu parles de quoi Suzanna dans tes textes ?
S : Je parle de la vie, d’histoires, notamment celle de ma mère, de son voyage entre son enfance et le moment où elle est venue ici, à Nantes, avec moi dedans. La vie en somme. Mais le texte aura toujours la couleur d’un temps donné ou alors, il sera intemporel. Je n’avais chanté avant si ce n’est dans ma salle de bain. C’est autant un plaisir qu’une mise à nu. Dire les mots que j’ai écris, et je suis pleinement dans ma voix. La voix est quelque chose de très significatif pour moi, parce qu’elle a dû être tue au tout début de ma vie. Lorsque toute jeune enfant, il a fallu passer deux frontières, Portugal-Espagne et Espagne-France avec ma mère, j’ai dû me taire. J’ai gardé çà en moi je crois.

 

 

FLYER - Miët Psycho CaféCin v2

 

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PSYCHOTIC BOA – VERSION ÉLECTRIQUE

 

PSYCHOTIC BOA – VERSION ACOUSTIQUE

 

En concert, dimanche 25 janvier, 19h30, Café du Cinéma (Nantes), entrée libre.

Première partie : Miët

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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