SESSION HIP HOP MARATHON DE NANTES

Le problème des festivals comme HIP OPsession, ce n’est pas la prog ou le goût discutable de la bière. C’est plutôt la capacité relative à chacun de tenir la distance et finir le festival dans un état à peu près proche du convenable. Chose qui est rarement le cas. Parce qu’HIP OPsession, c’est un véritable marathon. Peut-être même un décathlon.

Une course vers le kiff où la quantité et la qualité des artistes à voir lors d’une seule soirée peut déjà nous faire transpirer, avant même de s’être calé dans les starting-blocks. Et si je me permets de disserter sur l’aspect physique d’un tel événement, c’est parce qu’il m’a fallu au moins une semaine pour m’en remettre. Au moins. Vernissage d’exposition, week-end de Battle OPsession au LU, concert à Stereolux, émission radio, stage de danse, concert au Ferrailleur, Salon hip hop à la Maison des Haubans et ultime after au Remorqueur… Pas mal de sorties culturelles qui, s’accumulant à une vie socio-professionnelle plutôt bien active, constituent une fort belle excuse pour publier un papier avec le décalage temporel qu’il se doit.

C’est donc avec une bonne partie du programme sus-citée dans les pattes que je débarque le jeudi 19 février dernier au Ferrailleur. En retard, parce que je croyais que c’était une tradition à respecter dans les concerts hip hop. Mais apparemment j’ai oublié que c’était un festival qui ne rigole pas avec les horaires. Je réussis à percer la foule déjà présente et perçoit Pedro qui entame son dernier morceau. Echappé du groupe nantais La Formule, le MC est là avec sa casquette de beatmaker et pourtant, il ne peut s’empêcher d’arborer celle de rappeur en s’emparant d’un micro qui traînait par là. Ça frappe vif, comme ses doigts sur les touches de sa MPC. Pedro fait définitivement partie de ces musiciens labellisés « virtuoses de machine à créer du son ». Une batterie siège sur la droite de la scène. Selon mes sources, le batteur de formation qu’il est en aurait joué un peu durant le set. Dommage pour moi d’avoir raté ça.

Étape suivante : Baron Rétif & Concepción Perez. J’ai entendu beaucoup de gens dire qu’ils avaient entendu beaucoup de choses sur eux. Personnellement, je ne sais même pas que ce sont eux lorsqu’ils entament leur performance. Deux tignasses blondes un peu folles qui surplombent deux corps presque dadais. Heureusement, ce flou artistique s’évapore immédiatement dès qu’ils s’animent avec leurs instruments. Et là, coup de foudre. Je suis terrassée par cette musique. Par cette façon de jouer. Par cette complicité jouissive entre les deux protagonistes qui éclabousse tellement au visage que ça en met plein partout. On sent qu’il y a du feeling, une marge d’improvisation et d’inspiration divine. Moi qui étais venue pour une soirée beatmaking, j’ai l’impression d’atterrir dans un rassemblement de free jazz top niveau. Ici, pas de généralités propices au headbanging. Le duo déstructure complètement le beat. Comment ? Avec pas grand-chose à vrai dire : plein de claviers et de boîtiers à effets surpuissants (non, je n’exagère pas du tout), une batterie, une MPC coincée entre deux fûts et un collier de sabots de chèvre. Ce n’est pas une blague, ça s’appelle même des chascas. Pendant la quasi-totalité du spectacle, je ne comprends pas ce qui m’arrive. Baron Rétif & Concepción Perez m’hypnotisent de surprise, titre après titre. Des basses qui s’apparentent à des cuivres, des sons intergalactiques qui ponctuent la traversée, des rythmes qui nous font trébucher sur nos certitudes musicales. Et de temps en temps, quelques samples de voix pour nous rappeler que le hip hop n’est jamais très loin. On ne sait plus trop comment les décrire. Funk mou, dub de sorcier, house sous codéine... Néanmoins, le mélange se révèle tout à fait comestible. Il y a un insaisissable sentiment dans cette musique qui fait toute sa force. Je n’oserai pas mettre de mot dessus, chacun le nomme comme il veut. Ce qui est sûr, c’est que rien n’est évident avec eux et c’est sûrement ça qui est le plus beau. Sublimation de ce tableau : des vidéos expérimentales projetées au second plan. Un flux d’images pas toujours nettes, mais joliment manigancées par Romain Santa Maria, qui nous offrent des danseuses du ventre, des danseuses de chaises et des essais filmiques en tous genres. On se raccroche à cet écran de couleurs qui complète l’expérience avec une harmonie parfois douteuse. Et on se dit surtout qu’il ne faut pas gaspiller une seule de ces minutes mélodiques intenses.

Ça faisait un petit moment que je ne m’étais pas prise pareille claque. Dur pour moi de rester concentrée pour la suite. J’ai fait comme j’ai pu.

Vint ensuite le tour du collectif nantais De la Boucle. Maodea et L Boy Jr, les deux organisateurs des soirées du même nom, se sont présentés à la barre accompagnés de quelques acolytes habitués, Güms, Oteest et Barrio. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le principe De la Boucle, le mode d’emploi se trouve ici. Que rajouter, mis à part qu’ils étaient très chauds et que c’est peut-être pour ça que Güms a tenu à garder bonnet et sweat avec une température de salle avoisinant les 40°C. Les hommes de l’ombre du hip hop sont restés imperturbables, comme d’habitude. Un problème technique ? On l’esquive calmement en s’engouffrant dans les brèches du beat. Des vannes du Maître de Cérémonie 2One ? On absorbe et on réplique avec une production des plus fougueuses. Les vidéos continuent à tourner en toile de fond. On y voit des pubs vintage où les voitures roulent au son des beatmakers. Plutôt classe. Vers la fin du jam, Damu the Fudgemunk vient même se taper l’incruste pour caler ses disques/essayer son casque/faire des trucs que personne n’a vraiment compris. Le bougre tenterait-il de voler la vedette aux gentilshommes de La Boucle ? No comment. J’attends plutôt de voir son set. L’affiche se déroule. Damu the Fudgemunk peut être content, il semblerait que ses fans les plus ardents soient dans la place. Chaque track qu’il envoie paraît réveiller le public tel un électrochoc. Je regarde le tout, négligemment perchée sur une table du Ferrailleur. Oui, c’était bien moi qui tenais le mur droit de la salle, juste avec mon petit corps. Sauf que… La fâcheuse situation arriva. Tandis que l’ambiance se réanime ici et là, je m’assoupis de manière définitivement ridicule. #jeracontemaviedanslesmoindresdétailsmaisçavaparcequonmelademandécestunlivereportquoi

Alors, comment peut-on s’endormir dans un concert de hip hop me demanderez-vous ? Tout le monde sait bien que les soirées ne se passent jamais comme prévues. Voilà donc une brillante illustration sur laquelle je ne m’éterniserai pas, faible que je suis. J’ai donc quitté le navire bien avant la fin de la bataille, tout en me renseignant par la suite et par acquis de conscience sur la fin de cette soirée. D’après les survivants interrogés, Damu c’était « cool » et « ça a fait bouger grave ». Quant à Elaquent, c’était un excellent nom qu’on a eu le privilège d’avoir pour le festival, mais qui se serait cependant mieux intégré dans le line-up avant son prédécesseur (Damu the Fudgemunk, vous suivez toujours?). Une question de ‘froideur’ et de ‘chaleur des sons’ paraît-il.

Si vous avez réussi à tout lire jusque-là : bravo, vous avez remporté l’épreuve du marathon. C’est quasiment aussi impressionnant que celui qui fait tous les événements d’HIP OPsession et qui a la décence de perdre sa voix le tout dernier jour (NDLR  – il existe vraiment et se nomme Vincent Desgré).

BILAN DE LA SOIRÉE :

apprendre à respecter les horaires de concert pendant HIP OPsession
– acheter le disque de Baron Rétif & Concepción Perez et les revoir dès qu’ils jouent dans un endroit pas trop loin de Nantes
– réfléchir sérieusement à un accoutrement pratique pour suer lors des De la Boucle
boire que de l’eau, c’est pas si mauvais que ça finalement
– réécouter Damu the Fudgemunk ainsi qu’Elaquent, au calme et en ayant récupéré mes heures de sommeil
récupérer la magnifique affiche réalisée par Pedro, ça fera un vrai souvenir de qualité
– s’entraîner, avec une plus grande volonté, pour développer mes aptitudes à survivre à un festival de quinze jours et à écrire des live reports un peu moins longs (c’est bon, on a le droit de rêver)

Merci HIP OPsession, merci Tohu Bohu et à l’année prochaine. D’ici-là, je vais me coucher.

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Crédit photo bandeau : © Adeline Moreau/ CLACK

Gribouille aussi un peu pour Bigre. Rigole souvent au micro de Boum Bomo sur Radio Prun’. Possède un enthousiasme musical qui va de la pop au hip hop, des légendaires ABBA aux moins connus beatmakers, en passant par la variété française des années 60/70/80. Cultive rencontres, découvertes et danses singulières.

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