SILAS POUR LE DUO REZINSKY

Le meilleur rappeur qui existe sur la Lune : voilà comment Pepso Stavinsky est souvent décrit. Ce qui n’empêche pas le rappeur angevin d’avoir quand même un peu les pieds sur terre et d’emmener son personnage lunaire ici, dans un tremplin End of the Weak, ou là, dans des formations hip hop aux esthétiques différentes. Des collaborations avec le beatmaker rennais RezO, il en avait d’ailleurs déjà fait plusieurs. Mais c’est la première fois qu’ils unissent leurs forces pour un seul et même disque sous le nom de Rezinsky. Un projet-concept qui s’apprécie en tant qu’objet puisque le duo a fait appel à l’illustrateur Silas pour construire avec eux l’univers atypique de cet EP, « Les Hérétiques ». Quelques questions pour mieux appréhender le bel ouvrage.

Pepso Stavinsky / Rezinsky

En quoi consiste le projet Rezinsky ?
Le projet Rezinsky est né de notre rencontre Pepso / RezO en juin 2014. C’est une combinaison MC / beatmaker, formule un peu rare en 2015. On a sorti un premier EP en juin dernier « Les Hérétiques ». Depuis, on a fait pas mal de concerts en France et on prépare une autre série de dates pour le premier semestre 2016. La sauce prend assez bien autour de ce projet, c’est notre plus grosse résonance à tous les deux depuis qu’on a commencé la musique, c’est plutôt cool. Du coup on continue de composer et d’écrire, on bâtit l’identité Rezinsky.

Quelles idées aviez-vous pour l’identité visuelle de l’EP « Les Hérétiques » ?
On voulait des personnages pas beaux universellement, mais qu’on remarque direct par leurs gueules. Que chaque trait de leurs visages puisse raconter un bout de l’histoire. Après ça, on a totalement laissé carte blanche à Silas. C’est ce qui nous importe, qu’un artiste s’approprie notre univers totalement pour en livrer son interprétation. On place nos morceaux dans les mains de différents regards et sensibilités pour en faire ressortir quelque chose de nouveau. Ça se rapproche un peu du concept d’art total et c’est de cette manière qu’on travaille pour créer une identité qui repousse un peu les frontières établies. On travaille toujours comme ça, que ce soit pour les visuels ou les clips. On prend du temps avec chaque artiste, on échange beaucoup, puis une fois qu’on sent le truc on lui donne carte blanche et là, plus rien ne nous appartient. De toutes façons une chanson est volatile, elle va où elle veut, on l’interprète de mille manières différentes, elle n’appartient à personne. Aujourd’hui on a commencé à se former un entourage de personnes avec qui on aime travailler. On va essayer de consolider ensemble les idées sur Rezinsky ou sur d’autres projets possibles qui nous tiennent à cœur de développer.

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Pour cet EP, Silas vous a aussi refait le portrait… Pepso est affublé d’une coiffe de sioux à fleurs avec un attrape-rêves autour du cou, tandis que RezO arbore un maquillage oscillant entre clown et tribal. Vous vous retrouvez dans ces portraits ?
Complètement… Ça représente bien les 2 entités du groupe : le côté rêveur, Pierrot la lune qui erre dans les plaines, l’univers introspectif pour moi, et le côté plus forgeron tribal de RezO, l’artisan de la boucle brutale qui tape sur sa machine, qui fournit la matière musicale et m’accompagne dans ma ballade. On se protège mutuellement du monde qu’on a créé d’une certaine manière, un peu à l’image de Lanfeust et Trolls de Troy.

Dans les titres et les paroles de l’EP, il y a pas mal de références à la Rome antique, qui ne ressortent pas forcément dans le visuel… D’où vient cet univers ?
C’était les références du moment, j’étais assez intéressé par la Rome Antique mais aussi l’Italie de la Renaissance. C’est surtout les mœurs qui m’intéressaient. Une société sous l’emprise de la religion mais totalement pécheresse. J’ai voulu remodeler ça à notre époque. C’est pareil pour les dessins, on a créé un univers, un monde, on expose des sentiments, des pulsions avec nos propres références et nos différents regards, mais dans le but d’ancrer toujours tout ça dans le présent.

Est-ce qu’une suite est prévue pour ce projet ou vous l’aviez plutôt imaginé comme un one-shot ?
On a en effet tout écrit et composé en quasi one-shot, on finissait les textes et les prods pendant les sessions d’enregistrement. Je pense que c’est aussi ce côté brut qui a plu. Comme ça a plutôt bien marché, on continue d’avancer et on compose pas mal en ce moment.

Votre actu ?
Il nous reste 2 dates en 2015 pour finir une mini-tournée d’automne de 10 concerts : le 4 décembre pour les Bars en Trans à Rennes, à La Notté, et le 12 décembre au Ferailleur à Nantes avec les anglais Dizraeli et Downlow, soirée organisée par notre booker L’Igloo et Pick up Production (mise à jour au 8/12: soirée à Nantes finalement annulée). Puis on rempilera en 2016 à partir de début février. Une sortie disque est aussi prévue au printemps, ce sera une sorte de suite des Hérétiques, un tome 2 de notre bande dessinée.

Bandcamp de Rezinsky

Silas

Pouvez-vous présenter votre activité ?
Je suis illustrateur-graphiste. Je travaille pour des agences et des artistes. Je ne pourrais pas définir mon style, cela dépend du projet. J’aime varier mes techniques de création et avoir une approche éclectique.

Comment s’est déroulée la collaboration avec Rezinsky ?
Tout simplement… Pepso est un vieux pote, il est venu vers moi avec un projet, et un titre. Il m’a demandé une cover pour le mini-album. L’univers de ce gars m’a toujours intéressé et parlé. On a bu un thé, discuté, il m’a décrit l’atmosphère des tracks, m’a fait écouter quelques instrumentales de Rezo que je ne connaissais pas encore, j’ai trouvé ça puissant. Des idées me sont venues rapidement ! Je lui ai proposé de ne pas faire seulement un dessin pour la couverture, mais de pousser le truc plus loin, faire un format original, à la fois auditif mais aussi visuel. Travailler sur des concerts et des expos simultanées. On s’est donc mis d’accord pour faire une illustration par morceau, plus exactement un personnage singulier par thématique abordé sur chaque piste. Pepso m’a laissé carte blanche. Pour « Jolie Môme », j’ai réalisé ce dessin avec une très mince idée du morceau et sans aucune écoute. C’est peut-être le dessin qui nous tient le plus à cœur, car c’est tout naturellement et sans concertation, que la Jolie Môme esquissée sur le papier a pris les traits frappants du personnage évoqué par Pepso (ndlr. illustration ci-dessous). Coïncidence ? Connexion cosmique ?

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Lorsqu’on regarde les illustrations réalisées pour l’EP, on a l’impression que c’est un mélange de peinture et de gravure… Quelles sont les techniques utilisées ?

En réalité, il s’agit de ni l’un ni l’autre, j’ai travaillé au crayon carbone sur un support papier qui avait une trame linéaire. En essayant cette technique, j’ai trouvé le rendu très intéressant et esthétique – effectivement, cela peut faire penser à de la gravure. La couleur, quant à elle, est numérique. J’aurais aimé travailler à la peinture, mais le travail était à la base destiné à la sérigraphie, donc je souhaitais avoir de beaux aplats et conserver la trame offerte par le support. L’outil numérique permet cela. Cependant, pour l’exposition j’ai travaillé avec l’atelier de sérigraphie Fishbrain. Je voulais obtenir quelque chose de plus sauvage, plus personnel. J’ai donc pris mes pinceaux, de la peinture acrylique, et je me suis lancé. Ensuite, nous avons fait une dernière passe de sérigraphie pour faire apparaître de nouveau la trame sur les personnages.

Au-delà des indications données par le duo, quelle histoire aviez-vous envie de raconter à travers ces illustrations ?
L’être humain est complexe, doté de raison, de déraison, c’est sûrement la création la plus tourmentée du règne animal. J’aime l’observer, essayer de lire en lui, de comprendre son histoire, analyser son comportement. Souvent au travers d’une expression, d’une posture, d’une attitude corporelle, d’un regard… De là, on peut en apprendre beaucoup sur une personne. Je m’en inspire et j’aime m’attarder sur des gueules cassées. Des personnes charismatiques, des conteurs d’histoires, et ainsi de faire jaillir des « émotions ».

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Est-ce que vous aviez déjà travaillé avec des musiciens ? Est-ce facile/difficile pour vous de donner à voir de la musique ?
La musique fait partie de mon quotidien : d’une part, car je suis rappeur et d’autre part, grâce à mes projets graphiques. J’évolue et tente de faire évoluer ce milieu, je travaille actuellement avec de jolis noms du rap français. Mais l’écoute de la musique n’est-elle pas en soit imagée ? Ce n’est pas une question de facilité ou de difficulté, cela fait appel à l’émotion, au ressenti. Comme dit plus haut, l’univers m’a touché, et a éveillé une sorte « d’instinct créatif ».

Votre actu ?
L’actualité, c’est encore Rezinsky : exposition et diffusion de support sur les concerts (tee-shirt, sérigraphie, totebag…). Le week-end du 27 novembre, la collection « Les Hérétiques » a été exposée au Forum du Quai à Angers, l’occasion pour moi de partager mon travail et de rencontrer le public. Fort de cette aventure, j’ai suscité l’intérêt d’autres artistes issus du monde hip hop, ou plus largement de la musique. Cela m’a permis de m’aventurer sur des terrains nouveaux, les recommandations et les sollicitations me poussent à approfondir ma réflexion, et mon travail. Toujours dans cette dynamique, je suis à la recherche de nouveaux projets, de nouvelles expériences.

Facebook de Silas

IMG_1375Illustration pour « W.A.S.P. »

 

IMG_1377Illustration pour « Cesare »

 

IMG_1378Illustration pour « Caligula »

Gribouille aussi un peu pour Bigre. Rigole souvent au micro de Boum Bomo sur Radio Prun'. Possède un enthousiasme musical qui va de la pop au hip hop, des légendaires ABBA aux moins connus beatmakers, en passant par la variété française des années 60/70/80. Cultive rencontres, découvertes et danses singulières.

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