Whiplash – Damien Chazelle

Les rares films musicaux produits au cinéma sont pour la plupart des biopics de musiciens (« Bird » de Clint Estwood ou plus récemment « Ray » de Taylord Hackford) ou des fictions sur l’histoire et le destin d’un musicien (« Inside Llewyn Davis » des Frères Cohen).

« Whiplash », film musical d’un autre genre, plus rare, raconte le parcours d’Andrew, jeune batteur de jazz de 19 ans, qui rêve de devenir l’un des meilleurs musiciens de sa génération. Andrew parvient à rentrer au conservatoire, puis dans l’orchestre dirigé par Terence Flecher, professeur qui ressemble plus a un instructeur militaire (on pense au personnage du sergent instructeur de « Full Metal Jacket » de Stanley Kubrick) qu’à un pédagogue dans la bienveillance et l’empathie. Terence Flecher se sent investit d’une mission : révéler le futur Charlie Parker ou le futur Miles Davis en forçant ses élèves à aller au delà de ce qu’ils peuvent ou pensent pouvoir faire musicalement. Il va même franchir la limite du supportable pour quelques uns qui renonceront à la musique, voire à la vie.

Par certains côtés, « Whiplash » nous raconte l’histoire de ces apprentissages dans la douleur et la souffrance, traités à l’écran dans d’autres disciplines artistiques comme la danse ( rappelons-nous l’excellent « Black Swan » avec Nathalie Portman), mais plus rarement sur la musique. Alors qu’à priori, on pense plutôt qu’un professeur se doit d’être attentif à la progression de ses élèves, Terence Flecher, dans un mode relationnel assez pervers, n’a de cesse d’insulter, de brimer et de briser ces jeunes musiciens dont l’objectif est d’intégrer son orchestre considéré comme l’un des « meilleurs de New York, donc des États Unis, donc du monde ».

Au delà des rapports du maître et de l’élève, ce film interroge sur la finalité d’une pratique artistique et la relation ambiguë entre plaisir et souffrance. Comme le souligne le réalisateur Damien Chazelle qui raconte une partie de sa propre histoire dans ce film, « je me souviens des cauchemars, des nausées, des repas sautés, des crises d’angoisse, tout cela pour un style de musique qui en surface, symbolise la joie et la liberté ».

Autre facette que révèle le film, la recherche de l’excellence à tout prix et la compétition acharnée entre les musiciens. Le musicien de « remplacement » n’attend qu’une occasion pour prendre la place du titulaire. Tout au long de l’histoire, on verra les musiciens, tête courbée devant le professeur, le maître absolu de leur destin, qui se livrent entre eux une lutte sans merci pour obtenir enfin le précieux sésame : être titulaire de l’orchestre. Il existe beaucoup de films qui traitent du plaisir de faire de la musique, mais peu abordent la douleur, la souffrance et la peur de ne pas être à la hauteur face aux enjeux des luttes à mener pour être dans l’excellence d’une carrière professionnelle.

Ce film est également servi par une excellente bande son avec des acteurs pour la plupart de véritables musiciens, qui interprètent des standards de jazz avec des versions assez peu connues (l’interprétation de Caravan en particulier)…À voir et à entendre…

* Whiplash est le titre d’un standard de jazz de Hank Levy arrangé par Erik Morales « C’est un morceau rapide avec des figures rythmiques compliquées utilisant des mesures impaires et des harmonies inhabituelles ».

Après avoir été musicien, Philippe Audubert a dirigé une structure de management puis s’est spécialisé dans les aspects réglementaires et juridiques du spectacle vivant. Il intervient comme formateur pour diverses structures régionales et nationales. Il est directeur adjoint et responsable des formations professionnelles à Trempolino, et l’auteur de Profession entrepreneur de spectacles, aux éditions IRMA.

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