LE VANNEAU HUPPÉ – S/T

Le Vanneau huppé sort son CD ! Un bonheur de mélomane
C’est pour célébrer la sortie de cet album que le Vanneau huppé, la grande formation du collectif Spatule, a donné un concert le 8 mars au Pannonica. Alors, parlons de cet album modeste et génial.
Modeste, il l’est car il ne se paye pas de packaging compliqué à tiroirs et illustrations somptueuses. Si les amateurs de pochettes seront un peu déçus, ce sont les mélomanes qui y gagnent. Car génial il l’est par les 48 minutes de musique qu’il recèle. Pas de photo, pas de décorum, même pas l’un de ces graciles volatiles qui accompagnent le groupe à la scène. Non, la musique d’abord et avant tout. Le plumage ici n’a pas pris le pas sur le ramage.
Et pour permettre à cette musique d’être savourée de la meilleure façon, les musicien.ne.s sont allés l’enregistrer en deux jours seulement chez Olivier Ménard, qu’il faut féliciter ici pour la qualité de sa prise de son et le mixage qui permet d’entendre toutes les nuances et les timbres de cette formation où se mêlent voix, cordes, vents, cuivres et peaux. Tout y est à sa place et parfaitement intelligible. Merci.
Les cinq titres et le Pouit, ainsi que, dois-je le dévoiler (c’est fait !), une petite surprise finale, permettent d’entendre la vaste palette esthétique et sonore de cette formation hors du commun. Dans cet ensemble voisinent harpe, violoncelle, guitare, flûte, contrebasse, voix (chantée et parlé, voire scattée ou feulée…), deux batteries et, bonus par rapport au concert, saxophone.
Mais tout ces moyens ne seraient rien si ils n’y avait pas de musique à jouer, de créations originales à proposer et à défendre. Ce n’est pas le cas et c’est la grande force de ce projet que de défendre crânement des compositions qui volent haut. Citons ici Cimes de Rémi Allain. Un sommet de cet album où, dès l’introduction se passe quelque chose, non seulement à cause de la poésie de Valérie Rouzeau qu’illustrera largement la voix de Chloé Cailleton, mais aussi par cette première trame tissée par le violoncelle de Stéphane Oster et la flûte en sol de Pascal Vandenbulcke. Ensuite, le morceau déroule les entrelacs répétitifs de la harpe d’Emilie Chevillard et de la guitare de Fabien Ewenzcyk qui suggèrent l’influence de la meilleure musique contemporaine américaine. On pense à Steve Reich et à son sublime Téhilim. Et l’orchestre s’étoffe encore de la contrebasse du compositeur et des batteries conjuguées de Gabor Turi et Florian Chaigne. Alors, Chloé Cailleton lance le poème déconstruit et en fait le matériaux d’une vocalisation follement originale. Enfin, tout redescend vers une conclusion apaisée qui reprend la trame de l’introduction. Et l’auditeur distrait ne se sera pas rendu compte de la structure rythmique complexe avec ses mesures qui progressent par augmentation, discrètement, savamment.
On pourrait reprendre cette analyse pour les autres titres de l’album car tous sont très écrits par Florian Chaigne, Fabine Ewenzcik ou Pascal Vandenbulcke. Il y a toutes les réminiscences possibles, du jazz aux musiques extra-européennes en passant par les expériences brésiliennes. Rien ne les arrête. Mais j’ai déjà écrit à leur sujet dans la chronique du concert du 8 mars et j’incite le lecteur en à faire la découverte, par une écoute attentive. Ce n’est pas du « easy listening » que nous proposent les oiseaux enfiévrés du collectif Spatule.
Je me souviens d’une conversation il y a longtemps avec Pascal Vandenbulcke où il me disait son souhait de faire accéder l’auditeur des musiques populaires aux sophistications des musiques savantes, les rythmes complexes, la musique atonale etc… J’ai l’impression qu’il tient la solution avec la belle énergie que propose cet album qui recèle des subtilités insoupçonnables aux oreilles profanes mais tellement accessibles. Si on y ajoute le plaisir de jouer dont témoignent tous les membres de l’orchestre ici et à la scène, on doit souhaiter à ce projet de rencontrer le plus large public. La musique actuelle a besoin d’aventuriers de cette envergure.

 

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Site ALOYA MUSIC

 

musicien, passeur et acteur associatif.

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