TUE LOUP – LA MUSIQUE EN CLAIR OBSCUR

Tue Loup a vingt ans cette année, Tue Loup sort son dixième disque ce mois-ci, disque inspiré, entre autres,  par un voyage à Lisbonne. Toujours aussi empreint de poésie littéraire et musicale que ses prédécesseurs, Ramo sort ce vendredi 4 mars. En attendant la chronique, rencontre avec Xavier Plumas, tête pensante du groupe.

Toutes photos : Tue Loup © Jérôme Sevrette

Le disque fait écho à Lisbonne, il y a une chanson interprétée en portugais. Dans quelle(s) mesure(s) la ville et ses éléments (linguistiques, nature, personne…) ont influé sur les compositions musicales et sur les textes ?
Seule la chanson Tejo a été composée à Lisbonne. Mais j’ai trouvé dans la ville, plus qu’une influence, une forme de résonance à ma propre sensibilité. La langueur et la sensualité de la langue, la beauté métissée des gens, la douceur de la lumière… Toutes choses qui ont laissé des traces sur le reste de l’album.

Qu’est ce qui se retrouve sur ce disque qu’il n’y a jamais eu sur les précédents ?
La présence de certains sons de claviers apportés par Jean-François Chauffour, notre ingénieur du son.

Ramo, pourquoi ce titre ?
Toujours des restes du Portugal. Ramo signifie bouquet en Portugais. Je développe dans la question suivante…

 Tu dis que c’est un disque empreint de peinture. Peux-tu développer ?
C’est le peintre Jean-Gilles Badaire qui a réalisé la pochette. La chanson « bouquet contre la peur » est inspirée d’un de ses tableaux, qui porte ce titre. Jean-Gilles est, comme moi, amateur de poésie, et notamment de Pessoa. J’ai donc fait traduire cette chanson en portugais, pour que Marlène Etienne l’interprète en fin de disque (ramo contra o medu). Comme Badaire peint souvent des bouquets, le titre s’imposait de lui-même. Un autre peintre est également présent sur l’album : Philippe Berthommier. La chanson La haute épine lui est dédiée, et il intervient sur le clip du « tigre voyageur ».

TUE LOUP © Jérôme Sevrette (52)

On a l’impression que cet album est encore plus arrangé musicalement que les précédents, tu partages cette impression ?
Disons que les arrangements sont plus « travaillés », plus subtils. C’est grâce à Djef Chauffour, à qui j’ai laissé carte blanche. Nous avons également abordé les mix ensemble avec l’idée d’épurer, de laisser place à l’air et aux silences. Je pense que ça rend les arrangements plus lisibles et pertinents.

Les textes sont toujours aussi intemporels. Comment résumes-tu ton inspiration littéraire ?
Je ne sais pas. Je ne cherche à être ni moderne, ni classique ou rétro. Je travaille la langue comme une matière, pour tenter d’exprimer des humeurs, des états d’être, plus que des points de vue. Tout en tâchant de garder une exigence esthétique.

L’équipe Tue-Loup est assez fidèle. Y-a-t-il quelqu’un (musicien, interprète ou les deux) que tu aimerais inviter pour un prochain disque ? Qui serait ce quelqu’un ?
Beth Gibbons (la voix de Portishead), et Bruno Angelini, pianiste qui vient de sortir un magnifique album solo intitulé Leone alone.

Il y a néanmoins 2 batteurs, l’un pour les chansons paires, et l’autre impaires (quasiment), alternance presque parfaite, avec des jeux quand même très marqués. Qu’est-ce que cela amène ?
De la richesse, de la variété d’interprétation. J’aime que mes chansons se frottent à différents caractères, ça leurs secoue un peu les puces.

La version live (musiciens) sera de quel ordre ? Et comment avez-vous imaginé les adaptations des chansons pour la scène ?
Ce sera un line-up classique (guitare-basse-batterie-clavier), avec encore un autre batteur : l’excellent Alex Berton. Nous utiliserons également quelques samples, et Eric Doboka m’accompagnera beaucoup à la voix, ce que j’apprécie énormément, c’est un très bon chanteur.

TUE LOUP © Jérôme Sevrette (41)

Y-a-t-il des chansons plus « anciennes » que tu te plais à rejouer sur scène ?
Honnêtement assez peu. Je préfère nettement jouer les nouvelles, voir les inédites, qui ne sont encore sur aucun disque. J’aime bien inclure parfois quelques chansons de mon dernier album solo, Le cabinet vaudou des curiosités d’Adèle, qui ne sont pas encore trop vieilles et que j’ai peu jouées sur scène.

Le groupe a 20 ans cette année. Qu’est-ce que cela t’inspire ?
Rien de particulier. Je n’ai pas une conscience aigüe du temps qui passe. Je mesure par contre ma chance d’avoir toujours autour de moi des musiciens motivés pour m’accompagner.

Ton disque et ton livre de chevet ?
Laughing stock de Talk Talk pour le disque. Les deux livres que j’offre le plus souvent, Visitations de Claude Louis-Combet et Les eaux étroites de Julien Gracq.

Couv Ramo

Site TUE LOUP

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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