UN WEEK-END (DE) CULTE AU ZINOR

Qu’est ce que le CBGB ? Quand l’artiste américaine Shannon Wright nous répond « CBGB’s was like a blister, a compressed pulsating force », Antoine Lacoste, vertèbre du collectif Icrocoa,  le résume comme La Mecque des rockeurs ! Club new-yorkais ouvert dès 1973, il voit passer une scène punk et rock alternative. Cette mouvance rock et alternative caractérise aussi la scène montacutaine, qui, au travers de ses groupes et assos fait parler d’elle depuis le début des années 90. Alors, en toute logique et motivée par le principe, le collectif a décidé d’accueillir ce projet autour du CBGB concocté par le collectif Super Loto. Concerts en lien avec le CBGB et ce qu’il représente musicalement, ateliers sérigraphie, expo, voilà de quoi éveiller vos sens. Petit tour d’horizon de ce qui vous attend à Montaigu les 3, 4 et 5 septembre au Zinor avec ce même Antoine Lacoste, un fidèle de l’alternatif parmi tant d’autres.

Photo bandeau Shannon Wright – © Amélie Grosselin

Le Zinor accueille un concept élaboré au festival de BD de Colombiers sur le CBGB. C’est quoi le CBGB pour toi ?
Le CBGB c’est la Mecque des Rockers ! Je ne sais pas depuis quand je connais cet endroit sans y avoir été tellement c’est incrusté dans l’identité de la musique alternative depuis son commencement. Je ne peux d’ailleurs pas dissocier les Ramones, Blondie, le Velvet Underground, Sonic Youth et bien d’autres de cet endroit. Il est pour moi le point de départ de tout un pan de l’iconographie du Rock n’Roll, les auto-collants et les tags sur les murs noirs, le côté crado des clubs qui sentent en permanence la clope, la sueur et la bière; tout ça vient de là-bas, c’est évident !

Pourquoi avoir décidé de monter ce WE autour du mythique club new-yorkais ? Quel est le but, la motivation ?
L’idée est venue en tombant par hasard sur le décors que mes amis de Super Loto ont fabriqués. Ils étaient stockés dans leur cave quand je suis passé chez eux dans le Lot il y a deux ans. La connexion avec le Zinor et la dynamique « alterno-DIY » qui gravite autour s’est faite naturellement. Malgré que le CBGB soit tristement devenu un magasin de fringues « rock », le Zinor et ce qu’il véhicule est tout à fait légitime pour lui rendre hommage.

Avez-vous monté une programmation musicale en lien avec le CBGB  et si oui de quelle manière ?
Bien sûr ! C’était l’objectif. On s’est fixé une ligne artistique cohérente à la scène new-yorkaise de mi-70 au début 2000. Du coup, on retrouve facilement les influences des groupes qui constituaient cette scène dans chacun des groupes qui joueront au Zinor les 4 et 5 septembre. Sans dire à qui correspond quoi, on peut dire qu’on aura ce weekend notre GG Allin, notre Patti Smith, nos Ramones, notre Lou Reed, notre Nico etc…

 

Montage-cbgb-colomiersFestival BD de Colomiers, novembre 2013 – © DR

 

Quels seraient pour toi les grands moments musicaux de ce WE ?
C’est très difficile de répondre à cette question puisque absolument tout suscite un grand intérêt pour moi. Vendredi soir, voir Shannon et revoir Mme Wright évidemment, j’adore, c’est jamais la même chose, toujours surprenant tant on s’engouffre dans ses morceaux… C’est notre seul émissaire américain du week-end qui a joué au moins quatre fois au CBGB.  Herr Geisha and the Boobs sont brillants, ils ont écouté Jesus Lizard et At the Drive In, et ils jouent presque mieux qu’eux ! Hermetic Delight ont un sens esthétique parfait. C’est pur, déchiré et beau, My Bloody Valentine et The Slits auraient voulu faire ce qu’ils font. Pour finir vendredi soir, même si on a pas eu Jim O’Rourke ni Glenn Branca, on aura Headwar et moi je dis tant mieux ! Le lendemain, avec Bikini Gorge, c’est le groupe que Marc Ribot a rêvé de faire qui entame la soirée. Jessica93 nous prouvera que Thurston Moore n’a pas fini le travail ; nos chéris de Pneu joueront plus fort que Throbbing Gristle ; notre Bill Callahan national en la personne de My Name Is Nobody nous tirera les larmes et les rires ; Pierre & Bastien ensuite, les Jimmy Hendrix de Ménilmontant, nous donneront mal à la nuque ; le fils des Béru et Alan Vega, Ventre De Biche, nous rappellera ce que c’est que le No-Futur des temps modernes (wtf??) et pour finir Youth Avoiders finiront de nous démolir la nuque et les genoux parce qu’ils vont plus vite que les Ramones !

Il y a une expo intitulée « Alternarchives, ou les mémoires associatives d’un collectif culturel à Montaigu » où il sera question de l’histoire de la culture alternative montacutaine. Peux-tu nous en dire plus ? Et pourquoi selon toi y-a-t-il cette culture à Montaigu ?
Alternarchives s’inscrit dans une opération motivée par le Ministère de la Culture au niveau national, d’archivage du patrimoine immatériel. Grâce notamment à l’appui du sociologue des musiques amplifiées Gérôme Guibert, la scène montacutaine a été retenue pour y participer puisque le collectif ICROACOA qui gère le Zinor est subventionné pendant trois ans pour collecter le plus d’informations possibles relatives aux groupes de musique et aux concerts et festivals qui ont eu lieu depuis les années 80. Informations qui seront numérisées et stockées à la Bibliothèque Nationale de France.  Il y a, depuis le début des années 80 à Montaigu, une dynamique particulièrement forte autour de la culture alternative, et surtout autour de son vecteur principal, le rock ou le punk rock. A l’époque, cette musique s’ancre beaucoup plus dans la contestation et l’engagement idéologique qu’aujourd’hui. Je ne serai pas étonné que cette musique marginale n’ait trouvé ses racines dans ce bassin social où cohabitent milieu rural et industriel, tous deux culturellement très conservateurs. Aussi, Montaigu se retrouve entre trois villes de plus grande envergure, Nantes, La Roche sur Yon et Cholet. Ce village qui n’a « rien d’attirant » à l’époque, regarde vers l’extérieur et a de l’ambition. Sa jeunesse aussi s’ouvre à la culture nouvelle des milieux péri-urbains dans laquelle elle se retrouve. C’est donc à mon avis ce concours de circonstances qui a créé cette forte tendance.

 

BikiniGorgeBikini Gorge – © DR – en concert le samedi 5 septembre


La sérigraphie est au centre du WE, notamment le samedi. Quels seraient selon toi les points communs entre sérigraphie et musique ?

Pour moi la sérigraphie est LE moyen de réaliser un outil de communication ou de promotion (bien souvent d’un concert) par soi même de A jusqu’à Z. Il cumule deux choses importantes à la communication visuelle : la reproduction en petite série et l’aspect artistique de la conception graphique du visuel. C’est le penchant graphique du Do It Yourself, quand les rockers eux, se mettaient à faire de la musique sans l’avoir appris auparavant, et là aussi dans le but de diffuser un message.

Toi qui connaît bien les États-Unis et Montaigu, tu trouves un point commun ?
Les États-Unis c’est peut être un peu trop global mais entre la scène new yorkaise et Montaigu durant les années 80-90, il y a ce point commun : l’effervescence autour de la musique rock et ses dérivés. D’un côté comme de l’autre, des groupes de jeunes gens s’organisent pour produire, distribuer et diffuser la musique locale par eux-même, le DIY avant l’intronisation de la fameuse expression. C’est d’ailleurs le point de départ de la conférence « C’était mieux avant (?!) » qui aura lieu le samedi 5 à 16h au milieu de l’expo Alternarchives avec des représentants du milieu musical professionnel et amateur régional.

Comment se porte Le Zinor ?
Le Zinor est en sursit. Malgré un fort taux d’auto-financement (40%) et des subventions croissantes d’une année sur l’autre, il attend beaucoup de l’aide des institutions locales, régionales et nationales mais n’a pas encore trouvé l’écho nécessaire dans ces structures pour pérenniser son activité dans ses locaux actuels. Pour résumer, Le Zinor et son équipe (administration et technique) est au service d’un collectif d’associations productrices de concerts pour la plupart (ICROACOA). C’est un tuteur technique expérimenté pour tous ceux qui se lancent dans l’organisation d’évènements autour de Montaigu. Il rend les choses possibles pour beaucoup d’événements qui n’auraient pas pu trouver ce soutien dans leur commune ou même du département. Il est donc essentiel pour cette structure d’être aidée par les institutions pour faire perdurer une certaine forme d’expression, trop souvent négligée tant par les élus locaux que par les professionnels de la culture et du spectacle vivant aujourd’hui.

CBGB-OK
Site du ZINOR

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d’info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d’autres choses.

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