ZENZILE, LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITÉ

Dans la foulée de Berlin, B.O d’un concept de ciné-concert sortie en 2014, les « metteurs en son » angevins de Zenzile jouent leur carte la plus pop avec Elements. Vincent Erdeven (clavier, guitare, basse) et Alexandre Raux (guitare, basse, samples) reviennent sur la genèse et l’esprit d’un 10ème album fait de prises de risques encore parfaitement calculées.

Toutes photos : Zenzile – David Gallard

 

Le nouvel album s’intitule « Eléments », soit la terre, l’air, l’eau et le feu. Comment est née l’idée de cette thématique ?
Il y a deux ans, on a commencés à donner nos premiers ciné-concerts autour de l’album Berlin, et cette aventure nous a bien plu… Pour notre concert à Angers, à la Collégiale Saint Martin, on a invité Frédéric Bélier Garcia, le directeur du théâtre du Quai. Il a adoré le concept et est venu nous voir à la fin pour nous donner carte blanche pour une future création au Quai. Bref, du jour au lendemain, il a fallu trouver ce qu’on allait faire pour remettre des images sur de la musique. Et c’est là qu’est venue cette idée d’éléments…

Et cette fameuse partie visuelle, on a pu la découvrir en juin 2016, à l’occasion des deux « concerts-tests » données au Quai… Qui s’en est occupé ?
On travaille avec un garçon qui s’appelle Julien Brevet, qui est le guitariste du groupe nantais Idem. Et on a aussi travaillé avec notre éclairagiste, qui a apporté toutes les premières images et fait pas mal de bidouillages.

L’album a été enregistré près d’Angers, au fameux studio Black Box de Noyant la Gravoyère, par Peter Deimel. Un studio que vous connaissiez déjà bien ?
Oui, on y avait déjà enregistré notre album Living In Monochrome, en 2007. Une super aventure. On connaissait déjà un peu Peter avant ça, et ça s’était très bien passé. Cela faisait quelques années que l’on voulait retourner là-bas, mais on en avait pas forcément les moyens, ou le temps nous manquait. Et quand tu vas à Black Box, il vaut mieux être bien préparé et avoir une vision très claire de ce que tu veux enregistrer. Là, pour cet album, on se sentait prêts à enregistrer dans des conditions live, et dans la région Black Box est idéal pour ça. On voulait aussi retravailler en analogique, sur des bandes. Quand on est arrivés là-bas, on travaillait déjà sur le spectacle depuis un an, on avait fait quatre live, et on avait déjà le squelette des morceaux. Ca nous a permis du coup d’aller assez vite et d’être assez détendus par rapport au processus d’enregistrement. En une seule semaine passée là-bas, on a enregistrés onze morceaux, dont neuf ont été conservés pour l’album.

 

 

Si je vous dis que Eléments est, à mon sens, l’album le plus pop de Zenzile, vous êtes d’accords ?
Oui, c’est incontestable. On voulait encore écrire de vraies chansons. Et puis on a croisé la route de Zakia… On la connait depuis longtemps, c’est la fille de bons amis. Son père, Nico, était le premier batteur de Lo Jo, et sa mère a aussi chanté pour eux. Son père a d’ailleurs aussi tourné avec Zenzile et est crédité sur l’album Sound Patrol. Un jour, il nous a fait écouter un morceau de sa fille et comme elle chante bien, ça n’a pas raté : on l’a invitée à venir essayer quelques trucs avec nous. Ca a très bien fonctionné, humainement déjà, et sa voix permettait aussi pour un groupe comme le notre, très ouvert, de partir dans une nouvelle direction. Il n’est pas question ici de renier le travail de nos anciens collaborateurs ou collaboratrices, Jamika par exemple, notre ancienne chanteuse, mais on ne peut pas éternellement faire les mêmes disques avec les mêmes recettes. Là, on voulait faire quelque chose de différent, et on pense avoir assez bien réussi. Après, quelle étiquette on peut mettre là-dessus ? C’est plus pop, c’est vrai, mais on aime tellement de choses, de styles différents, que ça ne nous pose aucun souci.

Zenzile semble clairement aller à la conquête d’un nouveau public depuis quelques années. Je me trompe ?
C’est possible… En tous cas, certaines chansons de cet album sont certainement plus « grand public », dans le bon sens du terme, que certains trucs qu’on a fait avant. De toute façon, on a jamais cherché à faire de la musique seulement pour « initiés », uniquement pour le milieu underground. Le fait que l’on vienne de ce milieu « indé », c’est surtout dû à la musique qu’on a produit à nos débuts, issue du dub, du reggae, faite d’instrumentaux plus contemplatifs…

Une musique de plus en plus « catchy », pop, mais qui devient aussi, paradoxalement, plus cinématographique, plus dépendante de l’image…
Oui, mais musique et images peuvent être dissociés sans problème. L’été dernier, on a fait un festival sans notre vidéaste et notre ingénieur lumières, et ça a quand même très bien fonctionné. Les morceaux se suffisent à eux-mêmes. Il le faut absolument d’ailleurs, sinon ça veut dire qu’ils ne tiennent pas la route. On aime bien aussi souvent avancer en fonction de ce que l’on écoute, beaucoup de vieux trucs des années 60, 70, 80, mais aussi des trucs très actuels. Et tout ça nous fait rebondir. Et puis toute la scène new wave est revenue vachement à la mode depuis un bon moment…

Oui, à propos de ce disque, on cite même Siouxsie ou Bauhaus au rayon des influences !
Oui, ce n’est pas nouveau d’ailleurs ! En tous cas, pour cet album là, la couleur assez années 80 est due en partie au fait que l’on a utilisé beaucoup de synthés de cette époque-là.

 

 

Et puis si on regarde Zakia sur scène, une jolie blonde qui chante des morceaux pop, on est pas loin de Blondie aussi. On danse sur Zenzile !
Oui, c’est incroyable hein ?! (rires)

Sur le dernier morceau du disque, Zakia chante I’m all right. C’est très symbolique, je trouve, du côté « feel good » de cet album, un truc qui vous fait vous sentir bien, qui vous élève…
Oui , il y a un côté très positif sur cet album, c’est vrai. Mais en même temps, c’est un peu à notre image. On a pas envie de plomber tout le monde et de faire un disque qui te donne envie de te foutre en l’air à la fin !

Autre grande nouveauté : il y a désormais aussi deux chanteurs dans Zenzile, Mathieu, le bassiste, et toi Vincent !
Oui, ça fait longtemps qu’on « chantouille », mais cette fois on a passé le cap ! C’était un choix collectif. On s’est dit que le temps passait vite et qu’il était peut-être temps de vraiment se faire plaisir. Ca plaira à certains, ça déplaira peut-être à d’autres…

Oui, le public de Zenzile va encore se scinder en deux… Les « puristes » des débuts d’un côté, et ceux qui vous ont découvert plus récemment…
On pense que c’est important de proposer sans cesse de nouvelles choses. Après, c’est au public de choisir : il aime ou il n’aime pas. C’est un risque que l’on prend. Mais en tous cas, on ne cherche pas à faire à tout prix de la musique qui va plaire à tout le monde, même si évidemment notre but est d’être écoutés et diffusés le plus possible. Et puis toutes ces histoires de « c’était mieux avant », c’est toujours un peu obtus, parce que quand on a commencé le groupe on était vraiment très peu nombreux en France à faire du reggae dub. Les gens trouvaient ça très surprenant : « pourquoi vous faites ça ? », « Sans chanteur, vous n’aurez jamais de succès ! », etc, Finalement, ça a ouvert beaucoup de portes, et quand tu vois aujourd’hui ce que le dub est devenu dans notre pays… Un gros truc, des sound systems avec dix mille personnes, des grands festivals… Mais nous on a préféré évoluer, et « Living In Monochrome » a été considéré comme un tournant. De toute façon, sur scène, Zenzile a toujours été un groupe de rock qui joue du dub…

 

Site ZENZILE

 

 

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