PULL ROUGE – DONNEUR DE BISOUS

Avant dernière archive ressortie du chapeau pour terminer l’année et clore l’existence de Tohu Bohu. Cette fois-ci, l’interview de Thierry Bonnet aka Pull Rouge, publiée le 20 septembre 2016.
Pourquoi ? Parce que c’est l’interview audio la plus longue (plus de 2h de discussion), parce que le bonhomme mérite qu’on revienne sur son parcours et ses projets, parce que l’article a été beaucoup lu et partagé, parce qu’on aime bien les bisous 🙂

 

 

Thierry Bonnet est connu comme le loup blanc pour tout(e) Nantais(e) âgé(e) de 25 à 60 ans fréquentant concerts et bars où la musique indie a toute sa place. Celui qui fête ce 20 septembre ses 37 automnes, s’active plus que jamais autour de l’organisation de concerts et l’information autour de soirées même s’il ne les organise pas. Pull Rouge Matic, Pull Route Magique et maintenant Nowned, il nous en dit plus sur tout ça, sur ses origines et comment il fonctionne.

Photo bandeau : Thierry Pull Rouge © DR

 

 

Peux-tu revenir sur ton parcours ?
Je suis né à Vertou, dans le pays du Muscadet, un peu plus de 4 kgs, et j’habite Nantes depuis 2003. Je n’ai jamais déménagé, j’ai voyagé mais je suis toujours revenu, toujours rattrapé par l’envie de revenir dans cette ville. Je me suis investi culturellement très tôt, en suivant mon petit bonhomme de chemin en allant voir des concerts tout seul à L’Olympic. Mon 1er concert, c’est Alliance Ethnik à l’Escall  en 1995, j’étais au lycée. Mon 1er gros souvenir de concert fut Soulwax et Deus à L’Olympic en 1999. Voilà, la curiosité m’emmenait à droite, à gauche. Lorsque je suis rentré à la fac, je me suis vite ennuyé, alors je gravais des disques pour les copains, je découvrais plein de groupes, je suivais les programmations de L’Olympic. En 2000 ou 2001, je découvre l’association PAM via un concert à L’Algodon de Nemo, projet d’Ana Igluka de l’époque, puis le festival PAM à la Bouvardière avec Shane Cough, My Own, 80 Planet of Trash, Lowel, grosse soirée ! J’y rencontre Jérome Soulier et toute l’équipe de PAM. J’organise mon 1er concert avec Ana Igluka le 19 septembre 2002, y a donc 14 ans presque jour pour jour, Explosion in the Sky au Feeling, quai de la Fosse. Une super expérience.

Tu as ensuite intégré des assos ?
Après le festival PAM à la Bouvardière (Saint-Herblain), j’ai eu super envie d’intégrer une asso. J’étais à l’époque en fac, je suis passé voir Poussin à Black et Noir pour lui demander des contacts d’assos, il m’envoie vers Trempo qui me file un listing et j’ai surligné des noms d’assos, Art Sonic à Montaigu, Sensitive et PAM à Nantes. J’ai eu un super contact avec Jérôme tourneur de Shane Cough pour l’asso Sensitive. Je lui ai filé des coups de main, et il m’a proposé de rentrer dans PAM. L’asso s’arrête en 2004, deux super soirées hara kiri au Bobard. J’ai pas eu tout de suite envie de reprendre une asso, j’ai poussé ma curiosité, je suis allé voir plein de concerts, au Violon Dingue, Pannonica, L’Olympic notamment. J’étais livreur de colis à cette période, et je bossais que l’après-midi une semaine sur deux, j’avais donc mes soirées et matinées. De fil en aiguille j’intègre Yamoy en octobre 2004. Mais j’ai aussi très vite organisé des concerts tout seul en parallèle de Yamoy et une tournée en 2006 avec Coralie Leberche pour Riot Men devenu Action Beat, 5 dates dont une à Nantes au Gimmick. J’ai aussi fait des concerts en coprod avec Aïnu et Rue Baron. J’ai très vite varié les plaisirs et fait des soirées avec des gens différents. A suivi ma période de programmateur au Stakhanov.

« Des copines (Amandine, Alice et Sylvie), me demandaient toujours quels concerts aller voir, elles m’ont confié qu’elles m’appelaient « Pull Rouge », je portais souvent un pull rouge aux concerts. C’est resté, j’en ai fait le nom de mon agenda de sorties que j’ai mis en ligne »


Tu as quitté Soy, pour quelles raisons ?
J’ai quitté Yamoy en juillet dernier suite à un différent sur un concert que je voulais vraiment organisé et intégré à Soy, Sneers qui jouera le 25 octobre au Café du Cinéma. J’ai préféré partir car je voulais garder Pierre et Alex comme amis. Je ne m’y retrouve plus trop dans la prog. En 2006, j’ai monté Pull Rouge. Pour la petite histoire, des copines (Amandine, Alice et Sylvie), me demandaient toujours quels concerts aller voir,elles m’ont confié qu’elles m’appelaient « Pull Rouge », je portais souvent un pull rouge aux concerts. C’est resté, j’en ai fait le nom de mon agenda de sorties que j’ai mis en ligne, un myspace au tout début puis un site, un peu pourri je l’avoue mais qui a le mérite d’exister et de donner des infos.

explosion-in-the-skyExplosion in the sky 18/04/2004 – Le Tourbillon (Nantes)

Et Pull Route Magique alors ?
A la fin du Stakhanov, j’ai décidé de nommer mes soirées Pull Route Magique, parce que j’adore les contrepèteries. Maintenant, tout ça est tellement confus que j’ai monté Nowned fin juillet, juste après mon départ de Yamoy. Nowned sont les concerts nantais et Pull Route Magique sont les productions que je porte à l’extérieur. Et Pull Rouge Matic demeure l’agenda. Je porte ces trois entités un peu tout seul, sauf pour Nowned, je vais m’entourer. Le 1er véritable évènement sera un parcours de dix soirées, du 20 au 30 octobre, ça s’appelle Les Nuits Sequines. Pour Pull route Magique, je monte donc des tournées comme ça, sans prendre de comm, juste pour dépanner. C’est toujours très free, ça reste souple, pas d’obligation de contrat, simplement, je voyage avec le groupe , je découvre d’autres villes, d’autres lieux, ça me suffit.

« Des poignées de main quand les artistes arrivent et des bisous le lendemain au petit déj’ si tant est que les groupes dorment chez moi »

 

Comment tu considères l’organisation de concerts par rapport aux autres assos ?
Il me faut beaucoup de liberté, pas de paperasse, des entrées au dé, des plans dépanne pour les groupes, les faire jouer quand ils ont des day-off. Des poignées de main quand les artistes arrivent et des bisous le lendemain au petit déj’ si tant est que les groupes dorment chez moi. Je suis super identifié  comme un agitateur « facilitateur » de rencontres et d’immédiateté avec le carnet d’adresses que je me suis fais au Stakhanov.

Tu trouves facilement les lieux pour faire des concerts ?
J’ai pas de mal pour ça, je peux compter sur une vingtaine d’endroits. Le Café du Cinéma, Mme Rêve, La Ribine (où je passe des disques tous les dimanches soir), Le Caf K, Le Ferrailleur, La Rumeur, Les Docks, La Scène Michelet, L’Ivresse, des lieux alternatifs,et puis plein de copains techniciens à qui je peux demander des bouts de gaffeurs.

Tu ne dégage pas d’argent de tout ça ?
Benh non, mais je me fais bien recevoir ;-). Je suis au RSA, j’ai pas d’urgence financière, tout ça c’est pour le plaisir. J’avais des intentions de professionnaliser tout ça, de suivre la formation à Issoudun, mais je suis un peu fébrile à l’idée, j’ai envie de garder une certaine liberté. Les choses se font par Facebook ou bien au cul d’un camion. J’aime bien ça. Encore une fois, ce sont souvent des concerts où les groupes n’avaient à priori pas de concerts, des days-off, ils repartent avec quelques centaines d’euros, un hébergement, un petit déjeuner et des bisous. Je sors parfois un peu d’argent de ma poche pour imprimer des affiches ou faire des courses, mais c’est le plaisir. Et puis bien souvent, les bars participent à la comm en éditant des flys, offrent les repas, parfois l’hébergement, et mettent un peu d’argent quand le bar tourne bien.

2010-10

Tu penses être le seul à faire çà ?
Il y a Tonio Boisetti, un pote de Jean-Mo Mouch du Café du Cinéma, il y a Antoine Hulahoop Wounds, Ben de Crumble Fight qui fait aussi des choses spontanément, Anne Sophie Le Creurer. Non, je ne suis pas tout seul à faire ça.

As-tu des critères artistiques dans ce que tu défends ?
Je dirai indie au sens large. Ca va de l’expérimental à la pop en passant par le kraft-rock ou la noise. Mais j’ai très envie de creuser le hip-hop façon Buck 65, Epic Rain  ou mon gros coup de coeur 2013 Rhume () et pourquoi pas des groupes traditionnels. J’ai vu Moon Gogo vendredi dernier au Ferrailleur, c’était trop trop beau !

« Lever à 10h, café, internet et notamment facebook jusqu’à 14h, souvent à la Ribine et j’y reste pour manger. Vers 16h, je bouge, je vais à mes rendez-vous, je pars distribuer des flyers, coller des affiches, apéro, vernissage concert »

 

Comment est organisée ta journée type ?
Lever à 10h, café, internet et notamment Facebook jusqu’à 14h, souvent à la Ribine et j’y reste pour manger. Vers 16h, je bouge, je vais à mes rendez-vous, je pars distribuer des flyers, coller des affiches, apéro, vernissage concert. Je vois en moyenne un concert par soir, certains soirs je n’en vois pas, mais certains soirs, j’en vois 3. Ce que j’apprécie vraiment, c’est être tout autant sur la toile, les réseaux sociaux, que dans la ville, dans les bars, dans la rue, dans un magasin de disques. J’adore.

Et ton agenda en ligne, comment tu le nourris ?
Je vais chercher les infos sur Facebook ou sur les flys que je glane dans les bars. J’ai monté le myspace en 2006, et sa forme actuelle date de 2010. J’ai environ 150 clicks par jour avec des pointes à 302 pour la Fête de la Musique. Sur le groupe public facebook Pull Rouge Matic, j’ai 2700 personnes, sur la page facebook Pull Rouge Matic, j’ai 450 likes. J’ai donc monté cet agenda parce que j’avais la bougeotte et après la sollicitation des filles de Yamoy et on me demande encore aujourd’hui « qu’est ce qui y a à voir ce soir à Nantes ? ».

« La vie culturelle de Nantes est agréablement folle, y a un tas de trucs à faire chaque soir, et moi j’y participe à mon humble échelle »

 

Avec la disparition de Pulsomatic, as-tu vu les visites sur ta page augmenter ? Comment voyais-tu la complémentarité entre les agendas ?
Oui, clairement oui. Le vendredi qui a suivi l’arrêt de Pulso, j’ai eu un pic de 267 visites dans la journée sur Pull Rouge Matic.Je suis sur une moyenne de 160 clicks quotidiens. Pour ce qui est de la complémentarité, ou plutôt la différence, c’est que j’étais réactif. Pulso a priorisé sa version papier, ils n’ont pas pris l’option web, ils auraient dû faire appel à moi 😉 Je n’ai jamais voulu faire une version papier, on était complémentaire. Pull rouge, c’est mon agenda à la base, ce sont des soirées qui me branchent, des soirées de copains, des concerts de copains. Je tricote au fur et à mesure que je reçois les infos. La vie culturelle de Nantes est agréablement folle, y a un tas de trucs à faire chaque soir, et moi j’y participe à mon humble échelle. Je ne demande rien à personne, j’ai le soutien des copains, j’aime bien cette idée. C’est mon fonctionnement, mon indépendance. Après, parfois je m’y perds un peu, j’administre quatre pages Facebook, mais je pense que je suis vivant ! A nouveau ! J’ai raté pas mal de choses pendant 2 ans pour des soucis de santé, mais je reviens plutôt en très bonne forme, et motivé comme jamais. Alors, que j’ai été très attristé par ce début d’année 2016, avec notamment la disparition de Thierry Lecoq. J’ai envie de continuer à faire des trucs pour ce gars-là entre autres.

flyers-web

Cette soirée de demain ?
Je fête mes 37 ans, les 6 ans de Pull Rouge, la création de Nowned, la passation entre Pull Route Magique et Nowned. C’est aussi la fête de tout le monde, c’est pour les gens qui m’ont soutenu après la fermeture du Stakhanov, pendant mes soucis de santé. Je ne sais pas organiser des fêtes, juste des concerts. Alors, j’organise un concert pour mon anniversaire au Ferrailleur, un ami y avait fêté son anniv, et Thomas a fait jouer Papier Tigre le jour de son anniversaire. Je l’ai pris au mot, et lui ai demandé en juillet si la salle était dispo le 20 septembre pour mon anniv’. Il a accepté. Pour la programmation, ce fut l’affaire de 3 ou 4 bisous, et puis il y a des choses qui vont se rajouter sur le tas. Viens qui veut avec son instrument.   

Ton coup de coeur musical du moment ?
Woodrow et Slow Sliders. Et puis Carton. Et j’oubliais Cher Journal. Et puis Gascoigne. Et plein d’autres….

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Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d’info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d’autres choses.

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