Von Pariahs – Genuine Feelings

On n’aimerait pas être à la place des Von Pariahs. Dans un pays où les Victoires de la musique viennent de sacrer Les Innocents meilleur groupe rock de l’année, où les radios FM s’épient les unes les autres pour ne prendre au final aucun risque de programmation, où les ex-Téléphone menacent de remplir plusieurs Bercy, voilà un groupe sortant un des tout meilleurs albums de rock français de l’année (je prends le pari de réaffirmer cela dans 10 mois) mais qui va sans doute devoir batailler ferme, comme une poignée d’autres, pour se faire une petite place au soleil… Pourtant tout est là : la hargne, l’énergie, l’authenticité, les chansons… Oublions donc un instant ce triste hexagone, gorgé de talents mais conservateur et verrouillé, pour nous projeter, au hasard, en Angleterre, dans un futur plus ou moins proche. Imaginez un club londonien surchauffé où les Von Pariahs viennent d’entamer une tournée à guichets fermés et où fleurissent les t-shirts Genuine Feelings … On peut rêver un peu, non ? Car oui, le grand « tort » de ce groupe est peut-être, après un 1er album post-punk déjà hautement recommandable, de ne pas vouloir sonner dans l’air du temps récent (psyché, shoegaze, électro-pop) ou s’essayer au chant en français pour rejoindre l’armée des clones de Noir Désir… Ses armes ? Un chant parfait en anglais, grâce à un chanteur originaire de Jersey, Sam Sprent, et des influences rock anglo-saxonnes parfaitement digérées. Aucune esbroufe ici, ni d’effets de style inutiles. Les Von Pariahs font dans l’urgence, l’immédiat, l’évident. Dès le 1er morceau Genuine Feelings, le ton est donné : on va suer, retenir sa respiration et bouger son cul en songeant, comme sur d’autres titres d’ailleurs, au Primal Scream de la période Riot City Blues. Des guitares-braseros, un putain de groove, un chant parfaitement assuré… Que demander de plus ? Des mélodies ? Elles sont là, rassurez-vous, mais jamais racoleuses, aboyées comme un coyote affamé sous la lune par un Sam totalement habité. Il y a, allez lâchons-nous, du Jagger chez ce garçon… Oui, l’ombre des Stones plane par instants, grâce à un phrasé à l’ADN aisément identifiable, quelques cuivres habilement placés, mais aussi celle des Happy Mondays ou encore et surtout des 1ers U2, avec des guitares parfois 100% The Edge (Take Control, Get Loose). Des influences qui pouvaient faire craindre un album quelque peu « passéiste », mais que le groupe parvient à sublimer et à rendre intemporelles par le biais d’une rage, d’une classe et d’une sincérité incontestable. Attention : disque addictif.

Photo bandeau : Von Pariahs © Gregg Bréhin

cover von pariahs

Site des Von Pariahs

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