SAN CAROL – HUMAIN TROP HUMAIN

L’angevin Maxime Dobosz, alias San Carol, a 24 ans. Il est barbu (provisoirement ?), se fait cracher dessus dans son dernier clip en date (« Venture »), peut disserter avec brio sur l’œuvre de Neu ! et Amon Düül, boit souvent de l’Orangina à l’heure où ses potes commandent des pintes, et affirme parfois sans sourciller que les Beatles et Joy Division sont des groupes surestimés. Bref, un mec intriguant. A la fois normal et complexe. Réfléchi et grande gueule. Il vous emmerde et il vous aime. « Humain, trop humain », donc, à l’image du titre de ce 2ème album aussi cohérent qu’inclassable. Pour faire simple, San Carol vient de produire un disque totalement en phase avec son époque. Une époque où les jeunes musiciens se foutent royalement d’appartenir à un clan, à une tendance, de faire bander les puristes d’un genre quelconque, de se faire signer pour 3 albums par un directeur artistique spécialiste de la compil TF1/NRJ, ou de parvenir à tout prix au son de demain. De toute manière, tout va désormais trop vite et aujourd’hui est déjà demain. Alors ? Alors ils oublient leurs rêves de gloire, fouinent dans les bacs des disquaires, se goinfrent en quelques clicks de souris du meilleur des années 60, 70, 80, 90 et 2000, puis régurgitent le tout dans l’esprit « Do it yourself », de manière souvent spontanée, inconsciente. Le 1er album de San Carol, « La main invisible », sorti en 2013 sur le label angevin Ego Twister, déroulait une électro-pop ludique façon « bricolé dans sa chambrette », en grande partie instrumentale, habile mélange de french touch et de références early 80’s, Depeche Mode, Devo, DAF… (« DAF ? Connais pas ! », répondait le principal intéressé à l’époque). C’était frais, bien foutu, accrocheur. Mais pas de quoi fouetter un rocker au cuir dur… Alors Maxime a jeté un œil nouveau sur sa collection de vinyles, recruté quelques potes francs-tireurs de la scène angevine (Eagles Gift, VedeTT…), donné quelques concerts sauvages à souhait, puis enregistré avec eux ce nouvel album, capable de fédérer à la fois, ô miracle, les amateurs de new wave old school, d’électro, de pop, de psyché et de shoegaze… D’emblée, à la lecture des titres, on pourrait croire que notre homme se la pète ou a subi un sérieux traumatisme crânien. Non, c’est juste de l’humour. Chaque morceau du disque a été baptisé du nom d’une secte (allez sur Internet et vérifiez !). Il faut d’ailleurs avouer que ça tombe bien car le gourou Maxime donne dès le départ, avec « Harmonie holistique », dans le planant, l’hypnotique. Synthés en apesanteur, refrain incantatoire et réveil des adeptes à grands coups de guitares furibardes. En terme de production et de voix, on pense à quelques fantômes des années 80, tels Ultravox et Modern English. Des références qui pourraient en effrayer plus d’un, mais qui ici prennent tout leur sens au vu du reste de l’album : San Carol a trouvé sur la majorité des morceaux un son, une formule, qui lui est propre. Des lignes de chant claires, des chœurs et des mélodies appuyés, parsemés de déflagrations électriques, de strates de guitares faisant presque office de seconds claviers. On sent que chaque morceau a été travaillé ici pour atteindre son efficacité maximum. Rythmée ou contemplative, la musique de San Carol donne dans la précision, l’évidence, la simplicité, sans jamais sonner putassière. « Cosmicia » en est peut-être un des plus beaux exemples. Un tube en or massif, à la fois froid et lumineux, qui vous donne l’envie de vous ouvrir les veines le sourire aux lèvres, en esquissant un dernier pas de danse. Oui, on danse parfois sur San Carol, mais une danse au ralenti, souvent caractérisée par quelques longs temps de pause, sur de la cold wave de night club ou de la pop faussement guillerette, à l’image de cet « Elan vital », faux-vrai (ou l’inverse, allez savoir !) foutage de gueule sur lequel Maxime se paie le luxe de prendre des intonations à la Plastic Bertrand… Et il faut bien avouer que « ça plane pour lui » : entre ces deux morceaux, au beau milieu du disque, « L’œil s’ouvre », avec sa longue intro synthé-minimaliste, verse dans la pop cosmique sur plus de 11 minutes pour débouler sur une « Invitation à la vie intense », véritable « feel good music » noyée dans un nuage de paillettes synthétiques. Elle est pas belle la vie ? Non pas tant que ça : la frénésie du duo basse/guitare qui s’ensuit nous fait passer illico du 7ème ciel à la cave suintante d’une quelconque party post-punk pour jeunes gens au teint blafard. « Humain, trop humain » désarçonne et séduit au final par son ouverture, son refus de tout parti pris. Un album sans douceur ni fureur, maquillé d’une simple couche de vernis sur un monde gris, et qu’il suffit de gratter un peu pour voir en technicolor…

Sortie numérique le 13 mars sur Gonzaï Records – sortie LP et CD le 16 mars sur RuralFaune et Wild Valley Records.
En concert au New Morning à Paris le 18 mars

Visuel Album San Carolweb

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