The Peacocks – Alain Jean-Marie François Ripoche

The Peacocks est un standard, composé par le pianiste Jimmy Rowles, joué maintes et maintes fois par des milliers de musiciens de jazz, mais aussi le nom que s’est donné le duo Alain Jean-Marie et François Ripoche pour leur premier album en tête à tête., le piano de l’un dialoguant avec le saxophone ténor de l’autre. Ces deux là se connaissent, s’apprécient et s’estiment. Si François Ripoche fait office de cadet face à l’impressionnante carrière d’Alain Jean Marie (est-il encore nécessaire de rappeler qu’il a accompagné Barney Wilen, Chet Baker, Dexter Gordon et tant d’autres ?), le pianiste n’en reste pas moins, comme à son habitude, un grand modèle de modestie, toujours au service de son interlocuteur, et donc de la musique. Si François Ripoche n’a jamais caché son amour du répertoire traditionnel du jazz qu’il interprète sur scène depuis plus de vingt ans, cet album est une occasion idéale pour (re)découvrir le saxophoniste très sensible qu’il est. Si l’héritage qu’il porte est vaste et varié, on ressent dans son jeu de façon plus marquée l’emprunte des jazzmen tels que Lee Kontiz, Warne Marsh, Stan Getz, Joe Henderson, autant d’instrumentistes qui auront toujours privilégié la note juste au déballage de virtuosité. Quant à Alain Jean-Marie, il n’a jamais cessé d’être l’un des plus éminents représentants du piano bebop en Europe. Ses trios consacrés à la musique de sa Guadeloupe natale ont connu un grand succès (Biguine réflections), et il avoue aujourd’hui, sans hésiter que sa langue maternelle sera toujours celle du be-bop. C’est bien parce qu’ils en connaissent les lettres que ces deux musiciens peuvent affronter les standard sans crainte de la redite, de la parodie ou du calquage. Le propos n’est pas, bien entendu, de révolutionner le langage de la musique de jazz, mais d’apporter un nouveau témoignage de son éternelle richesse. La rencontre de ces deux sensibilités est marquée par le sceau de l’évidence. Comme si cet échange coulait de source et qu’il avait simplement fallu à ses deux là enfourcher leur instrument pour donner naissance à la musique.

Littéralement porté par le soutien que tricote comme personne Alain Jean-Marie, François Ripoche chante avec son instrument. Sa sonorité n’a peut-être jamais été tant mise en valeur que pour ce disque. Le répertoire choisi par ses soins est un subtil mélange de standards largement connus et joués (Body and Soul, You and the night and the music, Bright Mississipi), de pièces étrangement plus confidentielles bien que signées par d’immenses musiciens : John Coltrane (Central Park West), Wayne Shorter (Infent Eyes), Kenny Barron (Voyage).

Si Alain Jean-Marie n’est pas avare de concert et continue d’arpenter les clubs sans relâche, les albums de ce dernier ne sont pas légion. Cette rareté ne donnant que plus de valeur à cet album qui fera date, à n’en pas douter, dans la discographie de ces deux musiciens. Le duo piano/saxophone a donné quelques petites merveilles dans l’histoire de cette musique, et malgré l’humilité de ses deux protagonistes, The Peacocks peut aisément prétendre s’ajouter à cette liste de passionnants tête à tête.

coverpeacocks

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Crédit photo: Richard Dumas

 

Président de l'association La 52ème et passioné de jazz, j'assure la programmation de La 52ème depuis sa création, j'anime des rencontres jazz-litterature, je donne des conférences sur certains artistes ou courant de l'histoire du jazz, et écris pour Tohu Bohu depuis 2011. Je suis par ailleurs contributeur actif du blog de La 52ème et rédige des articles pour mettre en lumière des artistes parfois injustement méconnus.

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