YOTANKA : POUR UNE VISION GLOBALE

Créée en 2003 à Lyon par Henri-Pierre Mousset et Loïc Kervarrec (ex Jarring Effect), Yotanka est une SARL avec comme but premier d’être la structure de production du groupe Meï Teï Shô. Au fur et à mesure, Zenzile, Sweet Back, Jamika et RIT rejoignent les rangs. De fil en aiguille, la structure s’installe à Sainte-Florence en Vendée, et c’est en 2007 que le Vendéen Henri-Pierre va crééer Yozik pour développer la vente en direct et notamment aux fans. Yozik distribue au début uniquement les disques parus sur Yotanka. Entre temps, Henri-Pierre signe le 1er album de Nouvel R, puis un disque de Mas Bajo. En 2010, il demande à Vivien Gouéry de prendre la suite du label comme chef de projet. Depuis, deux salariés ont intégré la structure, Yotanka a déménagé sur Angers, Wiseband remplace Yozik, et Wiseband est la structure partenaire de Yotanka. Depuis avril,  un 4e  salarié est arrivé, et Vivien Gouéry est devenu directeur de Yotanka. Rencontre avec ce jeune directeur audacieux et passionné.

Photo bandeau par Fabien Tijou (Les Frères Casquette)

On a l’impression que Yotanka passe la vitesse supérieure depuis quelques temps ?

Depuis quelques semaines effectivement, pas mal de choses arrivent : un salarié en plus et de nouveaux groupes au catalogue. Tout cela donne un nouveau souffle à la société qui se développe et que l’on veut « imposer » comme une structure de production importante et ambitieuse. Aujourd’hui, nous développons trois axes de travail : la production de disque, l’édition et la production globale, c’est-à-dire les formations que l’on dispense, le management, la production exécutive comme par exemple la commande de la Ville d’Angers pour nous faire faire une compilation CD, des prestations administratives etc. Nous sommes tous musiciens ou managers, nous avons une vision globale, c’est un peu la spécificité de Yotanka.

Et toi, quel est ton parcours ?

J’ai été musicien, j’ai fait un IUT de gestion à Saint-Malo, aucun rapport entre les deux, mais à Saint-Malo, j’ai vécu l’ouverture de la salle L’Omnibus et j’ai été bénévole pendant deux ans. C’est via cette expérience que j’ai compris l’importance de l’administration et de la gestion. J’ai ensuite suivi une licence pro « administration des entreprises culturelles » à Angers. J’ai rencontré à cette période les musiciens du groupe Nouvel R, je suis devenu manager sans avoir la moindre idée au début de ce que cela sous-entendait. J’ai donc travaillé avec Nouvel R et Ezra, puis Daria. J’ai été embauché ensuite pour la structure Musique Caméléon sur Angers. Deux ans de chômage, des coups de main à droite à gauche, j’ai ensuite monté la structure de production et management Tryptick avec Fred et Clarisse (qui travaille désormais pour Yotanka). J’ai ensuite travaillé pour Néonovo pour laquelle je ne faisais que du tour. Cette expérience de booking « pur » ne m’a pas plu. Je rencontre à ce moment Zenzile qui me propose d’être manager du groupe, et Henri-Pierre qui me propose de prendre le label Yotanka.

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Psykick Lyrikah – crédit photo : Alex Chevillon

Yotanka se présente comme étant label, éditeur, management. En 2014, quelle activité selon toi est la plus facile ?

Ce sont avant tout des activités complémentaires. Nos choix artistiques sont uniquement dictés par nos envies, et on ne pourrait pas faire une seule activité parmi ces trois pour un artiste. Toutes les productions de 2013 n’ont pas été « équilibrées ». Il y a des groupes qui demandent un investissement financier plus important que d’autres. Tout est complémentaire. Pour tous nos artistes, on est tout à la fois ou au moins label/éditeur. Et au-delà de ces étiquettes, on accompagne les projets. Financièrement, on arrive à un équilibre via les trois activités. Du management pur par exemple ne serait pas assez rémunérateur.

En tant que label et éditeur, quelle est ta vision du disque ?

Le label étant récent, on n’a pas connu l’époque fast du disque. Alors, je dirai qu’on vend de plus en plus. On reste sur des chiffres mesurés, même si pour Zenzile par exemple on dépasse les 12 000 ventes physiques ce qui est très bien. On développe l’objet classique pour les magasins, et le bel objet pour les ventes directes à savoir sur les lieux de concerts et sur les sites des groupes. Les ventes en magasin ne sont pas pires, même si Virgin a fermé ses portes l’an dernier et la Fnac réduit ses rayons. Les disquaires indépendants sont de plus en plus nombreux. Les ventes sont clairement différentes en fonction des artistes du catalogue. On tire des leçons de certains flops en termes de vente, et on essaie de trouver l’équilibre entre groupes découvertes et groupes avec une grosse « fanbase » comme Psyckik Lyrikah ou Laetitia Sheriff par exemple. Pour les plus jeunes groupes, on travaille des sorties uniquement en digital en attendant que le groupe se fasse connaître pour pouvoir sortir son vinyle par exemple.

Les proportions de vente entre magasin et concerts sont de quel ordre ?

On vend clairement plus en magasin. Mais les écarts sont plus ou moins grands en fonction de chaque groupe. Des groupes comme Zenzile ou Von Pariahs qui ont une grosse tournée vendent davantage en magasin. Pour le vinyle de Psyckik Lyrikah édité à 500 exemplaires, 20% des ventes se sont faites en précommande et sur le site, 20% au concert et 60% en magasin. Par rapport aux magasins, nous avons développé une opération spéciale avec les magasins indépendants. Pour exemple, l’album « Sound Patrol » de Zenzile est sorti début février 2014 pour les gros magasins et début décembre pour les disquaires indépendants. Parce qu’on sait aussi que les gros magasins, au moment de Noël, se moquent bien de nos disques et mettent en avant des produits particuliers qui vont se vendre en masse. La Fnac a longtemps représenté plus de 50% de nos ventes en magasin, elle dépasse à peine les 40% maintenant. Les disquaires indés se développent énormément.

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Zenzile – crédit photo : DR

Et les supports alors ?

La musique NE s’adresse PAS QU’ à une consommation MP3 ou en streaming ou au titre,  même si avoir un titre qui tourne en radio ou décrocher une synchro nous aide . Il y a beaucoup de personnes qui achètent toujours des beaux objets, qui sont prêts à mettre 5€ de plus pour avoir un beau disque. C’est pour cela qu’on tient à la qualité du vinyle (exple: vinyles 180 grammes) on réfléchit à des liens avec le public  ( Vinyle ou Cd dédicacés en pré-commande, des CD ou des sérigraphies insérés dans les vinyls….)

Vous avez fait des rééditions dernièrement. Il s’agissait de disques épuisés ?

Oui pour les deux albums de Zenzile que nous avons réédités. L’album « Sound Patrol » se vendait plus de 90€ sur le net. Pour le Psykick, il n’avait jamais été édité en vinyle, et on avait super envie de le faire pour lui. Mais il faut savoir qu’on a une marge très faible sur la vente d’un vinyle. On gagne moins d’un euro sur un vinyle en passant par le distributeur. Mais les ventes marchent bien. On a édité 300 exemplaires de « Sachem in Salem » de Zenzile ; ils ont été écoulés en moins de deux mois. On en a donc refait 300. Il y a une vraie demande de la part des jeunes fans qui n’ont pas pu acheter le disque à sa sortie, car trop jeunes ou pas l’argent pour. Il y a un vrai boost du vinyle, mais cela correspond à 30% des ventes totales. Pour moi, la solution aussi par rapport au marché du disque et la rémunération, c’est bien la taxation des fournisseurs d’accès à internet, même si c’est le client à la finale qui paie. Un euro en plus par mois, et tout le monde est OK pour les payer, représenterait une manne financière incroyable qui pourrait être gérée par une société civile en charge de redistribuer l’argent.

Et comment se font vos choix artistiques pour le label ?

Disons que les gens de Yotanka restent curieux, on est à l’écoute de ce qui se fait. On sera sensible au fait que le groupe a un « réseau d’influence », genre un tourneur qui nous propose un groupe, ce qui représente 50% des cas jusqu’à présent. Mais on sera tout aussi sensible au groupe qui a une propension à se débrouiller seul et a déjà sorti un très bel objet qu’il se sera démené pour vendre par lui-même, le do it yourself en fait. Au-delà de cela, notre ligne artistique se résume à la sincérité de la musique. Un groupe qui va se présenter avec un tube comme potentialité première ne nous intéresse aucunement. C’est une affaire de gens aussi, de rencontres, de feelings.

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Laetitia Sheriff – crédit photo : Vinciane Verguethen

Quelles sont les prochaines sorties de Yotanka ?

6 octobre : Bikini Machine, 13 octobre : Laetitia Sheriff et le 28 octobre : Zenzile, la musique du ciné-concert sur Berlin. On va donner un coup de main à Moon Pilot (ex-Mashiro) pour une sortie digitale qui aura lieu en juin.

Qu’est ce qui pourrait arriver de mieux au label ?

Pouvoir continuer notre activité comme elle est, rester indépendant à 200%, et avoir un peu plus de trésorerie. Il nous faudrait un disque qui marche très bien pour tirer les autres vers le haut. La structure demeure fragile, nous avons une vision à 6 mois, pas plus. C’est du stress ! Mais le plaisir est bien là !

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Rédactrice en chef de ce site internet, chargée d'info-ressources à Trempo. Passionnée évidemment par la musique, toutes les musiques, mais aussi par la mer et la voile, les chevaux, la cuisine et plein d'autres choses.

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