LA SCÈNE MICHELET, PASSIONNÉMENT !

Un marathon musical se tiendra à La Scène Michelet du 21 au 31 août. Pour fêter ses dix ans, le club nantais invite neuf assos qui lui sont fidèles et qui sont parties prenantes de sa programmation à programmer justement le temps d’une soirée. Retour avec Olivier, fondateur et directeur, sur les débuts et l’évolution du club nantais devenu un lieu fédérateur tant pour les assos (MetalorgieBlue Wave Production, West Stoner Session, Los Herbos, Black Flag Production, Municipal Tendencies…) que pour le public.

Photo bandeau : Justine – Guilemcaps

 

 

Comment as-tu monté la Scène Michelet il y a 10 ans, pourquoi, dans quel contexte ?
À l’époque, je faisais partie d’une troupe de théâtre d’impro qui s’appelait Les Komikazes, on cherchait des lieux pour se produire, et on avait du mal à en trouver. L’idée de monter un lieu adapté, équipé, m’est venue un peu dans ce contexte. Au tout départ, je devais monter un lieu au Hangar à Bananes, mais je ne suis pas allé au bout, un peu refroidi par des contraintes économiques que je trouvais importantes et au regard de mon expérience minime, j’ai préféré laisser tomber. Deux mois plus tard, miracle, je trouve le Michelet. A l’époque, on est trois, on fait des travaux, et on lance l’histoire avec une certaine pression financière, des journées qui démarrent à 9h pour la mise en place de la brasserie et qui se terminent entre minuit et 2h du matin. Je dois avouer qu’au tout début, je n’avais aucune expérience en termes d’accueil artistique, de négociation de cachets, de production de date. La fréquentation des concerts n’était vraiment pas optimale, c’était vraiment l’activité brasserie qui permettait de tenir. Mes deux associés sont partis rapidement, j’ai tenu tout seul mais la période fut difficile.

 

« …ce sont les assos qui ont permis au Michelet de décoller et de bien fonctionner. »

 

L’activité concert s’est développée comment ?
Et bien, tout est une histoire de rencontres. J’ai commencé à rencontrer des gens, je me souviens de Nico qui avait monté l’asso Get Up et qui est parti ensuite à Prun’. Il a ramené un réseau reggae à la Scène Michelet. Arnaud qui jouait dans Vladivostok a commencé à fréquenter le lieu et m’a proposé des projets plutôt punk-rock. Tout s’est construit comme ça, avec des assos. Les réseaux du Michelet se sont développés de cette manière. En 2012, on a pris le pari de diminuer l’activité brasserie et de développer les concerts vu ces réseaux de gens qui étaient demandeurs. On a délibérément axé la programmation vers les musiques métal, hardcore, rock. Ceci aussi du fait que ce public « métaleux » s’est approprié le lieu. Je dois dire que ce public est génial, fidèle, mélomane, sympa. Encore une fois, ce sont les assos qui ont permis au Michelet de décoller et de bien fonctionner.

 


Public Scène Michelet – DR

 

« Je crois qu’on bénéficie aussi des locomotives que sont le Hellfest et le Ferrailleur »

 

C’est la particularité du lieu non ?
Oui, on a justement orienté les 10 ans de la Scène Michelet avec 9 assos qui programment sur 9 soirs. Moi, je n’ai jamais eu les connaissances musicales, la connaissance des réseaux. Faire 170 dates par an tout seul, coller les affiches, faire la bouffe, ce n’est pas possible. Les assos font cela avec beaucoup d’élan, d’énergie, beaucoup mieux que moi. Je crois qu’on bénéficie aussi des locomotives que sont le Hellfest et Le Ferrailleur, on a une jauge beaucoup plus petite, 150 places, ce qui nous permet d’être complémentaire dans ces esthétiques. Et pour les assos, elles prennent moins de risques financiers chez nous qu’au Ferrailleur s’il n’y a que 80 entrées payantes. Nous avons une salle équipée, aux normes, avec un ingé son, nous ne sommes donc pas un café-concert non plus. Nous avons donc notre place.

Economiquement, tout va bien ?
Ca va, tout le monde est payé. Je ne referais pas ce que j’ai fait les trois premières années, années où je ne me payais pas, et durant lesquelles je bossais comme un fou. Sans volonté non plus de la Ville de Nantes et son aide financière, ce serait compliqué. Il y a une vraie volonté de la part de la Ville pour soutenir ces lieux. A Nantes, il y a donc deux clubs, le Ferrailleur et la Scène Michelet. Dans d’autres villes comme Rennes ou Bordeaux, il n’y a pas de lieux soutenus comme nous.

 


Stoned Orgies – Meo

 

Quel regard as-tu sur le public ? Est-ce qu’il évolue ? Y-a-t-il beaucoup d’étudiants ?
Notre public est un public de passionnés, il y a de moins en moins d’étudiants. Au tout début, le public était étudiant, lycéen, mais au fur et à mesure du développement de l’activité concert, on a vu le public changer. Clairement, on bénéficie de l’image et de la locomotive du Hellfest. On a des passionnés de métal mais aussi un peu de hip-hop. Les gens font confiance à des assos comme Metalorgie ou Crumble Fight et la Ville de Nantes est toujours une ville rock. Ca nous aide vraiment. Je suis né à Nantes et fier d’y être né je crois.

 

« Mon père est dans la structure du Michelet, il a 75 ans, et il sait faire la différence entre black-métal et hardcore »

 

Quand tu étais ado ou jeune adulte, tu allais voir des concerts dans les bars ?
J’ai bossé à l’Algodon (Ndlr : café-concert nantais, auparavant appelé La Misambière, situé 15, bis Allée du Cdt Charcot qui programmait très régulièrement fin des années 90, début 200) en extra durant mes études. Il y avait une ambiance de folie les soirs de concerts. Et puis, je suis beaucoup allé à L’Olympic, je me souviens de ces odeurs de clope, de sueur, de concerts mémorables, dont Ben Harper, un de mes plus beaux souvenirs sans doute. J’ai toujours aimé le live. Je crois aussi que le fait d’avoir vu à 11 ans les spectacles du Royal de Luxe dans les rues de Nantes m’a marqué. Ensuite, j’ai vécu Les Allumées, j’ai toujours aimé le « spectacle ». Mes parents nous emmenaient tout gamins, mon frère et moi, voir des trucs à Nantes. Mon père est d’ailleurs dans la structure du Michelet, il a 75 ans, et il sait faire la différence entre black-métal et hardcore. C’est donc la Ville, ce qu’elle a proposé et propose encore à ses habitants qui fait que, dans son ADN, c’est une ville culturelle. Même si à une époque, on allait plutôt faire la fête à Rennes, Nantes a retrouvé depuis quelques années sa place de ville culturelle.

 


Festival Metalorgie 2015 – Manuwino

 

Quel constat fais-tu sur les assos ? Y en a plus ? Y en a moins ?
Je pense qu’il y en a toujours autant, il y a un roulement. À la base, ce sont toujours des gens passionnés, qui rêvent de voir certains groupes, et qui montent des assos. Bon, et puis, à un moment, la vie fait que les choses changent. Enfants, maison, déménagement plutôt en périphérie nantaise… tous ces éléments font que certains partent. Il y a une relève. Après, on fait aussi de l’accueil de structures comme Stereolux qui avait proposé une soirée dans le cadre des 40 ans du punk et qui revient cette année dans le cadre de Scopitone. On a fait trois dates avec le Hellfest l’an dernier. Sur l’année, on loue la salle aux assos, à raison de 130 soirées par an, et on produit aussi nous même, environ 40 par an. On fait aussi quelques coproductions, mais peu.

Alors, cette soirée des 10 ans fin août, la période n’est pas un peu risquée ?
Clairement oui, mais je n’ai jamais trouvé entre septembre et décembre un créneau dispo avec plus de deux soirs à suivre. Bon, en même temps, fin août, les gens sont de retour, certains ne partent pas et sont contents d’aller voir un truc. Et puis, on a ouvert précisément le Michelet en août 2007, donc c’est plutôt la bonne période.

 

La Scène Michelet blindée – DR

 

Comment tu vois la suite, les années à venir ?
Je ne sais pas, je pense que je vais continuer encore un peu, je crois que je ne me vois pas arrêter la nuit, le spectacle. Je suis souvent fatigué, parfois j’en ai marre, mais quand même, je ne suis jamais allé au boulot à reculons, et ça, ça n’a pas de prix. Je me sens assez libre, avec moins de contraintes économiques qu’au début, et le lieu est reconnu dans le paysage culturel nantais, c’est vraiment gratifiant. Et puis, je prends du plaisir à bosser avec des assos, à découvrir des groupes et des musiques, parce que je suis « has been » en termes de connaissances musicales.

Ton coup de cœur en 10 ans ?
Justine ! J’ai mis le temps… Je n’ai pas été très malin avec eux aux débuts, je les ai pris un peu de haut. J’ai réécouté leurs disques, je me suis penché sur les textes, et franchement, ce groupe m’a scotché et me scotche encore. Ils m’ont retourné musicalement et humainement. J’ai eu un déclic avec eux, un déclic sur les a priori, j’en ai moins maintenant, d’a priori…  Et je citerais aussi No Turn in Back, des Hollandais qui jouent du hardcore et qui m’ont bluffé. Mais quand même Justine, quel groupe !

 

Site LA SCÈNE MICHELET

 

 

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d’info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d’autres choses.

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