TRANSBORDEUR CULTUREL ENTRE NANTES ET MONTREAL

Combien d’entre vous ont commis l’affront ultime de ne pas être aux Machines de l’île ces vendredi 2 et samedi 3 octobre pour en prendre littéralement plein les yeux et les oreilles (surtout les oreilles) ? Dans le cadre de l’événement « L’été indien aux Nefs » programmé en ce début de rentrée par les Machines, concerts, cirque, projection et spectacles sont à l’honneur au cœur même du hangar où sommeille l’éléphant depuis le 18 septembre dernier. Les festivités doivent se poursuivre jusqu’au 23 octobre prochain, en attendant, il convient de s’intéresser au vendredi 2 octobre, premier de ces deux soirs qui auront ouvert un véritable pont entre Nantes et Montréal en invitant sur une même scène un artiste de chaque ville.

Photo bandeau – Melodule / Ikaz Boi © Aurélie Piel

Melodule (Montréal)
Véritable étoile filante échappée des Piknics électroniques de Montréal où il joue régulièrement, le poulain de l’écurie électro Ghotiitout (Anton X, Van Did, Teho…) monte le premier sur une scène baignant dans la lumière violette. L’installation est déjà visuellement très agréable, agencée entre deux bureaux et trois toiles métalliques en arrière-plan sur lesquelles sont focalisés des jeux de lumière croisés. Il est 21h sous les Nefs, un joli parterre de curieux a les yeux rivés aux consoles, et Melodule démarre la fusée avec le titre « Stumped» extrait de l’album du même nom.

Premier bonheur : le son. Calibré avec soin, il est parfaitement confortable sans bouchons alors que la scène me fait face. Les infrabasses sont délicieuses et me frisent à peine les jambes de pantalon. Les éclairages se reflètent sur le DJ et laissent entrevoir la concentration, la détermination, les boutons pincés avec force. Casque sur les oreilles, il relève la tête et m’adresse un sourire en levant le pouce en réponse au mien. C’est beau, c’est doux, ambiant par petites touches, et ça tabasse en même temps. Des paysages sonores se dessinent dans la nuit des Nefs. Ma voisine ferme les yeux et semble se laisser bercer par le maître. Observant l’affluence autour de moi, je me surprends à rêver d’un endroit moins grand où les gens pourraient se tasser davantage et s’abandonner à des danses plus assumées. « Break your spine » voit l’afflux de spectateurs grossir et mon souhait s’exaucer : les gens commencent à danser. Melodule sourit. « Holy day » voit ses notes de carillon cristallin résonner au milieu des infras, le beat est dansant et les échos charmeurs dans ce hangar ouvert. Les visages rayonnent. Ils en redemandent. Des spirales violettes et des rosaces bleutées s’entrecroisent et ne vont cesser de continuer pendant les trop courtes 80 minutes d’un mix alternant avec bonheur entre son projet personnel Melodule et plusieurs titres de son groupe Les Limaces. J’adresse par ailleurs aux curieux-ses une mention spéciale au morceau « Race » : un vrai délice pour la tête et les jambes. Afin d’assurer une transition sans coupure, Ikaz Boi vient le rejoindre sur scène vers la fin de son set et compléter doucement son univers tandis que le DJ montréalais baisse progressivement le son pour laisser son homologue nantais assurer la suite des opérations. Se retirant humblement, j’entends plusieurs personnes ravies le siffler et l’applaudir pour le remercier de la balade rêveuse qu’il vient de leur offrir. Benoit Carreau, vous m’avez régalé. J’en aurais bien repris une heure de plus.

Photo.1_Melodule_Live_Nefs
Melodule © Kim Gauthier

 

Ikaz Boi (Nantes)
Arrive alors le moment de la découverte locale pour moi. Le son monte d’un cran, la lumière vire au vert ganja, et une instru hip hop so heavy nous coiffe d’avant en arrière. Le DJ et producteur nantais Ikaz Boi est sur scène et a l’intention d’en découdre. Les morceaux sont vifs, courts, tendus, s’enchaînent sans temps mort. Il m’avait glissé en loges qu’il avait préparé une soixantaine de tracks pour ce soir. Le son s’est durci et a perdu en mélodie ce qu’il a gagné en infrabasses attendues. Les samples sont dignes d’une production de rap US, pourtant certaines sonorités passent du R&B à l’électro.

 

Photo.2_Ikaz_Boi_Live_NefsIkaz Boi © Aurélie Piel

 

Fin Geppetto à casquette, le ligérien tire des fils invisibles en triturant ses consoles et transforme les spectateurs aux premiers rangs en pantins joyeusement désarticulés. Les tempos lourds et lents côtoient les claviers alarmistes, les têtes et les pieds marquent la mesure, le beat made in Ikaz enfle comme un dirigeable et emplit littéralement les Nefs. Mes mots résument à peine sa dernière livraison intitulée Ketamine trap 2, découverte après le concert. Surprise et bonus ? Melodule revient lui aussi sur scène en cours de set afin de compléter son univers ; cette confiance entre artistes fait plaisir à voir d’autant plus que le montréalais ne rejoint qu’à l’oreille notre DJ nantais, très concentré sur ses machines. Le son s’allègera quelque peu avant que le concert ne se termine bien avant minuit dans les acclamations. Sans surprise, je percevrai au détour de plusieurs conversations la satisfaction, la curiosité piquée au vif, et l’envie d’un petit bonus jusqu’au matin. Artistes à suivre donc.

 

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Sans arrêt à l'affut d'une pépite à dénicher sur le web, d'une perle à découvrir en concert, d'un peu d'étonnement bienvenu. On me retrouve fréquemment sur les festivals.

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