RIDDIMWIZE À STEREOLUX, ALLIAGE DU ROOTS ET DE L’ÉLÉCTRODUB POUR UN SOUND SYSTEM ÉCLECTIQUE !

Ce samedi soir, à Stereolux, les basses vibrent jusqu’aux enclos des Machines de l’Île. À l’approche de la Micro, on cherche des billets à vendre : en effet la soirée RiddimWize organisée par l’association Zion Gate affiche complet. Et pour cause, la programmation attire les Nantais férus du son reggae-dub : Dub Livity, Ras Mc Bean avec le Zion Gate Hi-Fi, et Stand High Patrol. Ça envoie du rêve et la jeunesse décontractée du coin envahit l’espace assez rapidement. Les deux murs d’enceintes encadrent la fosse et devancent le plateau où s’amoncellent magnifiquement platines vinyles et numériques, pré-amplis, tables de mixage et machines à effets sonores. Le Sound System ce soir se partage entre le roots reggae – originel – et la moderne électrodub.

toaster

Zion Gate entame les festivités avec des classiques toujours bons à l’écoute – de Cornell Campbell à Johnny Clarke, les vibrations qu’envoient les murs sonores sont bonnes, équilibrées des plus basses fréquences à celles qui grimpent dans les aigus. Le bpm est lent mais puissant, on se laisse porter par la vague onduleuse de ce reggae bien ficelé. Au niveau visuel, les choses sont légèrement moins travaillées : trois icônes rastafari – dont celle de Haïlé Sélassié – encadrent le plateau où les trois crews ont posé leurs machines ; Une tenture de Zion Gate est accrochée au-dessus de la fosse, faisant face aux Disc Jockeys. Quelques rares jeux de lumière parcourent l’espace où musiciens et selectas jouent de connivence. Ras Mc Bean, chanteur originaire du Guyana, prend le micro et pose des lyrics sur les sons choisis par Zion Gate. Assez rapidement, ils laissent les platines à Dub Livity, Sound System de Caen – en Basse-Normandie – qui tourne depuis 10 ans dans l’hexagone et au-delà des frontières françaises. Le son que les Normands nous délivrent alors envoie la sauce à hauteur des attentes des addicts des basses lourdes et puissantes. Tout en gardant ce goût des racines du son reggae, ils pêchent dans de rares tunes et le MC anime la salle avec une belle sérénité. Les vinyles s’enchaînent et s’agrémentent du son live d’un saxophone de génie, d’une clarinette et d’un mélodica expérimentés, jouant en solo, ou de concert, pour sublimer l’ensemble dont le beat per minute commence à s’accélérer. La salle est désormais noire de monde, les plus enflammés se calent devant les murs d’enceintes et s’y accrochent tout en sautant en rythme sur les basses qui tonnent.

trompette

Le temps passe vite, on sent la tension qui monte et l’envie des participants de voir débarquer le Stand High Patrol sur leurs machines. Il n’est, alors, pas aisé de traverser la salle de part en part afin d’atteindre le bar, dans le but de se rafraîchir avec une bière. Pas de chance : ce soir c’est ‘sans alcool’, on ne sert que du jus, du thé et du café – très bons par ailleurs, agrémentés de gâteaux vegan. Dire si la plupart des personnes croisées à ce niveau de la salle sont déçues, voire incrédules. Je me suis demandé si c’était ordonné dans le but que des mineurs puissent participer à la fête (ils sont assez nombreux ce soir), mais le barman me répond que l’association n’a pas la licence pour vendre de l’alcool. « Ah bon… Dans ce cas ce sera jus de pomme-poire, s’il-te-plaît ». Qu’à cela ne tienne, le son est bon, c’est tout ce qui importe. D’autres personnes essaient de se renseigner aux abords de la Maxi pour savoir s’il y a un bar « digne de ce nom » où se procurer des rafraîchissement alcoolisés, sans succès. Le hall qui fait la jonction entre la terrasse et la salle Micro se pare d’étales aux couleurs africaines, et de stands où l’on peut se procurer des T-shirts ou des skeuds. Au retour dans la Micro, Dub Livity est toujours aux platines et le rythme a de plus en plus la pêche. Quelques tunes encore, et sonne alors l’annonce du passage au Stand High Patrol Dj set. La transition est parfaite. Les deux players se mettent en rythme et balancent des sons Dubadub tels qu’ils les ont créés, avec génie. Le trompettiste qui les accompagnent cale de très bons riffs cuivrés, et semble apprécier la vibe comme pratiquement tout le monde dans la salle. J’entends quelques personnes autour se questionnant sur l’absence de Pupajim, ils n’ont pas dû lire la prog’ de la soirée en entier. Ce soir, il n’y a que deux mousquetaires – Rootystep et Mac Gyver, et non trois. Il n’empêche que ça balance du lourd, avec « Dub it » ou encore « Speaker Box », ainsi que quelques morceaux issus du nouvel album A Matter of Scale, en finissant sur un dubplate de « Here i Am, Baby », version dubadub… Énorme. Et on aurait aimé que cela dure plus longtemps, il faut l’avouer. Il a envoyé du lourd, le Sound System Brestois !

sélassié

Vers minuit trente, le passage des platines revient à Zion Gate avec Ras Mc Bean en lead vocal. Le son a perdu une bonne trentaine de bpm d’un coup, et la salle n’y était pas forcément préparée. Beaucoup de danseurs ont quitté le lieu dans l’heure qui a suivi. Les qualités vocales du chanteur ne sont pas à démontrer, comme l’interprétation du « Redemption Song » de Marley à la fin de sa session l’atteste. Pour autant, il y a eu une rupture au niveau des enchainements rythmiques et sonores. La stase du retour à un reggae de la première heure – avec des chants proches culturellement de vocalises religieuses, voire R’n’Roots – a produit un effet assommant aux participants échauffés par les vibrations dub du Stand High Patrol. Le Zion Gate Hi-Fi a passé ses disques pendant une bonne heure, tout en douceur. Puis une nouvelle transmission des platines s’est produite en faveur de Dub Livity. Ils ont remis la pêche à l’assemblée en passant des tunes s’acclimatant davantage à l’heure festive et nocturne. Il s’est mis à faire très chaud dans la Micro, à base de danse et de transe musicale. Et le Sound System Caennais a poussé jusqu’à 02 heure 47 pétantes, heure de clôture de la soirée…

Les six heures de vibrations pulsées par les deux murs ont fait de l’effet, les foulées ont échauffé le sol à la manière de véritables steppas ! Ceux qui sont restés jusqu’à la dernière galette en ont eu pour leur compte en matière de décharge de basses, du roots pur au dubadub style en passant par le steepingdub… Les aficionados de pulsations décalées auraient bien repris une bonne dose de dub dans la Micro de Stereolux avant de s’éclipser en after, histoire de pousser la fête jusqu’à son apogée. Apparemment, l’adage est vrai : toutes les bonnes choses ont une fin… Jusqu’à la prochaine !

Crédits photos: Morgane Lesné

Rédactrice, amatrice de musiques électroniques et d'arts interactifs, je me passionne pour les pratiques culturelles émergentes de la société contemporaine.

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