WARM ET BRUIT CLAIR, AVEC PLAISIR…

Porter à bout de bras un label en 2017, voilà un challenge qui mérite qu’on s’y intéresse un peu. Warm a tout juste un an, Bruit Clair soufflera ses 7 bougies tout bientôt. Si le premier oeuvre dans les arts « expérimentaux » ou de niche (littérature, musique, cinéma…), le second défriche l’électronique sous ses pendants les plus expérimentaux et éclaire un peu plus encore l’art sonore. Les cousins discographiques présentent à Trempolino leurs travaux respectifs en y mettant une cohérence plus que certaine. Rencontre avec des personnes de l’ombre…

 

Photo bandeau : équipe de WARM – Florian Renault

 

Mathias, qu’est ce que WARM pour toi ?
D’abord une rencontre, avec Willy et Armelle. Donc une relation d’amitié et de confiance qui se trame, de projet en projet, de discussion en discussion. C’est la découverte (rare) de gens qui ont furieusement envie de faire les choses à leur manière, en prenant des risques et en les assumant, tout en étant extrêmement ouverts, respectueux et attentifs aux personnes avec lesquelles ils travaillent, ou auxquelles ils s’adressent.

Armelle et Willy, qu’est ce que BRUIT CLAIR pour vous ?
La découverte de Bruit Clair s’est faite en deux temps. D’abord artistiquement lorsque, grâce à Julien Mérieau (Quartz Locked) qui nous avait offert le CD de l’album Chutes, nous avons été amenés à découvrir le travail de Mathias. Puis, lorsque nous en étions au stade de la conception de l’entreprise culturelle WARM, nous nous sommes naturellement intéressés à ce label nantais afin de comprendre son fonctionnement et son modèle économique. Bruit Clair est un label animé par un musicien et principalement dédié à l’édition de ses propres productions. Cela nous intéressait de connaître le point de vue de l’animateur du label mais aussi quelles pouvaient être les attentes des musiciens. Enfin, Mathias Delplanque a été édité par de nombreux labels et dispose donc d’une expérience conséquente dans le milieu de la musique. Comme nous sommes issus principalement du milieu du cinéma, nous sommes très curieux du milieu de la musique.




Ply – J.F. Sigrist

 

 

« Je pense que nous avons en commun de défendre une musique exigeante, hors cadre. Mais nous le faisons sans prétention, et sans considérer que cette musique est réservée à une élite ».

 

Qu’est ce que vous avez en commun et qu’est-ce qui vous différencie ?
M : 
Nous avons en commun le désir de placer la relation, et le plaisir de la relation au centre du travail de collaboration. Il y a des goûts artistiques communs, c’est un fondement, mais pas exclusif, dans la mesure où justement, nous ne sommes pas toujours d’accord sur des questions d’esthétique. Et ça n’est pas du tout un problème ni une source de conflit ! Au contraire, cela génère des discussions. Je pense que nous avons en commun de défendre une musique exigeante, hors cadre. Mais nous le faisons sans prétention, et sans considérer que cette musique est réservée à une élite.
A. et W : Nous avons
 beaucoup en commun. Une curiosité incessante autour de la création musicale, et plus particulièrement autour de ce qui relève d’une recherche, curiosité liée à une envie de participer à l’émergence des créations musicales. Il y a aussi une motivation du côté de la construction d’un projet singulier qui rend possible des dialogues, et donc éventuellement des projets entre des musiciens mais aussi des écrivains, des photographes, entre des artistes finalement. Il s’agit de construire une sphère au sein de laquelle des échanges, dans tous les sens du terme, soient possibles et créatifs, mais aussi au sein de laquelle l’attention, l’accompagnement participe du processus de création et de diffusion. Même si les moyens sont limités, on peut en partie se développer en mettant en commun des ressources et des idées. Ce processus est aussi, nous semble-t-il, l’occasion d’enthousiasme, d’ouverture et de plaisir et rend l’aventure excitante. Pour ce qui concerne les différences, on ne voit pas trop…



« Depuis quelques années, il y a une envie d’aller au-delà du numérique qui produit des oeuvres musicales vouées à disparaître au bout de quelques semaines pour ne jamais revenir. »

 

Que signifie porter un label en 2017 ?
M :  
Bruit Clair est un outil de production sur lequel je m’appuie régulièrement quand j’ai envie d’être totalement autonome en termes de production, de communication et d’organisation d’événements. Je publie très peu aujourd’hui, et la plupart du temps sur le net. Et pourtant, cela fait sens pour moi de conserver cet outil, qui me permet de faire les choses à ma manière et à mon rythme, sans avoir de comptes à rendre.
A. et W :
 S’il s’agit de s’occuper de l’enregistrement sur supports physiques d’oeuvres musicales, d’assurer leur diffusion et d’accompagner et de développer des artistes, un label aujourd’hui nous semble pertinent. Les artistes peuvent se reposer sur lui, ils doivent être soutenus et déchargés de quelques soucis, notamment économiques. Pour ce qui concerne l’édition, depuis quelques années, il y a une envie d’aller au-delà du numérique qui produit des oeuvres musicales vouées à disparaître au bout de quelques semaines pour ne jamais revenir. Une fois qu’un fichier numérique est abandonné au fin fond d’un dossier sur votre ordinateur, il est mort. Le disque, quant à lui, reste dans la discothèque et a toutes les chances de se retrouver régulièrement sur la platine. Il est heureux que cette pratique retrouve une seconde jeunesse, même si elle n’est sans doute pas prête de redevenir majoritaire. Nous sommes toujours étonnés qu’on n’accorde pas autant d’importance à l’écoute musicale qu’à un livre par exemple, qu’on ne lui accorde pas autant de temps.

 

Avez-vous des modèles de label (artistiquement, d’un point de vue organisationnel…) et si oui lesquels ?
M : 
Heu Warm ??!! Je suis sérieux. J’ai sorti des disques sur plus de vingt labels différents, et c’est la première fois que je collabore avec des responsables de label aussi investis, passionnés, dans l’échange, VENANT AUX CONCERTS !!! Là, il y a une vision globale du travail et de la collaboration, une volonté d’accompagner un projet de bout en bout, qui est extrêmement précieuse et qui donne du sens à ce que l’on entreprend, tout simplement.
A et W. : Beaucoup
 de labels, surtout étrangers, sont proches de Warm artistiquement : Mego en 1er lieu, mais aussi Ideal Recordings, Discrepant, Helen Scarsdale, et bien d’autres. Pour ce qui concerne la réédition, que nous n’avons pas encore entamée, la référence est le label allemand Vinyl On Demand. Il est beaucoup plus difficile de comparer WARM à d’autres labels pour ce qui concerne l’organisation, si ce n’est que nous sommes, comme beaucoup d’autres, une petite équipe. Car Warm est constitué de différentes activités. Nous sommes aussi une maison d’édition et, ce qui est beaucoup plus rare, nous nous occupons d’ingénierie culturelle, principalement dans le domaine du cinéma.

 

 

Cette soirée va présenter des artistes de vos labels, comment se sont portés vos choix sur PLY et sur Pascal Le Gall.
M :  Cela s’est fait naturellement. Je pense que le point de départ, c’est la présence de Guillaume (PLY) sur Nantes pendant quelques mois (il vit à Berlin normalement), qui nous a poussé à accélérer la cadence en termes de concerts en France.
A. et W :  Il nous a semblé
 naturel de présenter les deux dernières signatures du label. Ils représentent aussi la diversité d’une ligne éditoriale “expérimentale”. PLY réussit un dialogue étonnant (de sensualité) entre une proposition littéraire singulière, les textes de Guillaume Ollendorff, et la musique de Mathias Delplanque qui relève véritablement d’un geste à la fois précis et furtif. Pascal Le Gall, à partir d’un disque passé à vitesse très lente sur un électrophone, nous entraîne dans un univers assez sombre mais pénétrant. Ces deux sets musicaux seront précédés d’une projection / mini-conférence de Quartz Locked (Julien Mérieau, premier artiste signé sur WARM avec l’album Wave 91,6).



Pascal Le Gall – DR

 

 

« Les salles ne prennent plus de risques, il y a un fossé grandissant entre les responsables de salles et la musique qui se fait à des niveaux moins institutionnels. Les responsables de salle ne viennent plus vraiment voir ce qui se fait ailleurs que chez eux ».

 

A terme, est-ce que les labels doivent monter leur propre soirée concert ? Les salles ne jouent plus le jeu ?
M : Bien sûr. Bien sûr que les salles ne jouent plus le jeu. Les salles ne prennent plus de risques, il y a un fossé grandissant entre les responsables de salles et la musique qui se fait à des niveaux moins institutionnels. Les responsables de salle ne viennent plus vraiment voir ce qui se fait ailleurs que chez eux. Si l’on veut avancer, on est amenés à organiser nous-mêmes nos propres événements, aller nous même à la rencontre du public etc. Les salles font moins office de relais, comme c’était le cas il y a encore une dizaine d’années. Mais finalement ça nous donne une certaine liberté.
A. et W :  
La vocation d’un label n’est pas d’organiser des concerts mais nous tenons à mettre en place pour chaque sortie de disque un moment particulier, un concert ou autre chose, présenter ce disque et rencontrer le public. Ensuite, il semble bien difficile pour un musicien « expérimental » qui sort son premier disque, de trouver des dates, d’intégrer les programmations des salles de musiques actuelles par exemple. On observe dans le milieu de la musique les mêmes réticences que pour le cinéma “d’auteur” : “ce n’est pas pour notre public”, “c’est trop difficile”, etc. Toujours les mêmes prétextes, qui laissent entendre que le public n’est pas curieux alors que le travail de programmation doit se donner les moyens d’un travail d’action culturelle pour attirer l’attention du public sur des propositions plus singulières. Cela demande du temps et du travail… La situation est difficile et nous fait réfléchir. Il va falloir construire tout cela et inventer car le live reste un moment privilégié pour l’écoute. Il est aussi un défi pour les musiciens qui ont besoin de cette confrontation avec l’espace et le public.

Soirée Warm / Bruit Clair, jeudi 16 février, 19h-22h, à Trempolino

  • ouverture des portes à 19h
  • 19h15 présentation de WARM et Bruit Clair
  • 19h30 projection + mini-conférence par Julien Mérieau : introduction au Cinéma Immobile
  • 20h15 Pascal Le Gall joue Landscapes
  • 21h PLY joue Sans cesse

Entrée libre et gratuite. Ouvert à tous. Possibilité de boire un verre (ou +) et d’échanger. Possibilité d’acquérir les livres et disques édités par WARM et Bruit clair (pas de CB).

 

  Site WARM

Site BRUIT CLAIR

 

Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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